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Des «ruptures» de Nicolas Sarkozy aux alternatives de la gauche française : II- Barack Obama, une inspiration pour la gauche ?




Des «ruptures» de Nicolas Sarkozy aux alternatives de la gauche française : II- Barack Obama, une inspiration pour la gauche ?
Par une étrange ruse de l’histoire, l’arrivée de Barack Obama au pouvoir a pris au dépourvu les orientations pro-américaines du Président français. Homme de la rupture dans la politique étrangère américaine, Barack Obama se distingue en effet de Nicolas Sarkozy aussi bien sur le fond que sur la forme.
Sur le fond, Barack Obama a bâti ses positions sur des principes de moralité et de justice. Il a ainsi soutenu l’abolition des armes nucléaires, tendu la main aux adversaires de l’Amérique dans le monde musulman, en Amérique latine, en Russie et en Chine, mis l’accent sur le smart power (c’est-à-dire l’usage intelligent de la puissance par le désengagement militaire et l’utilisation accrue de l’aide et de la diplomatie). Le paradoxe a été que les Présidents français et américain se sont livrés à un véritable chassé-croisé : pendant que l’un banalisait l’appartenance de la France au «camp occidental», l’autre rompait avec le «suprématisme occidental» de son pays.
Sur la forme, la nouvelle politique américaine a été égrenée de grands discours du Président durant toute l’année 2009, à Prague, au Caire, à Accra, à Moscou, esquissant une vision ambitieuse et généreuse des relations internationales. Ce souci d’énonciation et de vision intellectuelle diffère fortement de l’activisme tous azimuts et par à-coups du Président français.
Il n’empêche que Barack Obama s’est montré aussi pragmatique que Nicolas Sarkozy sur les grands choix de politique étrangère. Ainsi, tout en poursuivant le retrait d’Irak, déjà décidé par George W. Bush, le Président des Etats-Unis a accepté de renforcer temporairement le contingent américain en Afghanistan. Il a également dû trahir sa promesse de fermer la prison de Guantanamo dans l’année suivant son élection. Après avoir exigé vainement le gel de la colonisation israélienne dans les territoires occupés palestiniens, il a finalement renoncé à tordre le bras au gouvernement de Tel Aviv. Malgré un discours ferme sur la faillite du capitalisme financier, il a été obligé de se rapprocher de Wall Street et des milieux économiques. Incapable de changer en profondeur les positions américaines sur certains grands traités multilatéraux, tels le protocole de Kyoto ou les traités de désarmement, Barack Obama n’a pas non plus remis sur le métier la réforme du multilatéralisme mondial. Face à la Chine, il a durci ses positions alors même qu’il avait tendu la main et évoqué l’avènement d’un «G2». Enfin, sa politique arabe, notamment en Egypte, se trouve écartelée entre le soutien aux principes de la démocratisation et des droits de l’homme et l’exigence de stabilité régionale.
Finalement, le principal succès de la politique de Barack Obama concerne la Russie, alors même qu’il tend à négliger l’importance de l’Europe. Il rejoint là une constante de la politique du Président français. Le dégel avec la Russie a en effet permis de signer, et même de faire ratifier par le Sénat, un nouvel accord de désarmement nucléaire entre les anciens «Grands» et, ce faisant, d’avancer dans la voie prônée de l’abolition ultime de l’arme nucléaire. Cette politique, qui a permis de réduire les irritants avec Moscou (crise des boucliers anti-missiles, élargissement de l’OTAN, différends commerciaux), n’a cependant pas complètement consolidé la stabilité à l’Est de l’Europe : les «conflits gelés» de Moldavie et de Géorgie perdurent et le traité sur le désarmement conventionnel en Europe demeure bloqué. Quant à l’OTAN, elle se maintient à son étiage actuel, sur fond de frilosité des Européens pour envoyer de nouveaux renforts en Afghanistan – y compris de la part de la France, aujourd’hui moins enthousiaste qu’au début du mandat Sarkozy.
Malgré l’ampleur de sa vision, son intelligence et sa popularité internationale, le Président Obama paraît aujourd’hui empêtré dans les dossiers internationaux, bloqué au milieu du gué, comptant d’abord sur un rebond économique interne pour se faire réélire en 2012. Comme Nicolas Sarkozy, il s’est heurté aux pesanteurs des rapports de force internationaux, comme aux rapports de force intérieurs (le poids du business dans la politique américaine, puis une majorité républicaine à la Chambre des représentants).
C’est aussi une leçon pour la gauche : on peut donner de nouvelles impulsions à une politique étrangère, comme l’avait fait François Mitterrand en 1981 sur les rapports «Nord-Sud» par exemple; mais les contraintes de la mondialisation et de la géopolitique empêchent de refonder entièrement la politique étrangère, même quand on est Président des Etats-Unis.

