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Des rescapés se souviennent encore




Mohamed Boulhassan
surnommé Bouhouch (ancien
habitant du Talborjt,  surveillant général du MEN à la retraite)


« Je suis natif d’Agadir le 5 mars 1940. J’avais 20 ans à l’époque et je me trouvais à ce moment-là à côté de l’immeuble sept étages qui est sur la route du port, parce qu’on revenait du cinéma Marhaba où on avait vu un film d’Elvis Presley qui s’intitulait « King Creole ». C’était un film qui nous avait captivés à ce moment-là, car on était jeunes et lorsqu’on est  sortis du cinéma, on est retournés vers notre quartier, le quartier Talborjt. Et malheureusement, avant d’y arriver et à quelques centaines de mètres à peine, on a entendu un grondement bizarre et vu des éclairs, puis nous avons senti des secousses telluriques qu’on ne pouvait pas vraiment décrire. Et tout de suite après, il y a eu un silence accompagné d’une coupure de courant. Une nuit totale et un silence d’une ou deux secondes. Puis on commençait à entendre les gens qui criaient  un peu partout. Et malheureusement, lorsqu’on est arrivés sur place, s’offrait à nos yeux un spectacle apocalyptique Il y avait des milliers de  morts presque 15 000 morts entre le Quartier Founty, Yachach,  la Kasbah et Talborjt. Nous étions un groupe de camarades qui revenaient du cinéma. Chacun courut vers sa maison. Certains camarades n’ont trouvé personne de leur famille. Quant à moi, j’ai eu plus de chance, car notre  maison avait  tenu bon ; mon père et ma mère étaient bien vivants avec mon petit frère. Ce soir-là, j’étais content car ma famille était saine et sauve, mais j’étais aussi malheureux parce que j’ai des camarades qui ont perdu toute leur famille ou presque. Ce n’est qu’au lever du jour, qu’on s’était vraiment rendu compte de l’ampleur de la catastrophe. Le spectacle qui s’offrait à nos yeux était abominable : on a vu des corps sous les décombres, des mains qui apparaissaient, des têtes, des petits-enfants, des femmes, c’était vraiment un spectacle horrible. Heureusement que cette nuit-là, il y avait les marins français qui étaient venus vers une heure du matin. Ils ont secouru ceux qu’ils ont pu secourir. Ils ont fait du bon travail, on les remercie vivement. Et puis, il y avait aussi les Forces Armées Royales (FAR) qui sont arrivées sur les lieux  dans la matinée. Mais c’était quelque chose d’abominable parce qu’Agadir était une ville très sereine, très calme. On ne se rendait pas compte qu’il allait y  avoir un tremblement de terre de cette ampleur. Nous, c’est quelque chose qu’on n’imaginait même pas. On croyait plutôt que c’était quelque chose d’autre : une bombe atomique, des torpilles, mais jamais un tremblement de terre même si  les gens disaient que la terre avait tremblé ce jour-là à midi. Cependant, on ne l’avait pas tous ressentie  parce que c’était le deuxième jour du Ramadan. Les gens ne s’en rendaient  même pas compte. Les cafés étaient pleins, les mosquées étaient pleines, les gens vaquaient à leurs occupations. Bref, personne ne parlait de ça. Si au moins, il y avait quelqu’un qui nous avait avertis qu’il fallait faire attention. Malheureusement, on ne nous a rien dit. Et pourtant, le jour même de la catastrophe, il y a eu une petite secousse à midi. Moi,  je ne l’ai pas ressentie parce que je m’entraînais avec mon équipe de quartier. Et ce sont des gens qui me l’ont dit. Puis, on n’a plus parlé de ça. Mais, c’était une catastrophe qui a laissé des traces, qui a séparé des familles, dans la mort, dans la désolation, et dans tout ce qu’ils avaient de merveilleux parce qu’on vivait dans ces quartiers-là en famille. On formait une véritable grande famille. On avait des camarades, des gens qu’on aimait et qui nous aimaient,  et encore une fois, malheureusement, on a tout perdu et aujourd’hui, on se retrouve avec des souvenirs
atroces.  »

Abdallah Aourik
(ancien habitant du Talborjt, artiste peintre et journaliste )

