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Des rapaces en voie d’extinction pour cause d’électrocution

Des mesures préventives et rigoureuses s’imposent pour éviter le déclin d’espèces migratrices reproductrices




“L’électrocution, une grave menace pour les populations de rapaces au Maroc et dans la péninsule ibérique», tels ont été les maîtres-mots d’experts de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui viennent récemment de publier un rapport.
En effet, les résultats obtenus dans le cadre de cette étude établie sur la base d’une expédition dans la région de Guelmim-Oued Noun organisée en janvier 2016, par une équipe ibéro-marocaine ont, bel et bien, confirmé que les électrocutions survenant sur les lignes électriques représentent un réel danger pour la conservation des populations de rapaces en Afrique du Nord, du moins de manière non isolée et avec un impact élevé sur les populations originaires non seulement du Royaume mais aussi de la péninsule Ibérique, certaines d’entre elles étant très menacées à l’instar de l’Aigle impérial ibérique.
De même, l'UICN a précisé que le Centre de coopération pour la Méditerranée de l'UICN continuera à encourager la collaboration entre les experts et les gestionnaires espagnols et marocains pour que des mesures correctives soient apportées aux lignes les plus dangereuses, en plus d'identifier de nouvelles menaces qui pèsent sur les rapaces migrateurs en voie de disparition.
Contactée à ce sujet par Libé, Hayat Mesbah, chef de service de la Conservation de la flore et de la faune sauvages auprès du Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD), nous a expliqué que ce phénomène d'électrocution n'est pas spécifique au Maroc mais concerne plusieurs régions du monde.
Et de faire savoir que suite au récent incident survenu au Maroc, les services en charge de cette question au HCEFLCD se sont saisis du problème et ont entamé les démarches avec l'UICN-Med pour déclencher une réunion avec tous les partenaires concernés par ce problème et particulièrement l'ONEE (à travers son département environnement) pour mettre en place des mesures de prévention conformément aux recommandations des Conventions internationales signées et ratifiées par le Maroc (CMS, AEWA et Berne).
«A ce jour, les actions visant à réduire la mortalité due aux lignes électriques consistent à enfouir toutes les lignes à basse et moyenne tensions, à éviter les zones importantes pour les oiseaux et les principales voies de migration, à supprimer les lignes inutiles et à mettre en œuvre, pour les lignes en activité, des mesures de prévention et d’atténuation des risques», a souligné la responsable.
Et de noter que l'efficacité des mesures préventives et d’atténuation pour réduire la mortalité due tant à l'électrocution qu'aux collisions a, déjà, été prouvée, donnant l’exemple, pour éviter les électrocutions, de l'isolation des câbles à proximité des pylônes, du remplacement des structures dangereuses par des éléments conçus pour préserver les oiseaux et de la mise en place de perchoirs sans danger à distance de sécurité des composants sous tension.
Dans ce sillage, Mme Mesbah poursuit que le recours à des configurations de ligne regroupant les câbles en un nombre de nappes réduit et sans câble de garde, ainsi que l'ajout de balises contrastées, réfléchissantes ou mobiles, ont également démontré leur efficacité pour réduire les risques de collision.
La Chef de service a aussi rappelé qu’eu égard à l’importance internationale de ces électrocutions, le problème a été discuté, entre autres sujets, lors d’un séminaire sur « La conservation transfrontalière des rapaces menacés en Méditerranée » organisé à Malaga par l’UICN-Med en novembre dernier avec la participation effective du Maroc.
Et d’ajouter qu’une équipe dont des Marocains et des Espagnols a été diligentée juste après pour faire expédition dans la région de Guelmim afin d’obtenir plus de détails sur l’électrocution des rapaces, d’identifier le type des lignes électriques dans la région, et d’évaluer la dangerosité – pour les oiseaux – des pylônes…et notifier le tout dans un rapport détaillant les résultats obtenus.
«Bien que l’électrocution ne soit plus aujourd’hui un véritable problème dans le nord-ouest de l’Europe, où la plupart des lignes de faibles voltages sont maintenant souterraines, il reste de nombreux pays, en Europe et ailleurs le long de la voie de migration Afrique-Eurasie, où les lignes à basse et moyenne tensions n’ont pas été dotées de véritables équipements d’atténuation des risques», a fait ressortir ce rapport mettant en relief que, dans ces pays, l’électrocution représente une menace sérieuse pour nombre de populations, en particulier pour les cigognes et les rapaces qui construisent leurs nids sur les poteaux électriques ou les utilisent comme perchoirs. La même source fait remarquer qu’il est avéré, pour certaines espèces d’oiseaux, en particulier celles de grande taille, que l’électrocution pourrait être la première cause de mortalité, avant même la circulation routière.
«L’électrocution des oiseaux n’est pas seulement à considérer comme une question de conservation, puisqu’elle a également de sérieuses conséquences économiques et financières du fait des perturbations de l’alimentation électrique qu’elle provoque», insistent les experts dans cette étude concluant, de ce fait, qu’elle devrait constituer une véritable préoccupation pour les compagnies de distribution d’électricité qui, malheureusement, certaines d’entre elles, n’ont pas connaissance ou sont tout simplement réticentes à mettre en œuvre les acquis technologiques en matière de sécurité des oiseaux.
Au Maroc, des changements judicieux et rigoureux doivent donc être opérés dans les tracés des lignes électriques et dans les structures (balisage des câbles aériens et modifications techniques pour éviter l’électrocution) et qui peuvent efficacement réduire (d’au moins 50%) le risque encouru par les oiseaux. De même, l’urgence s’impose sachant que dans le Royaume, les collisions avec les lignes électriques représentent 23,3% de la mortalité calculée et le point noir de la mortalité par électrocution se situe entre les localités de Guelmim et de Tan-Tan. Dans cette zone, 70 oiseaux électrocutés (en majorité des jeunes) appartenant à sept espèces différentes ont été retrouvés entre 2015 et 2016 sur 403 pylônes électriques : 4 cigognes blanches (Ciconia ciconia), 4 aigles ibériques (Aquila adalberti), 5 aigles royaux (Aquila chrysaetos), 40 aigles de Bonelli (Aquila fasciata), 12 buses féroces (Buteo rufinus), 4 faucons laniers (Falco biarmicus) et 1 grand-duc du désert (Bubo ascalaphus).
Le rapport dévoile également que bien que la majorité des aigles qui visitent le Maroc soient des jeunes non reproducteurs, le cadavre d’un aigle ibérique de trois ans, qui a été trouvé électrocuté dans la région cette année, montre que le Royaume accueille aussi des oiseaux plus âgés capables de se reproduire, faisant observer que tant que les éléments dangereux ne seront pas isolés, la région restera un piège pour ces populations.

Meyssoune Belmaza
Jeudi 22 Septembre 2016

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