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Dialogue social sur fond de suspicion et d’incertitude




Dialogue social sur fond de suspicion et d’incertitude
Inaccompli. Le dialogue social, vous dites ?  Il  y en avait un soupçon, certes, mais sans véritable rupture avec les pratiques du passé (du genre, je t’aime, moi non plus). Peut-être, la mise en place annoncée du Conseil économique et social pourrait, une fois démarré (après les formalités d’usage : publication du décret au BO et composition de son Conseil) améliorer les relations entre le gouvernement et les partenaires sociaux (syndicats et patronat).  
Pour l’heure, le processus se trouve inachevé, comme au milieu du gué. En matière de politique sociale, le Maroc semble tarder à sortir de sa léthargie, alors que le monde évolue très vite. Les grands économistes du monde, à leur tête le professeur Josef E. Stiglitz, prix Nobel, remet en cause la manière dont est exploité le PIB (produit intérieur brut) qui, le plus souvent, conduit à confondre la production marchande avec le bien-être économique. « La confusion entre ces deux notions risque d’aboutir à des indications trompeuses quant au niveau d’aisance de la population et d’entraîner des décisions politiques inadaptées», précisent les auteurs du «Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social», commandité par le Président français, Nicolas Sarkozy.
Si maintenant, en Europe, le débat est plutôt inversé, en reprochant aux statistiques officielles des prix de sous-estimer l’inflation, chez nous, en revanche, le débat est, au mieux, stoppé net lorsqu’on évoque les IDE (les fameux indicateurs de développement humain). On a cette impression que les statisticiens accordent une trop grande importance aux «améliorations qualitatives apportées aux produits et, de ce fait, aboutissent à une vision trop optimiste des revenus réels des individus».
Pour nombre d’experts, les mesures traditionnelles de PIB ne suffisent plus aujourd’hui. Parmi les priorités figurent des valeurs non mesurables comme les services à l’éducation, la qualité de l’environnement, la bonne gouvernance, la solidarité et la confiance dans l’avenir. La question n’est de savoir si la croissance est nécessaire, mais comment et par quel moyen réaliser une croissance de meilleure qualité qui puisse profiter à l’ensemble des Marocains.
Cela dit, les mesures prises dans l’actuel projet de loi de Finances 2010, en vue d’améliorer le bien-être social des Marocains demeurent sinon timides du moins peu palpables. Un tout petit chapitre, d’une dizaine de lignes, reprend –allez-y comprendre- les mesures décidées un an plutôt et se rapportant au relèvement des salaires des fonctionnaires, aux allocations familiales qui passent de 150 à 200 DH ! Idem pour  le seuil minimum des pensions qui passe à 600 DH. Rien de nouveau donc sous le soleil.
En matière d’allègement des charges fiscales, le projet de budget poursuit, en effet, la réduction du taux marginal de l’IR, le ramenant à 38% (contre 40% en 2009 et 42% auparavant). Il annonce également le relèvement du seuil exonéré qui passe de 28.000 à 30.000 DH.
Les auteurs du projet de budget signalent que «l’ensemble des mesures prises dans ce cadre se traduisent, pour le Budget Général, par une moins value de recettes ou d’une augmentation des charges salariales de l’ordre de 16 milliards de DH». Par ailleurs, les charges de la Caisse de compensation atteindront, signale-t-on dans le rapport, 14 milliards de DH au lieu de 12 milliards de DH en 2009.
Pas de miracle finalement. Mais, l’espoir demeure de voir le débat s’élever sur ce que sera la politique économique. Une politique adaptée au temps présent. Car, la situation de crise, qui plombe l’économie mondiale, exige en effet une thérapie de choc et non une médecine douce. On parle de réforme, mais il se trouve que le rigorisme «budgétariste» l’emporte sur le reste. Autrement dit, « on fera ce qu’on pourra ». Et c’est là où réside l’incertitude. Une incertitude qui, tout compte fait, rendra aléatoires les prévisions financières.
L’argentier du Royaume, Salaheddine Mezour, sait qu’il est attendu sur plusieurs dossiers, en notamment ceux liés à la fiscalité de l’épargne et la revalorisation des salaires. Comment peut-il relancer la consommation sans toutefois rogner l’épargne? Et inversement, comment encourager l’épargne longue sans freiner la consommation ?
Apparemment, le ministre table –et le signale dans le rapport économique- sur la consommation des ménages. Mais, qu’adviendra-t-il demain si le Ciel se fait moins généreux que l’année dernière ? Et si, en effet, la taxe sur les produits pétroliers reste maintenue, c’est toute la chaîne de production et de consommation qui s’en trouvera pénalisée. Du coup, l’inflation finira par «bouffer» tout le fruit de notre labeur.


Abdelouahed Kidiss
Lundi 2 Novembre 2009

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