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Des morts par centaines sur les Lieux Saints : Pas de communication de crise pour le gouvernement Benkirane




Au Maroc, il ne fallait pas avoir de la famille en pèlerinage. La tragédie de Mina où 769 pèlerins ont péri dans une monstrueuse bousculade a été aussi une tragédie en matière de communication de crise.  Le gouvernement Benkirane a ajouté  au désarroi de familles sans nouvelles de leurs proches.
Depuis le jour du drame, jeudi 24 septembre,  la confusion a été le maître mot côté marocain alors que les autorités saoudiennes ont totalement verrouillé toute forme de communication en direction des familles de pèlerins du monde musulman.  
Dans la soirée du jeudi 24 septembre, l’ambassade du Maroc en Arabie Saoudite publie un premier communiqué qui se veut rassurant. Il est surtout ubuesque pour tous ces Marocains sans nouvelles des leurs. «Aucun décès n’est à déplorer jusqu’à présent parmi les pèlerins marocains suite au drame de la bousculade survenue jeudi matin à Mina, où les pèlerins accomplissaient le rite de la lapidation de la stèle majeure », indique l’ambassade du Maroc. Prudence ou déni d’un drame annoncé?  
Le communiqué nous dit une 2ème chose et pas des moindres : la situation est sous contrôle et les choses sont bien prises en main  par la délégation marocaine pour le Hajj et les services de l’ambassade à Riyad et du consulat général du Maroc à Djeddah, «qui suivent de près la situation et  ont dépêché leurs représentants pour visiter les hôpitaux et les morgues à Mina et La Mecque et s’assurer de la sécurité des pèlerins marocains ».
Au Maroc, et dans les familles qui n’ont aucune information concernant leurs proches, le communiqué ne change rien à leur immense inquiétude. Bien au contraire.  24 heures après la tragédie l’attente est insoutenable. Les réseaux sociaux se font principale source d’information. Le décompte macabre commence. Vendredi 25 septembre, plusieurs médias marocains annoncent le chiffre terrible de 87 victimes marocaines décédées dans la bousculade de Mina.

Rétropédalage de l’ambassade du Maroc dans le royaume
 wahabite


Rétropédalage  alors de l’ambassade du Maroc à Riyad qui avait d’abord annoncé la veille qu’il n’y avait aucune victime parmi les pèlerins marocains. Ce vendredi 25 septembre, 24 heures après la tragédie, l’ambassade évoque les pèlerins marocains portés disparus.  Leur recherche et leur identification «se déroulent  sous la supervision de Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances, président de la délégation officielle marocaine pour le Hajj et le président du bureau des pèlerins marocains en présence de l’ambassadeur de SM le Roi à Riyad’’.
Autre rétropédalage de l’ambassade et de nos officiels sur place,  la délégation marocaine –au même titre que les autres représentations étrangères auprès du royaume wahabite- n’a accès ni aux morgues ni aux hôpitaux où ont été transférés morts et blessés. Jeudi, l’ambassade du Maroc en Arabie Saoudite avait pourtant assuré dans son communiqué que «la délégation marocaine pour le Hajj et les services de l’ambassade à Riyad et du consulat général du Maroc à Djeddah suivent de près la situation et  ont dépêché leurs représentants pour visiter les hôpitaux et les morgues à Mina et La Mecque et s’assurer de la sécurité des pèlerins marocains».
L’opération de tri et d’identification est aussi laborieuse que cahotique. La suite du deuxième communiqué témoigne d’une confusion sans précédent : «Ne seront déclarés morts que les cas qui seront constatés de visu ou ayant un certificat de décès délivré par les autorités saoudiennes compétentes».
Sur sa page Facebook,  l’expert en communication digitale A. Zyne analyse le communiqué de l’ambassade du Maroc à Riyad. Pour lui,  c’est l'exemple parfait du communiqué qui ne veut rien dire. « Les pèlerins marocains ne sont ni morts ni vivants mais disparus! La lapidation de Satan se déroule dans une zone de quelques kilomètres, d'où la bousculade meurtrière d'ailleurs. Ce n'est tout de même pas la forêt d'Amazonie. 48h après, toujours pas de nouvelles des disparus… Aucun pointage de la part des délégations du ministère et des agences de voyages?», s’interroge-t-il.

El Khalfi s’en remet aux
autorités saoudiennes


Interrogé par les éco.ma,  le ministre marocain de la Communication sort enfin de son silence pour s’en remettre aux …autorités saoudiennes. Ce sont les seules, affirme-t-il,  «habilitées à communiquer le nombre de défunts de chaque pays». Dans la foulée, Mostafa El Khalfi demande «aux  Marocains de ne pas croire aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux et même les déclarations de certains journalistes».
Entre-temps, plusieurs pays communiquent le bilan de leurs victimes. Iran, Algérie, Pakistan, Nigeria, Egypte ont officiellement compté leurs morts. Comment ont-ils procédé? Pourquoi eux ont-ils réussi à le faire de manière diligente? Et, surtout, comment ont-ils pu dépasser les difficultés et le black-out imposé par l’Arabie Saoudite? Les questions sont nombreuses et montrent toute la défaillance du gouvernement marocain dans la gestion de ce drame. «Aucune communication officielle n'a eu lieu sur le nombre exact de morts, ni aucun message aux familles qui sont dans une angoisse terrible et compréhensible.  Pourquoi? Soit on ne sait pas, ce qui est très grave, soit on nous cache la réalité, ce qui l'est encore plus», a posté Abdelmalek Kettani, cet acteur en vue de la société civile.
A Rabat, aucune cellule de crise n’a été mise en place. Ni au ministère des Habous et Affaires islamiques ni au ministère des Affaires étrangères. Seul un bien inutile numéro international géré par le royaume wahabite a été mis en service. Quant aux Marocains sur place et ayant « perdu » l’un des leurs ou un membre de leur groupe, ils ont été tout simplement livré à eux-mêmes.
Samedi 26 septembre, en début de soirée, le Palais entre en scène. Il a fallu attendre 72 heures et l’intervention Royale pour que soit canalisée l’angoisse des familles en attente de nouvelles. Il est environ 19 heures lorsque tombe un communiqué du Cabinet Royal. Le décès de trois pèlerins marocains –deux hommes et une femme- est confirmé. Six autres ont été blessés. Leurs familles ont été tenues informées.
Les opérations de recherche ne sont pas terminées. D’autres portés disparus sont toujours recherchés, fait savoir le communiqué du Cabinet Royal sur fond d’un silence gouvernemental assourdissant.

Narjis Rerhaye
Lundi 28 Septembre 2015

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