« Je suiss né en 1946, rue Chtouki dans l’ancien Talborjt. Le 29 février 1960 était le deuxième jour de Ramadan. Il y eut d’abord une première secousse à midi. Nous étions en train de faire la composition à l’école de Mr. Simon, dans la classe de Mme  Travers lorsque soudain la terre a tremblé. On nous a alors ordonné d’évacuer la classe et de rester au milieu de la cour de récréation…Le soir après la soupe, on a commencé à parler de cette secousse. Nous, les jeunes, on ne savait pas encore ce qui se passait (à  l’époque, je n’avais que 14 ans). Et comme pendant le Ramadan, on allait au cinéma ou à la plage, ce soir-là, j’étais au cinéma Rex parce que pendant le Ramadan, il y avait deux séances, l’une à 21 h et l’autre à 23h. Quand je suis sorti à la fin de la première séance, je me suis rendu chez moi par la rue de la mosquée. J’avais d’ailleurs, l’intention de passer la nuit à la mosquée. J’avais peur que mon père me punisse parce que  je leur avais promis de rentrer à 22 h. Soudain, une force invisible me projeta au milieu de la rue, et à ce moment-là,  je sentis le mouvement de la terre, c’était comme si j’étais à bord d’une barque. J’entendais le grondement de la mosquée qui s’écroulait. . Il y avait des sans-abri assis tout le long du mur de la mosquée et qui attendaient le Shour parce qu’on leur donnait à manger ainsi qu’aux  pauvres. D’ailleurs, ils étaient les premiers à recevoir des pierres sur la tête. J’ai eu la chance d’être au milieu de la rue à ce moment-là. Je courais dans l’obscurité et la poussière en criant : Papa, maman ! Enfin, vous pouvez imaginer qu’un enfant de 14 ans qui a peur. Je  suis tombé dans un fossé parce que la rue était coupée en deux. J’ai trouvé un corps dans le fossé et là, j’ai été pris de panique. Je n’arrivais plus à retrouver la rue Yachech où mon père venait de construire une maison au sud du souk, près du château d’eau et de l’hôpital Lyautey.  Comme je n’arrivais pas à la retrouver, j’ai erré au milieu des ruines à la recherche des autres membres de ma famille qui habitaient dans d’autres rues. Toutes les maisons s’étaient effondrées. Ça a duré jusqu’au matin. Au lever du soleil, j’ai alors découvert un grand désastre qui m’a complètement déboussolé et ça m’a marqué pour toute la vie. Quand j’ai vu ce qui s’était passé  en Haïti, ça m’a tout de suite rappelé cette époque-là. Donc, le matin, je suis allé à l’école de Mr.  Simon qui était là et qui m’a dit :« Vous ne voyez pas qu’il n’y a plus d’école ?»Il pleurait, le pauvre. Et puis, , je ne sais plus qui est arrivé dans un camion, peut-être l’armée, et on m’a embarqué. Ce n’est que plus tard que je me suis retrouvé dans la forêt de la Maâmora près de Salé en compagnie d’autres jeunes rescapés du tremblement d’Agadir. Après, Feu S. M.  Mohammed V est venu nous réconforter. Il s’est montré affectueux envers nous,  qui étions encore très jeunes et qui ne comprenions pas encore certaines choses.  Quelque temps après, on nous a emmenés à l’orphelinat de Kénitra. Et au bout d’un ou deux mois, on nous a dit un jour : «Vous allez partir en Belgique. » Arrivés  à bord d’un appareil de la Sabena, on a été accueillis par la princesse Paola de Belgique qui est aujourd’hui la reine de ce Royaume. Nous avons été accueillis dans des familles adoptives belges. Mais un an après, j’ai appris que mes parents étaient encore vivants. Je suis alors  revenu à Agadir, mais la famille belge qui m’avait adopté ne voulait plus me lâcher. Je suis retourné en Belgique où j’ai fait mes études et on est toujours resté en contact. J’ai fait quatre ans d’études  et j’ai eu ma Rhétorique à l’Académie Royale. Après, j’ai fait une année de mathématiques spéciales, ce qui m’a permis de m’inscrire à l’Université de Cambridge où j’ai étudié l’histoire de l’art et l’astrophysique. Trois ans plus tard, , je suis allé en Suède où je voulais faire un an de  sociologie. En 1967,  je suis allé à Berlin-Ouest où j’ai étudié la sculpture et le dessin pendant deux ans. Ensuite, j’ai passé deux ans à Rome où j’ai fait la sculpture gréco-romaine. Et après ça, j’ai fait mon chemin dans la vie. »

