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«Dialy», une pièce de théâtre qui fait de la résistance




«Dialy», une pièce de théâtre qui fait de la résistance
Voici une pièce de théâtre qui ne plaira sûrement pas aux amateurs d’art propre. Une pièce  bien de chez nous, adaptée des «Monologues du vagin» de l’Américaine Eve Ensier qui va faire bondir les islamistes du PJD, ceux dont les parlementaires ne supportent pas les images de «spiderman» et autres défenseurs d’un ordre hypocritement moral. Les officiels de la culture marocaine non plus  n’iront probablement pas applaudir «Dialy» que met en scène la toujours surprenante Naïma Zitane et qu’interprètent  trois jeunes comédiennes résolument décomplexées et ruisselant de talent. Monteront-elles sur les planches du Théâtre national Mohammed V ? Pas sûr que la libre création l’emporte sur le politiquement correct. Mais ceci n’est pas bien grave. Car fort heureusement «Dialy» est donnée en représentation ailleurs. La pièce est jouée depuis jeudi soir et jusqu’au 19 janvier à la salle Gérard Philipe de l’Institut français de Rabat par la compagnie marocaine «Théâtre Aquarium».
Miroir implacable d’une société, la nôtre, qui se refuse de reconnaître l’organe sexuel féminin. Une question de culture et d’éducation qui perdure depuis des générations. Des siècles. En tout cas pendant trop longtemps au point que la moitié de notre société grandit, vit et meurt dans le déni de son identité de femme.
Dès la petite enfance, on demande à la petite fille de croiser ses jambes. De ne jamais montrer ce qu’elle a entre les cuisses. Non, il n’y a rien. Juste un trou noir, qui fait peur, qui doit faire peur. Parce qu’il est la source de tous les problèmes. «Alors, je n’ai jamais su ce que c’était», soupirent en chœur les trois comédiennes, Nouria Benbrahim, Farida Bouazzaoui et Amal Ben Haddou tout en tentant de regarder par-delà le trou noir. «Bon juste à uriner», résument lapidaires les mères, sans cesse menacées de répudiation «si jamais l’honneur de leurs filles…»
D’entrée de scène, les comédiennes attaquent par  une question inattendue. Presque incongrue et surtout dérangeante. Derrière elles, le décor est déjà planté. Des slips de toutes les couleurs et de différentes tailles sont suspendus sur un fil à linge. «Comment appelle t-on l’organe sexuel féminin en dialecte marocain? demande l’une d’entre elles. «Pardon ??? Je vous entends mal, à haute voix s’il vous plaît», réplique une autre.
Les noms de cet organe qu’elles ne sauraient voir défilent, scandés à haute et intelligibles voix. En darija, en arabe classique, en amazigh. Des termes souvent crus car la société marocaine n’est pas habituée à les entendre sinon en insulte, par un harceleur. 
Les surnoms volent, de la fleur à la menthe.  Un bol d’air. L’expression féminine est enfin libérée. On se réconcilie avec la langue, le corps, la femme. «Plus de 30 appellations méchantes ou belles désignent le sexe féminin. «Serrem» : bouche d’égouts, «Guanfoud» : hérisson, «Na3na3a» : menthe, «Al hem» : ennuis, «Ouririda» : fleur….», expliquait Naïma Zitane dans un entretien accordé en juin dernier à nos confrères du «Soir échos». Ici,  l’excision culturelle des mots et de toutes les expressions liées à la sexualité féminine des mots est portée par un texte très fort que l’on doit à la Maroco-nippone Maha Sano que sert une dramaturgie et une mise en scène signée de Naima Zitane. Le rire est grinçant. Plus que jamais, l’ironie se fait la forme polie du désespoir. On passe du rire aux larmes. Les questions surgissent, et plus encore les remises en question.
L’adaptation de ces «Monologues du vagin» se fonde sur une réalité très marocaine et a été rendue possible grâce aux  7 mois de résidence au Théâtre Aquarium –effectués avec le soutien de l’Institut français de Rabat- et au cours desquels  des témoignages de plus de 150 femmes ont été recueillis. Au final, cela a donné  «Dialy», cette création où la femme marocaine se réapproprie enfin son intimité.
En mettant en scène l’organe sexuel féminin, la compagnie «Aquarium» ne fait pas que briser un tabou. Auteur, metteur en scène et comédiennes brisent d’abord un silence assourdissant en faisant le récit de la somme des humiliations subies par l’autre sexe : petite fille différente de son frère dont le sexe est célébré, menstruations qui signent la fin de l’innocence, viol, nuit des noces, hymen rompu, sang et puis la douleur qui continue encore et encore quand cette même petite fille devenue  femme donne la vie depuis ce trou noir…
Il faut aller voir et revoir «Dialy» comme un acte de résistance. En ces temps d’incertitude pour les femmes de ce pays , «Dialy» respire la liberté,  l’égalité, la tolérance. «Il est à moi. Il m’accompagne partout, y compris à la mosquée». C’est la dernière phrase de la pièce de théâtre.  Un message à peine codé…

