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Des voix de Gaza




Des voix de Gaza

A Gaza comme ailleurs, hier et aujourd’hui, la barbarie a toujours le même visage. C'est tuer en soi la part de l'humain pour autant que l'autre est sous-estimé, méprisé,  diabolisé, violenté dans sa dignité et son corps. Assouvir sa haine par le mensonge,  la force  et la violence, c'est vouloir falsifier l'Histoire, faire durer ses ténèbres et lui subtiliser le désir et le plaisir, la sève et l'exubérance de la vie. Le calvaire de Gaza a fait tomber, ici et là, tant de masques. De ceux que l'on connaît déjà, Israël et ses protecteurs, et de ceux aussi que l'évènement nous révèle, dans le monde arabe, empêtrés comme à l'accoutumée dans les contradictions de leurs  propos et actes.

Témoignages sur la terreur systématique

Comment se permettent-ils, ces dépositaires de la mémoire des suppliciés, de commettre des crimes, quoique à moindre échelle, aussi terrifiants que ceux de l'Holocauste ? La terreur systématique, celle qui ne “voit le bon Palestinien que mort” ou exilé, selon la fameuse expression d'Aba Eban, ne recule par essence devant rien. Aujourd'hui comme hier, tout crime si sordide et ineffaçable ne peut par nature fonder un voisinage viable quand bien même celui-ci existerait entre descendants d’ancêtres  communs.
Dans le camp arabe, un proverbe dit qu'«il n'est si amère que l'injuste récrimination de la part des proches ». En effet, la compromission ou ce qui paraît ainsi est restée sans explication convaincante de la lenteur pour l'entrée, à travers le passage de Rafah, de l'aide humanitaire et du personnel médical volontaire.
Combien sont poignants ces multiples témoignages sur l'étendue de l'horreur commise! Ceux qui les expriment, orphelins et personnes réduites à rôder au milieu des ruines de leurs maisons, le font avec le cœur serré de tristesse, de traumatisme mais aussi avec une grande dignité. Plus rien, à part leur foi en leur cause. Parmi eux, il y en a, comme les Sammouni, Dalal Abu Aïcha et autres, que le canon a tout rasé autour d'eux : parents, amis et voisins. Waël Al-Samouni raconte : « (…) J'ai perdu mon mari, mon beau-père, ma belle-mère et sept personnes de ma famille. Ma fille de neuf mois a eu trois doigts sectionnés. ». Sur l'amas de ce qu'était la maison familiale, Dalal, âgée de 13 ans, n'a plus désormais comme source de tendresse que sa grand-mère maternelle. « Je suis devenue orpheline », disait-elle en sanglots. Elle tenait dans ses bras son chat désolé, apeuré en essayant en dépit de son propre malheur de l'apaiser comme si entre les deux  il y avait questionnement et attente de réponse.Où sont partis les absents? La question n'est jamais séparée de la conscience et du sentiment, y compris chez l'animal. Les traces de la mort sont partout visibles, à l'œil et dans le cœur, sauf par ceux qui les sèment et ceux aussi qui s'en détournent par une complaisance toute coupable. Et ceux, comme cette autre jeune fille de 10 ans, Jamila, ne comptant pas parmi les absents, parce qu'ils l'ont échappé belle. Combien sont-ils ? Des centaines sans doute. Brutalement, le cours de leur vie s'est trouvé basculé. Les brûlures au phosphore blanc et celles causées par les «Dim », sorte de bombes de fabrication américaine encore en expérimentation, n'ont laissé aux victimes d'autre choix que l'amputation de leurs membres gravement atteints. Espoirs brisés et incertitudes aussi quant à leurs chances de survie puisque le propre du « Dim » est de se fragmenter en débris à effets cancérigènes après un certain temps. L'une des victimes, Jamila, estropiée, garde comme espoir l'envie de devenir journaliste afin, disait-elle, de chercher ce qui se passe en coulisses, entendez la vérité. Que peut désormais être celle-ci pour ce médecin qui a perdu à jamais sa femme et ses enfants trouvés ensevelis sous les décombres de leur maison ? Lui n'arrive pas à s'expliquer cet acte de folie, d'autant qu'il prodiguait ses soins aux siens comme aux Israéliens. Rapportés par voie de presse, ces témoignages ne recouvrent pas évidemment tous les drames vécus par tant de gens et qui seraient un jour révélés si la justice internationale ne se voyait pas opposer un quelconque veto.

 Enfants aux stigmates indélébiles 

Propos d'une grande et touchante maturité contrastant avec l'âge tendre de ceux qui les tiennent, ces petits Palestiniens, qui témoignent de leurs propres douleurs et également de ceux de leur peuple. Du fait de la guerre et aussi des méfaits du siège, leurs traumatismes font aussi l'objet de tant de témoignages et laisseront certes pour longtemps des séquelles sur le psyché des enfants gazaouis. «Le bombardement a duré au moins pendant 10 minutes.
C'était comme un séisme au-dessus de la tête. Les fenêtres ont été secouées et  renversées. Mon fils de 10 ans était effrayé, il sautait et tentait de se cacher. Je l'ai pris et serré contre ma poitrine en essayant de le sécuriser. Ma fille de 12 ans était terrifiée et s'est mise à rire hystériquement, sa réaction n'était pas normale. J'ai saisi sa main et je l'ai calmée en lui disant qu'elle était à l'abri (…) », raconte Eyad Al Serraj, psychologue à Gaza.
Des séquelles qui se perpétuent d'ailleurs de génération en génération et qui ne peuvent être comparées à la peur occasionnée par le tir des roquettes El-Kassam sans qu'il soit compris  que l'acte de tuer des civils, de ce côté ou de l'autre, est condamnable. Des enfants au sommeil perturbé, s'exprimant, comme ce petit Ahmed, en mots saccadés sur leurs conditions lamentables de réfugiés dans des écoles, sachant que cela ne leur procure pas de sécurité comme ce fut le cas à El-Fakhoura et d'autres lieux relevant de l'Unrwa. Aucun endroit à Gaza n'était à l'abri des bombardements pleuvant du ciel, du sol et de la mer, ce qui explique le nombre élevé d'enfants victimes. Erik Fosse, le chirurgien norvégien bénévole à Gaza pendant la guerre, témoigne: « C'est pratiquement indescriptible. Cette matinée, il y a eu une attaque contre un marché de légumes: 80 blessés et 20 morts sur le champ. Ici à l'hôpital, les blessés civils graves affluent. Beaucoup d'entre eux sont des enfants (…).Ce dernier jour, il y a eu des attaques violentes contre le marché aux légumes et une mosquée à l'heure de la prière».