Abdallah Rami
(ancien habitant du quartier
 industriel, retraité ONE et ancien coureur cycliste)  

« Il était environ minuit moins le quart. Nous étions, ma famille et moi, à la maison à  Boutchakate au quartier industriel. La terre a bougé, et comme on ne savait pas ce que c’était, on avait pensé à l’explosion d’une bombe quelque part, car on ne savait pas que c’était un tremblement de terre. Donc, la terre commença à trembler et nous sommes tous sortis de la maison. Nos voisins étaient venus voir si on avait ressenti la même chose. Ils nous avaient alors appris que l’hôtel Sâada s’était effondré ainsi que Talborjt et tous les autres quartiers. Dehors, il faisait noir parce qu’il n’y avait plus d’électricité. Nous avons attendu jusqu’à l’aube. Je suis alors allé avec mon cousin en  ville nouvelle où habitait Pascal, président de notre club. Il habitait l’immeuble Sud Bulding. Nous avons voulu jeter un coup d’œil, mais comme l’immeuble était déjà à  terre, nous avons pensé que le président était mort. Ensuite nous sommes montés au Talborjt (le quartier Talborjt était construit sur une colline) par l’avenue de l’Etat-Major. Là, nous avons vu un spectacle horrible : des marchands de bonbons gisaient par terre devant le cinéma Rex. Les uns avaient eu la tête ou les mains coupées, d’autres étaient morts recroquevillés sur leurs boîtes de friandises. Plus loin, nous avons vu des victimes suspendues à la dalle de leurs maisons ou de leurs immeubles. Certains appelaient à l’aide. Il y en avait même qui  étaient restés suspendus aux escaliers. La mort avait frappé partout. Personne n’était encore venu. Nous étions les premiers  sur place à avoir vu ce spectacle atroce. Les gens appelaient au secours de partout : «Sauvez-nous ! Sauvez-nous! »Mais personne n’osait prendre de risques. Il n’y avait pas moyen de faire quoi que ce soit. Au lever du jour, nous sommes allés à Yachech. Les gens commençaient déjà à y amener les morts qu’ils déposaient à même le sol.
(C’est là où se trouvent les cimetières des trois confessions). Sur la route qui menait au quartier, du cimetière catholique à Lbod, là où on passe actuellement le permis de conduire, le sol était jonché de cadavres. Il y en avait partout. On les avait amenés là pour les ensevelir, mais il y en avait tellement qu’on était dépassé. Les corps étaient enroulés dans des nattes, des couvertures, enfin avec tout ce qu’on avait pu trouver. Deux jours après, ça commençait à puer, car il faisait chaud. On a alors creusé une fosse commune à Yachech près d’El Bod pour y  enterrer les morts. Les  cadavres étaient chargés dans des camions-bennes qui les déversaient ensuite dans la fosse. Les morts de la ville nouvelle ont été enterrés dans une autre fosse commune  à côté du court de tennis. Quant aux autres, ils ont été emmenés au cimetière de Bensergao où ils ont été également enterrés dans une fosse commune. C’est comme ça qu’on a pu surmonter la situation. On est restés en ville quatre à cinq jours. Nous avions dressé deux tentes devant le tribunal de première instance (une pour les femmes et l’autre pour les hommes). C’est Si El Moutouk,  que Dieu ait son âme, qui nous avait apporté des tentes et une citerne d’eau. Nous n’avions donc pas trop souffert au quartier industriel. Il y a eu quelques morts et des incendies de maisons à cause des fuites  de  gaz parce qu’à ce moment-là, les gens préparaient déjà le repas du Shour(C’était le deuxième jour du Ramadan). La Marine française qui occupait alors la base aéronavale de Bensergao état déjà à pied d’œuvre avec ses engins.  Mais Agadir Oufella était inaccessible à cause de la faille. Cinq jours après, on nous a dit qu’il faillait évacuer la ville à cause du risque d’épidémie. Tous les rescapés ont alors pris la route d’Aït Melloul à pied (14 km). C’était un exode forcé. Chacun portait sur son dos tout ce qu’il pouvait prendre. Cela me rappelait les longues colonnes de prisonniers de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y avait pas de voitures. La route était noire de monde. C’est à Aït Melloul (camp n°1) et Timirset (camp n° 2) qu’on avait recasé provisoirement les rescapés. C’est donc là que les gens se sont installés en attendant. Nous y sommes restés jusqu’au jour où on a rouvert notre quartier. Les quartiers anéantis par le séisme furent reconstruits hors de la zone interdite.»

