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Déviations des pratiques évaluatives et fausse excellence


L'évaluation scolaire, déviations des pratiques évaluatives et fausses excellences


" Quand on ne sait pas ce que l’on mesure, on s’abstient d’utiliser les nombres."
A. Jacquard
" Le vrai génie réside dans l’aptitude à évaluer l’incertain "
W. Churchill



Déviations des pratiques évaluatives  et fausse excellence
Installer des savoirs être (valeurs), acquérir des savoirs faire (compétences) et communiquer des savoirs savants (connaissances) sont entre autres les principales finalités de l’Education. Mais Il est difficile de mesurer l’appropriation, la maîtrise et l’assimilation de ces savoirs. La Société attend la formation efficace des générations à venir, l’Ecole Publique consomme un gros budget et les parents dépensent beaucoup dans le scolaire au dépend de leur bien-être. Tous donc, exigent des évaluations chiffrées de ces apprentissages qui durent de longues années.
Au Maroc l’Ecole Publique arabisée de force (par peur du démon amazigh ?) est en faillite L’échec scolaire est une fatalité familiale et sociale acceptée par tous depuis cinq décennies Dans les années 70/80 le redoublement est massif, et la réussite aux examens un évènement rare. En juin 1987 le taux de réussite au bac était à peine de 15% !e taux de l’échec de 85% ! C‘est le monde à l’envers, l’absurde, la déception des parents impuissants face au Makhzen.
Feu SM Hassan II est alors intervenu avec vigueur dans un discours devenu célèbre pour tirer la sonnette d’alarme ce qui a provoqué de vives émotions Les grands manitous du MEN et les « experts » se sont réunis pour palabrer des semaines durant et accoucher d’une souris Ils dissimulent les vrais maux de l’Ecole (arabisation forcée, classes surchargées, manque de moyens, malaise des enseignants) Ils incriminent l’évaluation seule. Ils proposent 9 examens (un par trimestre) étalés sur trois ans. Les enseignants sont alors appelés à passer leur temps à « évaluer » et les élèves à bachoter et non à apprendre.


Déviations des pratiques évaluatives  et fausse excellence
Un autre type d’évaluation moins lourd a été mis en place et appliqué depuis une décennie. Il est de nouveau question de le changer  Les pionniers de la mesure et de l’évaluation en Education ont d’abord critiqué de façon sévère les examens traditionnels basés sur la culture bourgeoise, sur la mémoire et l’émulation Ils ont mis en exergue leur invalidité, leur infidélité, les aléas et les erreurs des corrections Ils ont proposé de nouveaux types d’évaluation en harmonie avec les approches éducatives en vogue (La pédagogie par objectifs PPO d’origine américaine encensée partout dans les années 80/90 au Maroc).
L’évaluation cherche à recueillir des informations du degré de l’atteinte des objectifs visés. En cas d’échec, l’enseignant refait les mêmes enseignement-apprentissages (ce que fait l’enseignant marocain) Cette approche liée au béhaviorisme et un peu au taylorisme industriel est vite très critiquée. Un autre modèle se met en place, basé sur les compétences à construire chez le s’éduquant. C’est l’approche officielle actuelle au Maroc du moins au niveau des manuels scolaires C’est la pédagogie par les compétences(PPC) et la pédagogie d’intégration PI en est une variante La PPC est liée au cognitivisme, à l’utilitarisme, et aux besoins de l’Entreprise en ouvriers aptes à les servir La PPC et la PI sont venues de l’Europe.
 Les enseignants marocains y adhèrent peu ou pas du tout. Elles n’exigent pas du maître une grande maîtrise de divers savoirs, des classes à faible effectif, des moyens didactiques et du temps. Après chaque module (thème) les élèves sont évalués, et conseillés (évaluation formative) Au terme d’un ensemble de modules supposés maîtrisés ou à la fin d’un cycle d’enseignement il y a l’évaluation sommative (bilan) tel le baccalauréat.  Le système d’évaluation au bac en vigueur de nos jours au pays en est une synthèse hybride.
Il s’appuie sur trois composantes. D’abord le score de l’examen régional subi un an avant (25%), ensuite la note du contrôle continu durant la Terminale (25%) et enfin la note fatidique à l’examen national final (50%). Ce système d’évaluation géré par les Académies paraît équilibré, mais ce n’est qu’en apparence. Il se dévie et se mue dans la pratique.
L’examen régional porte sur plusieurs matières dont le français avec le plus haut coefficient Le français est devenu une langue enseignée et non plus la langue d’enseignement de jadis. Les islamistes, les arabistes les myriades de TV arabes bannissent tout ce qui n’est pas arabe. La langue arabe est présentée comme sacrée et parler toute autre est considéré blasphème
Pourtant les élèves de la première année du bac sont appelés à connaître trois grandes œuvres en français. Ils doivent pouvoir suivre A.Sefrioui (amazigh de Séfrou) dans les dédales de sa Médina (Fès), se réfugier dans sa solitude d’enfant unique et rêver avec sa boite à merveilles. Ils doivent vivre avec V Hugo les sentiments d’un condamné à mourir par la guillotine, alors qu’ils sont pour la plupart, islamise rampant oblige, pour l’exécution de la peine capitale. Ils doivent imaginer avec P Boule que les Singes deviennent plus évolués que les Humains alors qu’ils sont emprisonnés par la religion et la culture ambiante dans l’anthropocentrisme borné. Ils sont tenus de disserter sur les thèmes associés (superstition, croyances, droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, le darwinisme, l’évolution des espèces dont les Hominidés).


