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Délabré et endetté, le rail bulgare se cherche un avenir




Délabré et endetté, le rail bulgare se cherche un avenir
Remettre sur les rails le train d'un dictateur déchu et s'accrocher à l'espoir d'un sauvetage par la Chine: la Bulgarie fait feu de tout bois pour tenter de ressusciter ses chemins de fer, parmi les plus vétustes de l'Union européenne.
Le temps d'une journée, un millier de passagers ont voyagé comme des rois, émerveillés par les vues plongeantes sur la gorge d'Iskar, dans le nord-ouest du pays, et le panache d'une fière locomotive à charbon des années 30, au tendre nom de Baba Metsa (Mère Ours).
 Clou de cette excursion récemment proposée: la découverte du wagon-lit du roi Boris III (1918-1943), dernier monarque à avoir régné sur le pays. En remettant en service ponctuellement des trains historiques, dans un but touristique, les chemins de fer bulgares s'offrent un peu de publicité et de trésorerie. Cette activité a rapporté 500.000 leva (250.000 euros) l'an dernier et le retour sur les rails du train personnel de l'ex-dictateur communiste Todor Jivkov est annoncé pour bientôt.
Mais ce gain est une goutte d'eau au regard de la dette colossale du rail bulgare, en sous-investissement chronique depuis la chute du communisme en 1989.
Et le quotidien des voyageurs n'a rien d'un voyage d'agrément.
"Il faut des nerfs d'acier et des réserves de nourriture pour prendre un train bulgare", écrit Margarit Blagoev, 35 ans, sur les réseaux sociaux où les témoignages d'usagers mécontents abondent.
L'infrastructure obsolète limite à 55 km/h la vitesse moyenne sur rail: il faut ainsi huit heures et demie, sans les retards, pour parcourir les 440 km entre Sofia et Varna, sur la Mer Noire.
Lorsque les intempéries s'y mettent, le voyage peut se transformer en odyssée: cet hiver, excédés par les retards, les passagers d'un train régional se sont mutinés, descendant sur les rails au péril de leur vie pour bloquer le passage d'un convoi plus rapide.
A cause de cette vétusté, mais aussi du vol de matériel, les déraillements ne sont pas rares. Cinq cas ont été répertoriés en 2016. Début décembre, l'explosion d'un convoi de citernes de gaz a fait six morts et des dizaines de blessés après le déraillement des rames dans un village du nord-est du pays.
En ce qui concerne la qualité du service, la sécurité et l'intensité d'utilisation du réseau, les chemins de fer du pays le plus pauvre de l'UE arrivent bon derniers des 25 pays européens analysés par une étude de 2015 du groupe Boston Consulting Group (BCG).
La BDJ souffre d'une pénurie de locomotives modernes et accuse des retards systématiques qui "compromettent la fiabilité du transport de passagers", admet auprès de l'AFP le directeur exécutif de l'entreprise nationale Gueorgui Droumev.
La société est plombée par une dette de 420 millions de leva (240 M EUR) qui "entrave les investissements et la rénovation", explique-t-il.
Pas étonnant dans ces conditions que le nombre de passagers ait diminué de moitié en quinze ans.
Côté fret, la situation n'est guère meilleure avec "dix fois moins" de quantités transportées par rapport aux années 80, selon Gueorgui Mintchev, vice-président de l'association des transporteurs.
Il dénonce également une "politique des transports guidée par le lobby des entreprises privées de la route, au détriment des chemins de fer".
Après l'échec de plusieurs projets destinés à attirer les investisseurs, les espoirs se portent désormais sur la Chine.
Le géant chinois des équipements ferroviaires CRRC, en pleine offensive européenne, a proposé en début d'année d'injecter 300 millions d'euros pour contribuer au redressement des chemins de fer bulgares.
En pratique, l'investisseur chinois propose de rembourser 130 millions d'euros de dettes de la BDJ et de financer pour 170 millions d'euros de nouveaux trains. CRRC offre par ailleurs d'investir dans une usine d'assemblage de trains en Bulgarie. La proposition est à l'étude à Sofia.
La Chine multiplie les projets d'investissements stratégiques en Europe, notamment dans les domaines portuaires et ferroviaires. Pékin s'est notamment engagé dans la construction d'une nouvelle liaison ferroviaire rapide entre Belgrade et Budapest.
Pour l'économiste Gueorgui Anguelov, "cette proposition se résume à un rééchelonnement de la dette et à un nouvel emprunt, alors que la BDJ est surendettée. Ce projet ne peut qu'aggraver le risque de faillite".
Optimiste, le ministre des Transports Hristo Alexiev a cependant inauguré fin mars une première section de 180 km d'une ligne à grande vitesse avec la Serbie financée par l'UE. Avec l'espoir d'ici sa mise en service vers 2020 d'avoir des trains adaptés pour y circuler.

Mercredi 3 Mai 2017

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