Quelle alternative
en 2012 ?
La gauche française peut porter en 2012 une réforme de la politique étrangère qui ne soit ni une «rupture» sans lendemain, ni un retour à la case départ gaullo-mitterrandienne.
Le style en sera imprimé par le candidat, ou la candidate, à l’élection Présidentielle, avec sa personnalité, ses intuitions, ses tropismes. La gauche ne pourra tourner le dos à la Présidentialisation de la diplomatie, inscrite dans les institutions, mais il lui appartient de se distinguer par la mobilisation de l’intelligence collective, par la revalorisation du rôle de l’Etat, et en particulier du Quai d’Orsay, par le respect des droits du Parlement et par la construction de relations de travail solides et de confiance avec tous nos partenaires, à commencer par nos partenaires européens. La France doit faire entendre sa différence dans le monde, mais elle doit aussi agir efficacement avec ses partenaires et ses alliés.
Un travail fondamental a été conduit à l’occasion de la Convention internationale du Parti socialiste, qui a débouché sur un programme élaboré. Retenons pour l’essentiel trois orientations qui n’ont pas toujours pu être poussées assez loin dans le passé.
D’abord, la question sociale et écologique. Elle a été mise à mal par la mondialisation libérale et par les fondamentaux de l’économie dominante américaine, mais aussi par la volonté des puissances émergentes de se faire leur place au soleil et par les affrontements géopolitiques ou géoculturels. Il est nécessaire de développer des réponses articulant, d’un côté, l’interdépendance mondiale et les défis globaux, et, de l’autre, le besoin de protéger les intérêts des travailleurs européens. Les forces progressistes en Europe doivent porter au cœur du débat la question du «juste échange» et la lutte contre le dumping social et fiscal. Elles doivent se battre pour la mise en place d’une taxe sur les transactions financières et de taxes correctrices pénalisant les importations des pays qui ne respectent pas les normes sociales et environnementales. Cela doit se combiner avec un renforcement de l’aide mondiale au développement et à la préservation de l’environnement.
Ensuite, le multilatéralisme et l’action collective. L’action de la France pèsera d’autant plus qu’elle s’inscrira dans le cadre européen et les forums multilatéraux (G8/G20, ONU). Pour cela, il faut agir en concertation étroite avec nos partenaires, d’abord au sein des enceintes européennes, puis avec les puissances que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie, sans lesquelles aucun progrès du multilatéralisme ne pourra être réalisé. Elargir le Conseil de sécurité de l’ONU, réformer le FMI et les relations monétaires internationales, créer une organisation internationale de l’environnement, prendre en compte des normes sociales et environnementales à OMC, sont des réformes nécessaires. Sans forcément revenir sur la décision de réintégrer les structures militaires intégrées de l’Alliance atlantique, la France devrait aussi privilégier les instances bénéficiant d’un maximum de légitimité internationale (ONU, Union européenne) et s’investir, avec ses principaux partenaires, dans l’affirmation de la diplomatie européenne et de l’Europe de la défense.
Enfin, la démocratie et les droits de l’homme. Porter des valeurs ne suffit pas à mener une politique étrangère, surtout quand on est un pays – la cinquième puissance mondiale – qui pèse et doit défendre des intérêts. Mais il faut savoir conjuguer les deux. François Mitterrand avait commencé à le faire quand, en 1990, il avait invité les chefs d’Etats africains réunis à La Baule à développer la démocratie dans leurs pays. La promotion de ces valeurs que sont la participation des citoyens et le combat pour le respect des droits humains est dans notre intérêt fondamental. Elles conditionnent la création d’un monde plus interdépendant, plus juste, plus coopératif. Parce que nous n’éviterons pas les situations nous plaçant devant des choix cornéliens, il est d’autant plus important de revendiquer nos principes. Les droits de l’homme doivent avoir leur juste place dans l’agenda international : pas systématiquement la première, mais jamais sous le tapis.
Sans mésestimer les résistances et les forces contraires, la gauche ne doit pas renoncer à l’ambition. Pour paraphraser le mot de Pierre de Coubertin à propos des Jeux olympiques et plus récemment celui de l’écrivain Paul Auster à propos de l’élection de Barack Obama, l’important en politique n’est pas de se distinguer de ses prédécesseurs, mais de pousser dans la bonne direction.

* (Diplomate)
Article publié par la Fondation
Jean Jaurès

Par Louis Maximin *
Mercredi 9 Mars 2011

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