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Presque tous les candidats issus de l’Ecole publique sont très loin d’avoir assimilé tout ce qui est visé par ces trois œuvres. Dans aucun autre pays du monde il ne serait venu à l’esprit des responsables pédagogiques de demander dans un examen crucial, à des élèves de comprendre, de disserter sur des livres dont ils ne peuvent même pas lire un paragraphe Ils ont des notes basses ce qui leur ferme la voie d’un avenir meilleur par les études.
 Les parents acceptent cette injustice comme une fatalité à subir avec résignation car venant du Destin et du Makhzen  Par contre les candidats issus de l’Enseignement Privé (riche) maîtrisent le français courant. Au Royaume des aveugles les borgnes sont rois dit la Bible. Durant une quinzaine d’années (Maternelle, Primaire, et Secondaire) ils écoutent le français le parlent à l’Ecole et en Famille. Ils en étudient la grammaire, la conjugaison, les structures de langue et la culture à partir de manuels officiels de France. Mieux ils refont en partie les matières scientifiques en français.
 A l’examen régional, ils comprennent le texte, les questions et l’énoncé de la rédaction. Ils répondent avec facilités, et ils produisent une rédaction d’une vingtaine de phrases enchaînées et simples (sujet, verbe complément).Tout est fait au bout d’une bonne demi-heure pour un examen programmé pour deux heures. Certains obtiennent des 18/20, 19/20, sans fraude c’est un examen taillé bien en deçà de leur mesure. Ceci signifie qu’un
élève moyen issu de l’Ecole privée avec un peu de chance et de fraude dans les autres matières (Instruction islamique, Histoire, géographie, arabe, math) aura facilement une très bonne note à l’examen régional.
Il part bien armé pour sa Terminale, gratifié, béni par le système d’évaluation fait pour lui.  Parallèlement les fils et les filles de tout un chacun venus de l’Ecole publique peinent devant leur copie durant deux longues heures. Ils ne comprennent pas un mot du texte et questions Même ceux qui arrivent avec peine à en déchiffrer le sens et même s’ils ont des idées ; ils sont impuissants à les exprimer en français. Alors au vu et su des surveillants compatissants (souvent eux même ignares en français) des bouts de papiers circulent et la fraude règne. Mais le résultat demeure bas le niveau de tous est médiocre.
Leur déception est totale Ils se contentent au mieux de mettre le titre de l’œuvre, la date de naissance de l’auteur. Ils ne comprennent pas l’énoncé du sujet à rédiger. Ils sont obligés après deux heures de souffrance de remettre des copies vides ou griffonnées de charabia. Ils ont alors, sans surprises, de très mauvaises notes qui vont handicaper leur note finale au bac.  L’examen régional en français n’est pas valide: il n’évalue pas ce qui a été réellement appris par les élèves de l’Ecole Publique. La faillite de cette dernière est alors mise en exergue. Il dévoile l’échec flagrant de l’arabisation imposée. Il montre la misère des fils de pauvres en français, et la fausse excellence linguistique des fils et filles de nantis issus de l’Ecole privé.
Alors de qui se moque-t-on ici au nom de l’arabisme moribond et de l’islamisme médiéval ?  En classes de terminales, les enseignants sont devant des classes surchargées d’élèves durs. Ils transmettent des contenus et les élèves les enregistrent sans critique pour les restituer à l’examen Ils étudient la physique, la chimie, la biologie, la géologie sur le tableau noir et la craie blanche et non dans un laboratoire équipé. Ils sont tenus de réaliser un ensemble minimal de contrôles dits contrôles continus (CC) selon un échéancier préétabli. Les élèves les préparent mal : ils ne se donnent pas la peine de clarifier les notes prises en classe, comprendre les contenus, se questionner à fond, de s’auto-évaluer afin de maîtriser les connaissances et les procédures.