Bachir Abouelkhelf
(enfant de Yachech adopté par une famille belge)

« Je suis né à Agadir en 1946. J’avais à l’époque 14 ans. Aujourd’hui, j’en ai 63. J’étais avec des amis au cinéma Salam au quartier industriel, la fameuse nuit où il y a eu le tremblement de terre. Nous sommes venus de Yachech. On était en train de regarder un film, l’ancienne version de « King Kong ». Et lorsque la lumière s’est éteinte et que tout commençait à bouger, tout ce que nous avons fait, c’est de nous blottir sous nos sièges. Il est vrai qu’à cet  âge-là, on avait pensé que c’était en rapport avec ce singe qui était en train de détruire le Madison Square Garden. On a vraiment pensé qu’il était dans la salle. Et en réalité, ça nous a aidés parce que tous les gens qui se sont rués vers la sortie s’étaient blessés étant donné qu’ils sont passés à travers des carreaux. Quelque temps après, les pompiers sont arrivés. Ils étaient arrivés dix à quinze minutes après la secousse. On dit que celle-ci avait duré 15 secondes, mais ça m’a paru une éternité. On est sortis du cinéma,  aidés des pompiers qui nous éclairaient avec leurs torches. En sortant, on  est surpris de constater que tout était noir parce qu’il n’y avait plus d’électricité, à part quelques torches ou les petites lampes à gaz des marchands de brochettes qui tenaient des kiosques à côté du  cinéma. Notre seul objectif à ce moment-là, était de retrouver nos parents. Moi, je savais qu’ils étaient au quartier industriel à l’abattoir. Mes copains étaient donc partis chacun  de son côté. Et chacun essayait de retrouver sa famille. Et on  commençait déjà à avoir les premières nouvelles : telle personne est partie, telle autre n’était pas là, on ne l’a pas retrouvée et ainsi de suite. Le lendemain matin, on s’est vraiment rendu compte de l’ampleur de la catastrophe. Je dois préciser qu’on n’a pas fermé l’œil de toute la nuit. Je suis allé avec ma mère à Yachech pour essayer de retrouver mon oncle maternel et ses enfants qui n’avaient pas eu la chance d’être avec nous ce soir-là. C’était surprenant. On ne savait pas du tout ce qui s’était passé. On ne comprenait rien. Tout ce qu’on cherchait, c’était de rester ensemble, en famille, tout en espérant que ça ne recommencerait pas. Donc, on évitait de rentrer là où il y avait du dur, on restait tous à l’extérieur. Voilà, ce que nous avons fait ce jour-là. Et puis il y a eu la recherche de la nourriture. C’était un problème immédiat, car il était très difficile de trouver un magasin, l’argent aussi. Donc, ça a duré comme ça pendant quelques jours. Et puis on a déplacé tout le monde vers Inezgane. Je me suis donc retrouvé avec ma famille à Inezgane dans un camp à côté des PTT parce que mon frère y  travaillait.  Si vous voulez, on a essayé de s’organiser selon le lieu où travaillait la personne. J’étais parmi les enfants qui avaient eu la chance d’être choisis pour aller en Belgique parce que nous étions nombreux. Il y avait environ trois cents  enfants qui pouvaient y aller. Je me suis alors retrouvé dans un petit groupe. Et comme je parlais très bien le français, je me débrouillais très bien. La personne qui était chargée de l’opération s’appelait Mme Dumoulin que Dieu ait son âme. C’était une femme formidable qui avait  fait énormément de choses. Feu S. M. Hassan II alors Prince Héritier avait repris les choses en main parce qu’on  le voyait dans la rue. On était contents, car c’était une sécurité pour nous après tout ce qui s’était passé avant. Et puis, quand il était venu, c’était fini. Il n’y avait plus de vols, il n’y avait plus de pillage…On était impitoyables contre les voleurs. Donc, nous voilà partis à Rabat où on a fait une  sélection. On a eu nos valises avec nos premiers pyjamas, nos premières belles chaussures, nos belles chemises, etc. Et on s’est retrouvés avec des petits groupes qu’on emmenait à l’aéroport. On  ne savait pas ce qui se passait. Moi, je me suis retrouvé dans un super Constellation. J’adore les avions. A notre descente d’avion, nous avons été accueillis par la princesse Paola. C’est à ce moment-là que je me rendais vraiment compte que j’étais en Belgique. Comme il y a eu l’Exposition internationale en 1958 à Bruxelles, la Belgique était vivante dans notre  esprit parce qu’on en a parlé à l’école. Je me suis donc retrouvé chez Mme et Mr. Cartiaux parce que c’est comme une tombola, c’est pas eux qui choisissent. Ce sont des gens qui choisissaient que tel ou tel enfant irait chez telle famille parce, qu’elle avait un enfant du même âge.  Je me suis donc retrouvé chez une famille formidable qui habitait Tirlemont. Seulement voilà, gros problème, je parlais très bien le français, mais pas le moindre mot de flamand. Mais vous savez, nous les marocains, on apprend très vite les langues. Donc, après quelques mois, tout est rentré dans l’ordre. Je me débrouillais très bien,  j’allais même à l’école avec Alain, le fils des Cartiaux. Je suis resté chez ces gens-là deux ans. Et puis, on a changé un peu parce qu’avec Alain, on n’avait pas les mêmes idées, la même manière de passer notre temps. Bref, ça ne collait pas très bien. Donc, pour ne pas me renvoyer au Maroc, et comme ils avaient des amis à Bruxelles qui tenaient un restaurant, ils m’ont placé chez eux. Cette famille, qui était très gentille, me permettait aussi de travailler. J’ai donc appris à cuisiner et j’ai pu aller à l’Université, et  même à Saint-Luc pour faire mes études d’architecte d’intérieur. Je suis resté chez cette famille jusqu’à l’obtention de mes diplômes. Après cela, j’ai un peu travaillé. J’ai eu la chance d’avoir un emploi dans. une compagnie aérienne et après, j’ai ouvert ma propre agence de voyages avec ma femme que j’avais rencontrée à cette époque.  Et puis voilà, l’agence existe depuis vingt-cinq ans maintenant Al Hamdou Lillah,  tout va très bien.  »