Diversion et manipulation décriées

L'explication contradictoire donnée par Israël sur le bombardement d'El-Fakhoura est fort éloquente de ses méthodes de diversion et de manipulation de l'opinion internationale. Dans un premier temps, le Tsahal a bel et bien justifié cette frappe du fait que des « terroristes », selon ses termes consacrés, y ont trouvé refuge, puis, quelque temps après, il a reconnu qu'il s'agissait d'une erreur. Si cette dernière explication est fondée, pourquoi alors des bombardements ont par la suite visé d'autres sites des Nations unies, sachant que les cordonnées de leurs positions étaient auparavant communiquées aux militaires israéliens?  Qui donc se laisse tromper  par les allégations israéliennes d'enquêter sur ses propres crimes répétitifs comme pour dire qu'ils ne sont que de simples erreurs? N'avons-nous pas entendu de pareils mensonges lors du massacre de Sabra et Chatila en 1982, à Nakoura en 1996 et, plus près de nous, à Jénine en 2002? A ce titre, Ehud Barak a réagi à la vague de dénonciations sur le plan international de l'usage des bombes phosphoriques contre la population de Gaza en ordonnant d'ouvrir une enquête parmi les militaires engagés dans la guerre. Si cela est vrai, pourquoi alors ne pas placer, à tout le moins, cette « enquête » sous autorité judiciaire et permettre aussi à des experts internationaux, désignés par les Nations unies, de mener leurs propres investigations?
L'arrogance inouïe des militaires israéliens repose sur leur conviction de remplir une mission sacrée de conquête et de défense de la “Terre promise” et, par conséquent, sur leur poids dans les décisions politiques. L'ancien Général des forces de l'air et l'actuel ministre de la Défense, Ehud Barak, l'a déjà prouvé quand il déclarait que la frappe des cibles tenait à un simple mouvement des ailes de son avion de chasse. Que l'on se rappelle aussi les propos méprisants de Sharon et ensuite d’Olmert à l'égard des Gazaouis les qualifiant d'enragés ou les menaçant de vivre l'enfer? N'est-ce pas encore de hauts responsables politiques israéliens qui confessaient avoir eu un plaisir d’envoyer leurs chars en territoires palestiniens, témoignage rapporté par Recep Tayyip Erdogan, le chef du gouvernement turc, dans sa véhémente réponse à l'intervention de Shimon Pérès visant à justifier, au Forum économique de Davos, l'opération dite «  Plomb coulé » contre Gaza?

 Justice pour les orphelins et martyrs de Gaza

Les voilà qui, même au cours de leur guerre contre Gaza, prétendaient ne pas en vouloir en aucune manière aux civils et aussi ne pas priver le moins du monde les enfants de Gaza « du ciel bleu et de l'air frais », selon les termes de Shimon Pérès, chef de l'Etat et co-primé avec le défunt Arafat du Prix Nobel de paix.
Ce n'est pas du tout exagéré le propos tenu par le cardinal du Vatican, Renato Martino, comparant la vie à Gaza à celle d'un « immense camp de concentration », car tant d'autres après lui, y compris le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ont dénoncé l'intolérable situation qui y prévaut. C'est, donc, toute une population que l'on planifiait de punir sévèrement pour ses choix politiques et sa résistance ainsi que de tenter de semer davantage de discorde entre factions palestiniennes. Bien plus, les Arabes dits de la Ligne verte se sont vus eux aussi, malgré leur nationalité israélienne, accusés de sympathiser avec les Gazaouis, donc de manquer d'allégeance envers l'Etat hébreu et de là à les priver de leur droit de se présenter aux prochaines élections. En d'autres termes, ils doivent, selon cette logique, se sentir des citoyens de seconde zone dans un Etat qui se veut d'abord pour les juifs, ce qui va dans le sens des thèses de transfert défendues par l'extrême droite.
Sans châtiment conséquent des crimes commis à Gaza, Israël agira longtemps comme entité au-dessus de la légalité internationale. Permissivité due à l'excuse permanente de ses forfaits de la prétendue victime vivant dans l'insécurité à cause de la « violence des occupés » et pas du tout en tant que force d'occupation. Excuse reposant sur l'inconscient et le constant sentiment de culpabilité lié à l'Holocauste et dont le prix est injustement et chèrement payé par les Palestiniens, ces damnés des Temps modernes. Mais, l'attachement de ceux-ci à leur terre, dans la dignité et la défiance, est sans conteste une réponse cinglante à l'agression d'Israël, à ses plans de diabolisation et de blocus cautionnés à tort par les Etats-Unis et d'autres dans leur sillage.

Par Mustapha BENGADA
Lundi 2 Février 2009

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