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Défendre le caractère public de notre enseignement : Où va l'enseignement de l'architecture au Maroc ?




Défendre le caractère public de notre enseignement  :  Où va l'enseignement de l'architecture au Maroc ?
Ce plaidoyer pour la défense de  l'enseignement public  de l'architecture, la qualité de sa formation, ses orientations et ses objectifs, ainsi que la définition de nouvelles missions pour l'institution qui en a la charge, intervient à un moment où la société marocaine connaît des mutations. La société marocaine connaît, en effet, un vaste chantier de réformes où le pays est appelé à relever les défis tant au niveau constitutionnel, sociopolitique et culturel, que sur le registre de ses choix stratégiques visant l'intégration de son économie à l'économie mondiale. Ces choix stratégiques exigent le renforcement de sa compétitivité dans les domaines scientifiques et technologiques et par conséquent la formation de ses ressources humaines, pour lui permettre de faire face à ces défis tout en préservant son identité, ses composantes civilisationelles et sa spécificité.    
Aussi, le système d'enseignement de l'architecture est-il appelé à revoir ses missions sur la base de ce contexte, par l'adaptation du contenu de l'enseignement et du profil des architectes à former face aux mutations socioprofessionnelles et les besoins de la société marocaine en mouvement.
Ce nouveau contexte sociopolitique et professionnel, oblige aujourd'hui, plus que jamais, le ministère chargé de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville qui assume aujourd'hui la tutelle de l'enseignement de l'architecture, accueillant plus de 150 étudiants par an, à clarifier davantage la place de l'enseignement de l'architecture dans le développement du pays et de sa mise en adéquation avec le changement et les attentes du milieu socioprofessionnel.
Il a donc une responsabilité fondamentale au regard de l'enseignement de l'architecture, et de la qualité des diplômes délivrés.
Une réflexion de fond sur ces questions fondamentales s'impose donc, car elle servirait non seulement à remettre les choses à leur place, et à se situer dans les problématiques contemporaines de notre temps, mais aussi à se poser les bonnes questions quant à  la nouvelle destinée sociale et culturelle de l'enseignement de l'architecture afin de tirer le meilleur parti des transformations qui marquent la profession et sa diversification dans de nouveaux champs de compétences de plus en plus revendiqués par les architectes .
C'est pourquoi la formation à l'architecture suppose que l'on ait des idées claires à la fois sur les profils à former et sur la pédagogie. Or ces deux domaines traversent, aujourd'hui, une zone de turbulence, tant au niveau du contenu de la formation assurée par l'Ecole nationale d'architecture qu'au niveau des compétences requises pour diriger cette école d'architecture, d'importance nationale et lui assurer une formation de qualité, avec un corps professoral de haut niveau.
L'absence de projet d'école par la direction et les décisions unilatérales de celle-ci, au mépris de la carrière des enseignants - chercheurs et de tous les organes de gouvernance de l'établissement, ont complètement démobilisé le corps enseignant, qui se réduit de plus en plus comme une peau de chagrin, suite aux départs successifs d'un nombre important d'enseignants de qualité. Sans trop s'attarder sur cet aspect, problématique de l'école, qui mérite un développement particulier, un trait caractérise la situation de l'enseignement de l'architecture au Maroc : celui de crise.
C'est sur ce fond de crise, qui laisse plutôt perplexe, que l'ex-ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'Espace, se démet du caractère public de l'enseignement de l'architecture et, dans le même temps, autorise la création, à Casablanca, d'une école d'architecture privée, sans pour autant daigner consulter les véritables personnes ressources dans le domaine, sauf quelques prétendants experts, choisis, dans la circonstance, sur des critères inavouables, puisqu'ils s'est avéré par la suite, que leurs appréciations de ce dossier, n'étaient pas nécessairement fondées sur des arguments solides définissant la plus-value culturelle des écoles privées d'architecture dans la paysage de la formation des architectes au Maroc. La légèreté de l'approche adoptée par l'équipe et son caractère expéditif, a dû également passer sous silence la singularité du projet pédagogique de l'institution à créer, devant nécessairement tenir compte des contraintes normatives imposées par les textes de lois afférents à la réforme de l'enseignement supérieur connue sous le système L.M.D, comme également les adaptations de la formation des architectes face aux mutations contemporaines qui rendent la formation de l'architecte plus exigeante et responsable. En minimisant ces aspects fondamentaux, le sens du métier et les responsabilités socio-culturelles séculaires de l'architecte, inscrits ou pas dans la tradition étaient quasiment remis en cause.