El Azzaoui Boubaker
(pensionnaire de l’orphelinat d’Agadir adopté par une famille belge)


« Le 29 février 1960, j’étais à l’orphelinat d’Agadir au quartier industriel. C’était le Ramadan. Je dormais, et puis il y a eu une secousse. On s’est levés. On est sortis dehors et une deuxième secousse a eu lieu, et on entendait des cris et des immeubles qui tombaient. De l’orphelinat, on ne voyait pas grand-chose parce qu’il était entouré de murs. Par contre, on voyait monter dans le ciel les flammes d’un feu qui s’était déclaré au centre-ville. On croyait alors que c’était la fin du monde. On attendait que le feu nous atteigne. Les grands ont essayé de sortir les petits des dortoirs. Autant que je me souvienne, il n’y avait que deux ou trois personnes qui étaient blessées, mais il n’y avait pas de blessés graves. Et puis on était restés dans la cour en attendant la fin du monde, parce qu’on était petits et qu’on ne savait ce qui s’était passé. Et dans la matinée, Feu S. M. Mohammed V est venu à l’orphelinat pour nous apporter le réconfort nécessaire. On nous avait ramené des cars qui nous ont conduits au camp de vacances de la Jeunesse et des Sports dans la forêt de la Maâmora près de Salé. Après un certain temps, on nous a conduits à l’orphelinat de Kénitra où on nous avait informés qu’on allait nous envoyer en Belgique. On nous a fait passer une visite médicale. Et donc, j’étais dans le premier groupe de partants. Nous étions quinze à être du premier voyage. J’ai été adopté par la famille Oger Delvinquière qui était à l’époque bourgmestre du village de Blondain. »  


Libé
Samedi 6 Mars 2010

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