«Dialy», une pièce de théâtre qui fait de la résistance

Narjis Rerhaye
Samedi 19 Janvier 2013

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1.Posté par plékhanov le 19/01/2013 14:56
Voici, enfin,importé le meilleur moyen de traîner dans la boue ce que la Femme a de plus intime pour ne pas dire précieux:sa féminité.C'est le mauvais goût étalé en expression de la liberté vantée dans la société occidentale décadente qu'on veut nous servir.

Est-ce que ces "comédiennes de talent" se sentent suffisamment vulgaires ou simplement beaucoup moins femmes en se proposant de donner satisfaction à un auditoire de malades venus assister à un abject viol collectif de la Femme?

La mission de l'art consiste à contribuer au développement de la conscience des êtres humains et à éduquer leur goût .Etre humain, c'est d'abord maîtriser l'animal qui sommeille en soi et non pas donner libre cours à ses instincts bestiaux.

2.Posté par Samih EL GUELTA le 20/01/2013 17:04
Je serais d'accord avec l'auteur du premier commentaire pour dire que la revendication de la féminité doit échapper à cette obsession pesante d'indifférenciation avec l'homme ou encore avec le masculin. C'est complètement faux de croire que plus de droits au féminin rime avec plus d'appropriation de caractères masculin. En essayant de porter le féminin au nues en le masculinisant, on ne fera qu'amoindrir le féminin dans sa vérité profonde telle que le bon dieu l'a façonnée. Masculiniser le féminin c'est justement signer sa décadence et sa disparition. Jean Baudrillard, le regretté philosophe a expliqué dans l'un de ses essais qu'en portant les forces de l'éros à leur état extatique, à leur état de maximisation, on signe paradoxalement sans nous rendre compte notre mort (thanatos). Le féminin doit éviter le piège de la domination masculine. A ce stade, on ne serait que d’accord sur cette question.
Ceci dit, je reviens vers l'auteur du premier commentaire en l'invitant seulement à s'interroger sur ce qui le motive à considérer la "vulgarité" comme un caractère proprement et exclusivement masculin. La femme est d'abord un Homme. Ni plus ni moins. Les clivages sexistes entre les idéologies "hyper-féministes" et les idéologies "machistes" n'est qu'un artefact de trop dans notre monde contemporain. Une classification simpliste témoignant d'une pensée moderne désemparée (relevant de l'idéologème et non du théorème!) qui à défaut de pouvoir déceler finement et délicatement ce qui sépare et ce qui rassemble les femmes et les hommes à l'état de la nature, n'a pu trouver mieux comme thèses que des concepts désuets. Des concepts qui tuent ce qu'il y a de masculin chez une femme et ce qui est d'ordre féminin chez un homme. La vulgarité n'est pas masculine. Vous vous renderez compte de cette réalité simplement en visualisant un rapport sexuel : de désir de toute puissance de chacun s’écrase dans une réalité orgasmique qui le dépasse et finalement, la partie se termine toujours à égalité des points.
Si vous avez eu l'occasion de suivre cette pièce de théâtre, vous vous rendrez aussitôt compte du travail ENORME du ou de la scénariste, du metteur en scène et des trois jeunes figurines pour ramener le public en moins de 20 minutes seulement d'un état où il ne peut tolérer le vocable dialectal désignant le vagin (soit "t'...") à un état où il peut entendre plusieurs fois ce vocable dans le cours de la pièce sans s'irriter. C'est cela qui fait la dimension artistique et esthétique de cette pièce : c’est justement dédiaboliser le vagin sans faire de dégats ! Quant à l'exagération ou à la vulgarité supposée, croyez-moi qu'avant le commencement de la pièce, j'avais tout comme vous les mêmes craintes. Cette invitation à cogiter un petit peu (ce qui n'est plus à la mode!) autour de cette "sacralité fatale" que notre culture accorde à cet organe "très familier" pourtant mais aussi à propos de cette infinité d'"attitudes schizophrènes" dont notre société n'arrive pas à se détacher quand il est question de sexualité ou de questions féminines.
Allez-voir et rendez-nous compte!

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