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Démagogie, quand tu nous tiens !








Les sautes d’humeur de notre chef du gouvernement sont en passe de devenir un cas d’école



Un chef de gouvernement est censé diriger une équipe soudée pour ainsi dire, un staff qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour mettre sur les rails le programme d’un gouvernement de coalition, le cas de l’actuel gouvernement marocain. Quelle mouche a piqué la Primature ? Venir au Parlement et du haut du perchoir laver le linge sale en public tout en pointant du doigt -un doigt accusateur- son ministre de l’Education nationale, c’est le summum de la mesquinerie et de la bassesse.
Il n’y avait qu’un pas à franchir pour accuser M. Belmokhtar de traîtrise, d’être à la solde de forces occultes, comme ne cesse de le ressasser notre Benki national. A travers ce discours, on décèle une campagne électorale avant l’heure pour les échéances de 2017. Et notre ministre de l’Education nationale en est le bouc émissaire. Pour revenir au numéro de voltige de notre chef du gouvernement, comme tout politicien sensé et responsable, il aurait dû discuter avec son ministre à huis clos ou lors de la réunion hebdomadaire du Conseil de gouvernement et en cas de blocage, demander sa démission car, comme il l’a dit clairement lors de son intervention scoop, il est responsable de la politique de son gouvernement. 
Pourquoi cette volte-face vis-à-vis d’un ministre qui est censé exécuter le programme du gouvernement ? Mystère et boule de gomme ! Enfin pas tout à fait. Car en revenant un peu en arrière, on pourra comprendre le dessous des cartes. Tout d’abord, l’affaire concernant l’octroi du certificat de poursuite d’étude. Notre ministre de l’Education avait clairement dévoilé la supercherie sur laquelle le ministère de l’Enseignement supérieur s’appuyait pour interdire l’accès de ses universités aux enseignants. M. Belmokhtar a eu le courage et la franchise de dire que c’est le ministère de M. Daoudi qui demande ce certificat ; que celui de l’Education nationale n’est pas censé le donner. Et paf ! Première claque et à M. Daoudi et au chef du gouvernement qui sont, comme tout un chacun le sait, du même parti. Deuxième affaire, la goutte qui a fait déborder le vase : les élèves enseignants protestent dans la rue contre le ministre de l’Education à propos de la loi sur la formation. Constatant la cabale qui n’a cessé de croître contre sa personne, M. Belmokhtar a déclaré qu’il ne fait qu’exécuter le programme du gouvernement mettant fin à l’amalgame. Et de deux ! C’en est trop pour M. Benkirane.
Pour revenir à l’enseignement des matières scientifiques en langue française, je pense que M. Belmokhtar a été fidèle au discours du Roi sur l’enseignement des langues étrangères, qui est une feuille de route de toute politique gouvernementale, que d’ailleurs toutes les forces vives du pays avaient salué au passage. Mettant de côté les querelles partisanes et démagogiques comme l’a clairement dit Sa Majesté le Roi et ne voyant que l’intérêt du pays, il a opté pour cette solution que j’ose qualifier de timide. Je ne pense pas que cette décision se prenne à la légère, et je ne pense pas que notre ministre de l’Education veuille mettre le pays à feu et à sang. Je crois que ce sont les insinuations et les accusations dont il a été la victime attitrée, de l’opposition comme de la majorité, qui sont des mots d’ordre à tout débordement éventuel. En tant que père et enseignant dont les enfants sont inscrits à l’école publique, je sais où pataugent et buttent nos élèves ; c’est avec la traduction et les heures sup. Cette matière est la preuve vivante des échecs successifs de l’arabisation. C’est un vrai bourbier. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut ni avancer ni reculer. Le cas échéant c’est l’enlisement tout court. Que dire d’enseigner les matières scientifiques en anglais comme le souhaite une certaine force politique ? Je dirais que c’est une vue de l’esprit. 
Le discours de rengaine de la Primature est donc une déclaration d’incapacité de gérer la chose publique sans passer par la démagogie. Et je pense que les Marocains sont assez matures pour faire la distinction et déceler les soubassements d’une colère à peine voilée. Les sautes d’humeur de notre chef du gouvernement sont en passe de devenir un cas d’école dans l’amateurisme à diriger un gouvernement. Pour conclure, une devinette. M. Benkirane aurait-il pu se comporter de la sorte si M. Belmokhtar avait un parapluie politique ?
A méditer.


Par Nejm-Eddine Mahla
Lundi 14 Décembre 2015

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