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Deuxième rencontre des Marocaines d'ici et d'ailleurs : Pour la mise en place d’un observatoire de la migration féminine




Deuxième rencontre des Marocaines d'ici et d'ailleurs : Pour la mise en place d’un observatoire de la migration féminine
La ville de Marrakech a abrité les 18 et 19 décembre, la deuxième édition de la rencontre des Marocaine d'ici et d'ailleurs, un moment fort de retrouvailles entre des compatriotes venues des quatre coins du globe, mais également une occasion pour dresser le bilan de ce qui a été fait au profit des membres de la Communauté marocaine établie à l'étranger.
Organisé par le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), sous le thème « Féminisation de la migration : dynamiques internationales et spécificités marocaines », ce conclave a pu réunir une trentaine d'experts et de chercheurs dans le domaine de la migration féminine, 400 femmes marocaines migrantes d'ici et de plus de 20 pays différents, invitées, outre plus de 100 associations du Maroc et du monde.
Ce colloque s'est fixé un triple objectifs, à savoir : mettre en lumière des phénomènes existants mais jusque-là négligés, tels que le vieillissement des migrants, le chômage, la discrimination et le racisme entre autres, mettre en exergue de nouvelles catégories d'émigré(e)s et divers  profils (étudiantes, retraitées, migrantes hautement qualifiées,  saisonnières) et enfin contribuer à l'élaboration de nouvelles politiques publiques plus adaptées aux attentes et aux aspirations de l'ensemble des émigré(e)s.   
Les participantes se sont dites en faveur de la mise en place d'un Observatoire de la migration féminine et de la mobilisation des compétences, de la qualification et de la préparation des femmes candidates à l'immigration et du soutien à celles porteuses de projets de développement dans la mère-patrie.
Pour elles, la citoyenneté ne doit nullement être résumée en une simple participation politique ou droit de vote, soulignant, par ailleurs, l'importance d'œuvrer pour la mise en place d'un forum des jeunes migrantes ou un forum des associations des jeunes marocains migrants.
 Un accent particulier a été mis sur l'impératif de se doter d'une base de données concernant la situation des migrantes marocaines dans leurs pays d'accueil, de consolider l'action associative féminine et de renforcer la sécurité sociale et sanitaire des femmes retraitées.
Selon les organisateurs, pendant longtemps, l'émigration féminine marocaine a été considérée comme une conséquence « évidente » de l'émigration masculine et de l'amplification, à partir des années 70, du regroupement familial. Ce constat dévoile un a priori assez classique dans le champ des migrations, selon lequel « les femmes ne pouvaient se déplacer qu'en suivant un homme». Or de plus en plus de travaux sur les trajectoires de ces femmes révèlent une grande diversité de situations (femmes chefs de famille, étudiantes, retraitées,…), rappelant que ces travaux montrent que, même dans le cadre du regroupement familial, les femmes avaient une part active dans l'élaboration du projet migratoire familial et développaient des stratégies personnelles qui leur donnaient un véritable rôle d'actrices dans la migration, que ce soit d'un point de vue politique, économique, social ou culturel.
Le phénomène de féminisation de l'émigration marocaine, ont-ils tenu à noter, a pris un autre tournant au cours des années 90 avec une visibilité de plus en plus importante d'une émigration de travail autonome, notamment vers les nouveaux pays d'immigration (Espagne, Italie et pays du Golfe). Aujourd'hui, en France, en Belgique et aux Pays-Bas, les femmes représentent près de la moitié de la population marocaine, 33% en Espagne et 30% en Italie. Dans les pays du Golfe, ce pourcentage serait plus significatif.
Et de poursuivre que cette migration correspond à une mutation de la société marocaine dans laquelle les femmes acquièrent de l'autonomie,  y compris sur le plan économique. Mais également au développement de niches d'emploi dans des marchés de plus en plus internationalisés, à forte demande de main-d'œuvre étrangère (secteurs de la domesticité et des soins médicaux,  de l'agriculture, du tourisme et des loisirs). En France, on comptabilise 45% de Marocaines sur le marché du travail et 14% en Espagne. La migration féminine répond certes à une nécessité économique  (précarité sociale, pauvreté, accroissement du nombre de femmes chefs de famille, etc.), mais représente aussi une réponse potentielle à une demande grandissante d'épanouissement personnel et d'émancipation face à des discriminations sociales et des inégalités persistantes dans les rapports de sexe.
Ainsi, la migration féminine présente une multitude de statuts et de situations (femmes peu qualifiées issues de milieux populaires, mais aussi cadres et catégories socioprofessionnelles élevées) qu'il convient de prendre en considération dans une approche genre des communautés marocaines à l'étranger. Il est également indispensable de tenir compte des jeunes générations de Marocaines (la plupart du temps binationales) nées dans les pays d'immigration et qui présentent des profils encore plus diversifiés et des problématiques spécifiques liées à la multi-appartenance culturelle.
Sur la question de la migration féminine en Afrique subsaharienne, Abou El Farah Yahia, directeur de l'Institut des études africaines, a expliqué que l'émigration des Marocains vers l'Afrique subsaharienne en comparaison avec l'ensemble de la migration internationale de ces derniers semble moins importante vu le nombre de personnes qu'elle a véhiculées. En fait, les pays de cette zone de l'Afrique ont constitué les premières destinations de l'émigration marocaine.
Au sujet des Marocaines saisonnières dans la province de Huelva : aléas d'une nouvelle forme de migration des femmes,  Mme Houria Alami M'Chichi a soulevé la question d'un nouveau type de migration légale des femmes marocaines, qui, bien qu'arrêtée provisoirement à cause de la crise, reste une réalité à explorer. Il s'agit de la migration des femmes saisonnières dans les champs de fraises de Huelva, conformément aux accords bilatéraux signés en 2001 par le Maroc avec l'Espagne pour le recrutement de cette main-d’œuvre féminine.
Mme Alami M'Chichi a fait savoir que cette migration saisonnière s'inscrit dans le cadre de la « gestion concertée de la migration légale » établie entre le Maroc et l'Espagne et dont l'un des objectifs essentiels est de lutter contre la migration clandestine, y compris celles des femmes marocaines qui travaillaient déjà dans les champs de fraises, notant que celle-ci se présente comme une solution satisfaisante pour les pays émetteurs de main-d'œuvre et les pays récepteurs.
Pour Mme Alami M'Chichi, bien qu'elle ne soit pas définie officiellement ainsi, il s'agit d'une forme de migration choisie, de « travail à la sueur », non seulement par les critères qui accordent la préférence aux femmes, mariées, rurales et pauvres, mais aussi parce que les représentants des organismes patronaux espagnols de la fraise se rendent sur place pour sélectionner eux-mêmes les femmes dont ils ont besoin, après un premier examen sur dossier effectué par l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC).
Cette option orientée vers les femmes, rurales, mariées et pauvres est chargée de représentations stéréotypées et de clichés sur le sexe, la classe, la ruralité et la pauvreté, a-t-elle estimé.
Lors de cette rencontre, les débats ont été focalisés sur diverses questions liées aux « migrations féminines marocaines : dynamiques et attentes », « dynamiques migratoires internationales féminines : une approche comparative » et à « la migration des femmes marocaines : état des lieux».


Mohamed RAMI
Mardi 22 Décembre 2009

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