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Des toilettes au verre d’eau pour défier la sécheresse en Californie




L’idée est pour beaucoup encore un peu dure à avaler. Mais alors que la sécheresse historique se prolonge en Californie, le recyclage des eaux usées, dédaigneusement surnommé “des toilettes au verre d’eau”, gagne du terrain.
Le traitement d’eaux usées pour la consommation humaine n’avait jamais fait école sur la côte ouest américaine, où l’idée de boire de l’eau qui quelques heures avant se promenait dans des égouts était inenvisageable.
Une initiative il y a dix ans à San Diego, tout au sud de la côte ouest, avait déclenché une levée de boucliers, avant d’être abandonnée.
Mais après quatre années d’une sécheresse brutale, les Californiens ne peuvent plus se permettre de faire les difficiles.
La fonte des neiges de la Sierra Nevada, une source majeure d’eau potable dans l’Etat le plus peuplé du pays, est quasiment réduite à néant. L’eau importée du fleuve Colorado est de plus en plus disputée entre plusieurs Etats, et donc plus rare.
“Tout le monde étudie maintenant le recyclage des eaux”, constate George Tchobanoglous, un expert du sujet qui enseigne à l’université de California Davis. “Nous déversons dans l’océan une grande partie de ces eaux usées que nous pourrions utiliser. C’est faisable et rentable dans de grosses agglomérations côtières” comme celles de Los Angeles, Santa Barbara, etc, ajoute-t-il, rapporte l’AFP. D’après lui, même à San Diego, l’opinion publique est prête, car de récents sondages montrent 76% de réactions favorables au recyclage de l’eau à but potable, comparé à 23% dans les années 90.
Le recyclage d’eaux usées pour arroser des cultures ou des pelouses était déjà largement adopté en Californie, mais il s’agit ici d’aller plus loin.
Dans une étude publiée l’an dernier, M. Tchobanoglous estimait que d’ici 2020, les eaux recyclées devraient être à même d’approvisionner le cinquième de la population californienne, qui compte 39 millions d’habitants.
La technologie, qui traite les eaux usées provenant des toilettes, douches, machines à laver le linge ou la vaisselle, est déjà utilisée au Texas, un Etat également confronté à d’intenses sécheresses.
Les partisans de cette technologie mettent en avant l’exemple de l’usine d’épuration d’Orange County, au sud de Los Angeles, qui a ouvert en 2008 pendant une précédente sécheresse, et traite 378 millions de litres quotidiennement, soit assez pour desservir 850.000 personnes. Une autre installation plus petite de l’agglomération de Los Angeles, l’usine de traitement de West Basin, recycle également des eaux d’égouts pour en faire de l’eau potable ou à usage industriel. “L’eau des égouts était généralement perçue comme un déchet, mais maintenant elle est considérée comme une ressource de valeur”, assure Shivaji Deshmukh, un responsable de l’usine de West Basin.
Pour mieux faire avaler la pilule aux nombreux Californiens qui se bouchent le nez à l’idée de boire de l’eau recyclée, ces usines ne fournissent pas l’eau directement au consommateur, comme c’est le cas au Texas. Elles la réinjectent d’abord dans les nappes phréatiques, d’où elles sont ensuite pompées par les agences de distribution d’eau. La qualité de filtration est toutefois la même que pour un service directement à l’utilisateur: l’eau est d’abord micro filtrée, puis purifiée à travers un processus chimique d’osmose inversée, où une pression est appliquée pour contrarier l’osmose naturelle de certaines particules. Enfin, des rayons ultraviolets tuent les bactéries indésirables restantes. Le résultat donne une eau aussi pure, voire plus, que l’eau purifiée vendue en supermarché. Si pure qu’il faut lui réinjecter un peu de minéraux pour le goût et pour qu’elle n’érode pas les canalisations.
Même la Nasa utilise la technologie sur sa Station spatiale internationale, où des équipements spéciaux collectent l’urine et la transpiration des astronautes pour produire de l’eau pour le café ou se brosser les dents.
Le coût est un facteur qui pourrait aussi contribuer à améliorer l’image des eaux usées: “L’eau en bouteille est de l’ordre de 10.000 fois plus chère sans que sa qualité soit nécessairement meilleure”, affirme Ron Wildermuth, porte-parole du West Basin.
 “Il y a un jour ou deux, cette eau, c’était un égout. Maintenant c’est une eau de la meilleure qualité qu’on puisse trouver”, conclut-il en attrapant un échantillon, avant de l’avaler.
 

Mardi 3 Novembre 2015

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