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Dommages collatéraux d’une crise gouvernementale annoncée

Hamid Chabat est en tournée électorale et Benkirane invoque la légitimité des urnes




Dommages collatéraux d’une crise gouvernementale annoncée
«C’est la guerre des mots. Une guerre des déclarations de l’un et de l’autre et qu’il ne faut surtout pas confondre avec la guerre des positions. Car jusqu’à présent, il n’y a pas eu de communiqué officiel porteur d’une position claire ni de la direction de l’Istiqlal ni de celle du PJD. » Les explications de cette figure istiqlalienne  laissent songeur. Les échanges entre Benkirane et Chabat par meeting ou réunions politiques interposés seraient donc pour ce qu’elles ne seraient pas. De la pure surenchère politicienne qui n’engage en rien en attendant l’arbitrage Royal! « Mais bien sûr qu’Istiqlal et PJD pourront à nouveau gouverner ensemble!», assure notre interlocuteur.
Il n’empêche que ce week-end à Tétouan et à Tanger, le leader du parti de la Balance a multiplié les sorties contre l’Exécutif conduit par Abdelilah Benkirane, reprenant à son compte la devise des Jeux olympiques «toujours plus haut, toujours plus loin».  «Gouvernement expédiant les affaires courantes»,  «aucun nouveau projet de réforme», «absence d’esprit d’équipe», «prise de décisions qui ont affaibli le pouvoir d’achat et aggravé la situation financière », Hamid Chabat égrène les raisons de sa colère et du vrai-faux retrait de sa famille politique de la coalition gouvernementale. Au gré des villes et des meetings, les critiques se suivent et se ressemblent à l’identique. «Le dialogue social est à l’arrêt. Ce gouvernement a procédé à l’augmentation du prix des carburants et refuse de donner satisfaction aux revendications des diplômés », a lancé le syndicaliste devenu leader à l’occasion d’un meeting organisé samedi à Tanger, avant de marteler que « le gouvernement actuel souffre d’une réelle rupture entre ses composantes ».
Comme en écho, Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement et d’une majorité de plus en plus en mauvais état, a répondu au trublion, poil à gratter de la coalition au pouvoir. Samedi, devant des présidents de communes et des conseillers chargés de l’habitant battant pavillon PJD et réunis en journée d’études, le patron des islamistes au pouvoir a signifié à son auditoire  qu’«il n’y a aucun problème au niveau du gouvernement, tant que le Parlement fonctionne d’une manière normale et tant qu’il existe une harmonie au sein de la majorité gouvernementale qui jouit de la confiance de SM le Roi. » La paix, la stabilité et la monarchie, poursuivra-t-il, « sont des constantes qui ne peuvent faire l’objet de surenchère ».
Perfide, l’allusion vise l’Istiqlal et son secrétaire général qui ont impliqué le chef de l’Etat dans la crise de la majorité et ce en invoquant l’article 42 de la Constitution.
Guerre des mots ou pas, celui qui préside aux destinées de l’Exécutif n’a pas hésité, lui non plus, à souffler sur les braises ce samedi à Rabat.  « Si les conditions ayant conduit le PJD au pouvoir ne sont plus réunies, notre parti sera le premier à quitter le gouvernement. Pour l’heure, ne prêtez aucune attention à ces manœuvres ».
Quelques jours auparavant, c’était au tour du porte-parole du gouvernement de balayer d’un revers de la main la crise de la majorité. Cela s’est passé lors du traditionnel point de presse donné au sortir du Conseil de gouvernement. « M. Benkirane a assuré les membres du gouvernement de la confiance dont ce dernier bénéficie de la part de SM le Roi. L’Exécutif poursuivra son action dans le cadre de la mise en oeuvre des réformes annoncées précédemment ». Une manière d’affirmer très officiellement, que retrait de l’Istiqlal ou pas, Benkirane et son gouvernement sont à la tâche.  Déni d’une crise annoncée et consommée ou méthode Coué pour recoller les morceaux d’une majorité qui a volé en éclats ?  Pour Ali Sedjari, l’universitaire et président du GRET, cette crise Istiqlal Vs PJD pose deux problèmes majeurs : l’interprétation erronée de la nouvelle Constitution et une cacophonie politique irresponsable et  sans précédent. « Tout cela risque de conduire à des dérives institutionnelles graves. Il y a à la base un problème éthique de responsabilité. L’Istiqlal qui a du mal à assumer sa place au gouvernement est aujourd’hui en campagne électorale avant l’heure pour expliquer sa position. Ce qui était au départ une petite crise gouvernementale somme toute normale en démocratie se transforme en crise politique grave. Les dommages collatéraux sont bel et bien là : la non crédibilité du politique, le dégoût des citoyens et leur désaffection assurée des prochaines élections sans parler de l’image du pays à l’international avec des investisseurs étrangers qui y penseront à deux fois avant de venir chez nous. Cette guerre fratricide est vraiment dommageable pour le Maroc ».
Une crise qui  a mis à nu l’incapacité des acteurs politiques à gérer des conflits internes. « Il faut dire aussi que la nouvelle Constitution a fait émerger le conflit. Ce qui est un signe de bonne santé politique et démocratique. Avant, les conflits se réglaient derrière le rideau, et de manière subtile. Avec ce qui se passe, le gouvernement Benkirane a montré qu’il est loin d’avoir érigé la communication en mode de gouvernance. Si les partis de la coalition communiquaient entre eux, se rencontraient, échangeaient  au quotidien, Hamid Chabat n’aurait pas eu besoin d’adresser un mémorandum au chef du gouvernement. Les pratiques politiques à l’ancienne qui n’ont rien à voir avec la nouvelle Constitution ont décidément la vie dure», conclut celui qui occupe la chaire UNESCO des droits de l’Homme à l’Université Mohammed V.

Narjis Rerhaye
Mardi 28 Mai 2013

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