Déviations des pratiques évaluatives  et fausse excellence
Les CC se font dans des conditions difficiles (mauvaise préparation, stress, fraudes, menaces) Les copies sont corrigées avec retard remises aux élèves anxieux et sont ramassées sur place. Elles n’apportent rien à l’élève sinon la déception et la mésestime de soi. Elles créent dans le groupe classe une atmosphère de jalousie Elles ne portent pas d’indications précises sur les lacunes, les erreurs et les obstacles épistémologiques de chuan. Elles ne donnent pas à l’élève de consignes personnalisées pour l’éclairer, l’orienter et ainsi se dépasser, se perfectionner… Le prof porte une note globale appréciative sur le bulletin trimestriel envoyé aux parents et à l’Académie.
Cette note compte en terminale pour le1/4 de la note finale du bac d’où son enjeu Bien des élèves candidats font le jeu, ils font semblant de participer sans comprendre, flattent le maître. « Baise la main que tu ne peux couper » dit un auteur arabe. Et de fait pour certains profs de terminales ces notes de CC sont un outil de pression qu’ils utilisent pour contrôler les jeunes révoltés et agressifs Ces profs paient par des points les bons élèves ou les serviles. Ils font du chantage, règlent les comptes avec les têtes dures. D’autres ajoutent des points par empathie et compassion ou en diminue ou par sanction collective (déni flagrant de justice). Résultat : les élèves et les parents se plaignent de l’injustice de ces contrôles continus en évoquant le favoritisme, le népotisme et le clientélisme des enseignants de l’Ecole Publique.
Dans les Ecoles privées fréquentées par les enfants de riches le mercantilisme fait la loi. Ici les classes sont loin d’être surchargées, le matériel didactique et informatique ne vient pas à manquer. Les enseignants sont pour la plupart et jusqu’à présent des vétérans de l’Enseignement Public et travaillent un peu en noir. Les élèves sont généralement des exclus de l’Ecole publique, des fils et filles issus de milieux aisés ou des jeunes issus de classes moyennes. Les parents d’élèves qui se sacrifient pour leurs enfants, ont ici un grand pouvoir car ils paient à la fin de chaque mois. L’administration n’osera donc, jamais envoyer un mauvais bulletin aux parents de crainte que ces derniers  n’amènent leur progénitures ailleurs. Les profs évitent de mettre les scores bas de peur de se faire renvoyer.
 L’évaluation devient une monnaie et l’Ecole Privée un lieu de bisness juteux. Dans les classes terminales des lycées privés les notes du contrôle continu sont gonflées pour tous avant d’être validées par l’Académie Il en résulte bien des anomalies souvent décriées par la presse et même depuis peu le MEN. Ainsi un élève du Privé qui a obtenu à l’examen régional une bonne note car trop facile pour lui et qui arrive à se faire donner une bonne note de contrôle continu en classe du bac est assuré d’avoir son diplôme de bachelier même avec des scores très bas à l’examen national.
 Exemple fictif : un élève qui a eu en examen régional 18/20, au contrôle continu 18/20 et à l’examen national 4/40 (2/20 !!) le tout 40/80 soit 10/20 il est déclaré reçu par l’Ordinateur Officiel. Mettre son fils ou sa fille même de compétences moyennes dans un lycée privé pour les trois ans est un moyen sûr pour lui donner un bac sans peine (mention passable) ou avec une très bonne mention et donc lui ouvrir par-là la voie des grandes Ecoles au Maroc ou à l’étranger.
Les pratiques évaluatives de l’enseignement Privé deviennent un moyen direct de la reproduction des classes. Mais souvent on se trouve devant des situations paradoxales au seuil des Institutions exigeant en plus d’une bonne mention un concours : des bacheliers encensés (bac avec 17/20 et plus) ne réussissent pas les concours d’entrée alors que ceux moins encensés (juste 14/20 exigé) venus ordinairement de l’Ecole publique les réussissent avec distinction.
Alors par Equité sociale pourquoi ne pas ouvrir ces concours à tous les
bacheliers ayant au moins12/20 en recourant aux QCM valides et faciles à
corriger en peu de temps?!  
Fait à Témara.
 

Déviations des pratiques évaluatives  et fausse excellence

Azergui Mohamed Pr Universitaire retraité
Dimanche 13 Janvier 2013

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