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“Divan marocain”, le nouveau-né de Driss Jaydane

Exploration de l’âme humaine




“Divan marocain”, le nouveau-né de Driss Jaydane
Comme le souligne Abdelkébir Khatibi, «tout livre est ce bouquet de dédicaces à la destination de l’inouï». Le dernier roman de Driss Jaydane, Divan marocain (Le Fennec, 2014), ne raconte pas une histoire. Les histoires sont «des putains vendues par des proxénètes,» nous dit l’auteur. Elles passent leur temps à répéter mille fois ce qui s’est passé. Driss Jaydane rompt avec ce parti pris littéraire. Un peu à l’image de ce que fait Michel Foucault en philosophie, il dresse une géographie au sein de la littérature. Driss Jaydane topographie,  expérimente, explore les zones de l’âme humaine. Il joue à promener le lecteur dans différents tableaux, avec un style poétique. Le divan est aussi un diwân. Le personnage parle à plusieurs voix ; étant tantôt le fils et tantôt le père, tantôt un homme et tantôt une femme, tantôt un individu sobre et tantôt une personne ivre, tantôt un enfant aisé et tantôt un gosse des rues sniffant de la colle.  Il traverse différents espaces, depuis un palais au Canada jusqu’aux chantiers marécageux où survivent des gens. Le temps n’est pas non plus linéaire dans le roman. Il revient par cycle. Le personnage essaie de raconter une histoire, en s’engouffrant chaque fois dans des chemins de traverse qui l’éloignent de sa route. Ces errances ressemblent tantôt aux terreurs ressenties par les personnages de Kafka, tantôt aux visions cruelles d’un Lautréamont. Le roman nous plonge dans des atmosphères surréalistes, en décrivant une ville qui «empeste la chair bouillie». L’enjeu est de se perdre dans le récit et de pouvoir y flâner, à l’image de ces promeneurs égarés dans les ruelles obscures d’une ville inconnue. Cette écriture est un exercice littéraire autant qu’un projet politique. Car derrière cette bouche qui parle, ce sont des voix multiples qui s’expriment : «A l’origine, je suis venu pour parler de moi, et puisque vous semblez dire que vous êtes, tous, ou à peu près, là depuis le commencement de tout ceci, vous avez dû ressentir comme une urgence dans ma voix, un besoin irrépressible de tout dire, n’est-ce pas…». Si «Je» est un «Autre», comme l’affirme le poète Arthur Rimbaud, «Je» peut aussi être «plusieurs». Cette pluralité de l’Autre qui est en nous est sans doute l’un des motifs les plus puissants pour prendre la plume, dénoncer l’infamie, notamment d’enfants que l’on tue, et inventer un peuple qui manque. Derrière l’apparence du rêve, qui traverse le récit comme un fil rouge, c’est une exploration de la souffrance et de vulnérabilité des corps que nous livre Driss Jaydane. Avec une vision d’espoir au bout du chemin : celle de revêtir une chair inconnue et devenir immortel. 

Par Jean Zaganiaris
Vendredi 21 Mars 2014

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