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Déni de la crise gouvernementale ou préparation de grandes manœuvres ?

Les alliés de la majorité s’abonnent au silence, le PJD se prépare à toute éventualité et l’Istiqlal jubile




Déni de la crise gouvernementale ou préparation de grandes manœuvres ?
Crise ou pas crise ? Ce lundi 13 mai, à la séance des questions orales de la Chambre des députés, le vrai-faux  retrait de l’Istiqlal du gouvernement n’a suscité de commentaires que dans les coulisses. A l’intérieur de l’Hémicycle, les ministres istiqlaliens –Nizar Baraka, Fouad Douiri, Mohamed El Ouafa- ont répondu, comme si de rien n’était, aux questions des élus de la Nation. «Il n’y a pas eu la moindre interpellation, pas l’ombre d’une question urgente ou d’un point d’informer pour demander au chef du gouvernement des informations sur l’avenir de la majorité depuis le retrait de l’Istiqlal, qui compte 60 députés, du gouvernement. D’habitude, les séances parlementaires sont mouvementées, les incidents s’y multiplient. Mais lundi après-midi, c’est un calme étrange qui régnait sous la Coupole », rapporte médusé  ce député du Rassemblement national des indépendants.
Résultat, au Parlement, la démocratie n’a pas vraiment fonctionné. La séance des questions orales ressemblait à n’importe quelle autre séance parlementaire, comme si la crise de la majorité n’avait pas eu lieu ou se réglait ailleurs, en d’autres cénacles. «Il n’empêche que tout au long de l’après-midi de ce lundi, on sentait bien que les députés du PJD étaient mal à l’aise. Ils avaient envie de réagir, de répliquer mais ils ont reçu la consigne stricte de se taire, de ne faire aucun commentaire public et encore moins télévisé comme à l’occasion de la séance des questions orales. Bref, il y a une sorte d’immense frustration qui planait. On ne les avait jamais vus comme ça, dans la retenue», ironise une députée de l’Union socialiste des forces populaires.
Dans la matinée de ce lundi, le ministre d’Etat, Abdallah Baha, a rencontré les députés du PJD. Une longue réunion consacrée à calmer les esprits et à tenir une seule ligne de conduite. Pas question de multiplier les déclarations incendiaires. Dans les rangs du parti qui conduit la majorité gouvernementale, on s’en tient pour l’heure au fait que le chef du gouvernement n’a pas reçu  de manière officielle la démission des Istiqlaliens et leur retrait du gouvernement. Mais le bras droit de Benkirane alimentera, à sa façon, la chronique politique en lâchant un très laconique mais lourd de sens : «Ce qui importe le plus au PJD, c’est de faire son devoir quel que soit son positionnement, que ce soit au sein de la majorité ou de l’opposition », ajoutant que le parti est venu pour mener les réformes dont le pays a besoin et non pas pour profiter du pouvoir.
Dans les grands couloirs du Parlement, les commentaires vont bon train. Les scénarios catastrophe s’écrivent aussi vite qu’ils s’effacent. «On peut s’en remettre au verdict de la rue en allant à des élections anticipées», lance en aparté un ministre PJD. En coulisses, d’autres responsables gouvernementaux islamistes s’en tiennent au «no comment». Quelques heures seulement après la décision de retrait du gouvernement voté par le conseil national de l’Istiqlal, Abdelilah Benkirane, le leader des islamistes et chef du gouvernement, avait publié un très bref communiqué pour signifier qu’il était le seul habilité à exprimer une position officielle du PJD sur cet «événement».  La même consigne a été soufflée aux autres partenaires de la coalition gouvernementale qui s’interdisent jusque-là de souffler sur les braises. «Une décision souveraine des militants de l’Istiqlal», répètent à l’envie les caciques du Mouvement populaire et du PPS. Le chef de la majorité a donc choisi le silence face à une crise politique majeure et  malgré l’interpellation d’un parti de l’opposition, le PAM, qui l’a appelé  à «sortir de son mutisme et à assumer son entière responsabilité en précisant au peuple marocain sa position au sujet de l’actuelle crise gouvernementale provoquée par la décision du Parti de l’Istiqlal de se retirer de la coalition gouvernementale et des alternatives qui s’offrent pour remédier aux causes ayant conduit à cette situation afin de pouvoir s’atteler aux questions intéressant la nation et aux attentes des citoyens».
Dans la soirée de ce même lundi, le secrétariat général du PJD a bien tenu réunion. Rien ou presque n’a filtré de cette rencontre au sommet  organisée sous la présidence d’Abdelilah Benkirane. «Il faut s’en tenir à la déclaration d’Abdallah Baha  publiée par certains journaux mardi », a déclaré mardi matin à Libération,  Mustapha El Khalfi,  porte-parole du gouvernement. Officiellement, le chef du gouvernement n’a pas été informé du retrait de l’Istiqlal de l’Exécutif. Selon une source d’information proche du parti de la Lampe, Benkirane et ses ouailles n’ont pas du tout apprécié l’utilisation de l’article 42 de la Constitution par Hamid Chabat. «Une crise politique n’est pas une crise constitutionnelle», auraient soutenu les islamistes du gouvernement qui écarteraient toute éventualité d’organisation d’élections anticipées «trop coûteuses pour un pays qui se débat dans une crise économique».
Que va-t-il se passer ? L’Istiqlal restera-t-il au gouvernement ? Benkirane va-t-il aller à la quête d’une nouvelle majorité ? Les questions se multiplient. Pour l’heure, une chose est sûre. Qu’il se retire du gouvernement ou qu’il y reste en imposant ses conditions, le Parti de l’Istiqlal a déjà gagné la partie dans un jeu d’échecs à fort suspense.

Narjis Rerhaye
Mercredi 15 Mai 2013

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