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Des dizaines de médicaments dangereux en vente libre

La santé des Marocains est-elle en péril ?




Des dizaines de médicaments dangereux en vente libre
Le nouveau numéro de la revue « Prescrire » ressuscite le débat sur l’efficacité et la sûreté des médicaments. Elle vient de publier une liste noire de plusieurs dizaines de médicaments jugés plus dangereux qu’utiles. Elle demande leur retrait du marché en raison des risques sanitaires disproportionnés qu’ils représentent par rapport aux bénéfices apportés. 
« Cette liste a été établie sur la base d’une étude réalisée entre 2010 et 2013 portant sur  2.200 médicaments. Elle a conclu que 40%, soit 800 médicaments, sont à faible efficacité, voire à efficacité inexistante. 25%, soit 550 médicaments, sont dangereux dont 25% très dangereux », nous a expliqué Khalid Zouine, expert en politique et industrie pharmaceutique. 
La revue a listé 68 médicaments «dont la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés». Parmi ces médicaments, certains présentent des risques «disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent» comme, par exemple, le Strontium Ranélate (Protelos des laboratoires Servier), utilisé dans le traitement de l’ostéoporose à risque élevé de fractures, mais qui peut entraîner des troubles neurologiques et cardiovasculaires graves pouvant aller jusqu’au décès. L’Agence européenne du médicament (EMA) vient d‘ailleurs de recommander son retrait du marché.
La revue cite également la quinine (Hexaquine, Okimus, Quinine vitamine C Grand), utilisée pour traiter les crampes mais qui expose également à des effets indésirables graves, voire mortels comme des réactions anaphylactiques (réactions allergiques graves) ou des troubles hématologiques alors que son efficacité est jugée faible. La revue déconseille également la prescription du Dompéridone (Motilium) pour les reflux gastro-œsophagiens, en soulignant que d’autres médicaments nettement moins dangereux existent. De même, l’Izilox (moxifloxacine), un antibiotique de la famille des quinolones, n’est «pas plus efficace que d’autres», mais expose à des syndromes de Lyell (une atteinte brutale et grave de la peau, potentiellement mortelle) et à des hépatites graves. Les Marocains sont-ils concernés par cette étude ? « Oui », nous a répondu notre expert. « La différence des noms sous lesquels ces médicaments sont commercialisés en France et au Maroc, n’empêche pas que les composants de ces médicaments  demeurent les mêmes », a-t-il précisé.  Mieux, les Marocains sont plus concernés puisque la rentabilité prévaut sur l’efficacité dans ce secteur. « Beaucoup de délégués médicaux sont plutôt spécialisés dans la description des médicaments et ne savent presque rien sur leurs effets secondaires.  Pis, la plupart des campagnes de publicité ou d’information concernant tout nouveau médicament donnent plus d’intérêt  à son nom et à son prix et fort peu à sa composition, sa posologie, ses indications  et ses effets secondaires», a-t-il souligné. 
Une situation jugée dangereuse, selon lui, vu que nombreux sont les fabricants qui dissimulent les effets secondaires néfastes des nouveaux médicaments lors de la demande de leur autorisation de mise sur le marché (AMM). 
Notre expert cite le cas du « Thalidomide » utilisé durant les années 1950 et 1960 comme sédatif et anti-nauséeux, notamment chez les femmes enceintes. Or, il provoquait de graves malformations congénitales. 
C’est le cas également de « Vioxx », médicament antidouleur et anti-inflammatoire largement utilisé contre l'arthrite entre 1999 et 2004, dont les effets néfastes ont été révélés trois ans après sa commercialisation par un cardiologue américain de la Clinique Cleveland (Ohio) et son équipe. La FDA (Food and Drug Administration, agence de régulation des médicaments) estime que le Vioxx a provoqué 160.000 crises cardiaques et attaques cérébrales et serait à l'origine d'environ 30.000 décès, rien qu'aux Etats-Unis. Il a été retiré du marché en 2004 par son fabricant, le laboratoire Merck, alors que les rumeurs de dangerosité commençaient à se faire insistantes. Même constat au niveau de la Rosiglitazone, commercialisée sous le nom d'Avandia et qui  fait partie d'une classe d'antidiabétiques oraux apparue sur le marché en 2002. Son AMM a été suspendue en France et en Europe en septembre 2010 en raison d'importants risques cardiovasculaires. Aux Etats-Unis, son utilisation a été fortement restreinte par la FDA pour les mêmes raisons. Last but not least, le Médiator, un médicament coupe-faim pour les diabétiques en surpoids mis au point par les laboratoires Servier et commercialisé en 1976. Mais le Benfluorex, la substance active du médicament, est à l’origine d'un effet secondaire grave: l'atteinte des valves cardiaques. Elle agresse les valves, entraînant leur rétractation et le reflux du sang dans le cœur. Ce médicament  serait responsable de 1.300 à 1.800 décès et  3.100 à 4.200 hospitalisations. Des scandales qui posent la question des mécanismes de contrôle et sécurité des médicaments au Maroc. « Si la France a remué ciel et terre après le scandale de Médiator, il est de notre devoir professionnel de nous demander si nous disposons d’outils efficaces de pharmacovigilance au Maroc et pourquoi ils sont centralisés à Rabat».  Notre source va plus loin. Elle se demande  pourquoi il n’y a pas eu d’enquêtes nationales concernant  les Marocains décédés après avoir pris ces médicaments. « Nos concitoyens ne sont pas des cobayes pour tester les recettes hors AMM. La création d’un Observatoire national des médicaments s’impose aujourd’hui avec acuité », a-t-il conclu.
 

Hassan Bentaleb
Mardi 4 Février 2014

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