C'est pourquoi, pensons-nous, que la question est complexe et ne peut être expédiée de cette manière, sans un véritable débat de société sur la question. A ce titre, il y a lieu de rappeler que la civilisation, la culture d'un peuple se mesurent en partie à son architecture, à la façon dont les habitants établissent domicile. Ville, habitat, établissement, domiciliation,  sont effectivement des marqueurs particulièrement spectaculaires de toute forme de société. Il y a lieu de donner de la mesure à toutes ces choses.
Comment donc face à l'étendue et à la complexité du problème, le débat initié, récemment, au sein du ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville, sur les questions de formation en architecture et urbanisme, peut-il offrir l'opportunité à tous les acteurs concernés, de tout remettre à plat, afin de prendre en considération, le devenir de la formation des architectes et urbanistes, dans le cadre d'une vision globale, une vision qui nécessite d'être confrontée aux grandes mutations socioprofessionnelles et politiques du Maroc? Le fait d'exclure de ce débat des interlocuteurs incontournables, tels que les enseignants titulaires de l'ENA, universitaires, intellectuels et hommes d'art et de culture, ne peut nullement résoudre le problème. Car l'architecture comme pour les affaires de la cité (ie, polis) est une affaire de tous, c'est-à-dire une affaire fondamentalement politique et non strictement professionnelle, comme les architectes et les cadres de la technostructure de la tutelle ont tendance à vouloir le penser.
L'intérêt éminemment public de l'enseignement de l'architecture (ie., racine du terme arche, le démontre, signifiant à la fois premier et commandement et par extension, pouvoir ou commande, car il n'y a pas d'architecture sans commande) et le caractère complexe des activités qui exposent constamment l'architecte à de lourdes responsabilités (sociale, culturelle, pénale, juridique, éthique, politique, etc.) demandent, donc, à ce que le ministère en charge de l'enseignement de l'architecture adopte une politique clairvoyante dans le domaine de la formation des architectes, en rupture, notamment, avec les attitudes velléitaires  et peu cohérentes du ministère de tutelle, en charge de l'enseignement de l'architecture, durant la dernière décennie.
Aussi, pour pouvoir proposer une solution durable, à ce problème, qui mérite un traitement de fond, il serait plus judicieux de ne plus, se contenter, comme on a l'habitude de le faire, d'entériner des coups partis, en essayant de colmater quelques brèches par ci, par-là. En évitant les erreurs du passé, le nouveau ministre chargé de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville, fort de son nouveau programme ambitieux de réforme, qui nourrit par ailleurs beaucoup d'espoir, pourrait ainsi envisager d'adopter une politique clairement affirmée, sur les questions de la formation et de la recherche. C'est dans ce sens que l'on pourra, à notre avis, toucher le fond du problème, et mettre en perspective des solutions durables, déclinées en un véritable projet de développement de l'enseignement public de l'architecture et de sa promotion en de véritables pôles de formation fondés sur des normes d'excellence à l'échelle nationale et régionale.
Ceci peut se traduire, dans l'immédiat, par l'adoption d'une véritable politique de formation de formateurs avec l'aide des organismes internationaux (i.e., coopération scientifique et technique) et la mobilisation des ressources nécessaires pour ériger dans une proche échéance, les annexes de l'Ecole nationale d'architecture à Fès et à Tétouan, en de nouvelles écoles publiques d'architecture, à part entière. Le projet national de régionalisation pourrait, éventuellement, servir de cadre pour la création d'autres écoles publiques, dans une échéance un peu lointaine.
Mais le projet d'école n'est pas le projet d'agence ou d'entreprise et ne peut être fondé sur les principes de fonctionnement de ce modèle. C'est toute l'ambiguïté de ce dispositif, qui souffre inexorablement de manque fondamental de toute forme de “latéralisation” humaniste et désintéressée des savoirs et responsabilités engagés qui se posent à la base de toute ambition pédagogique d'une école d'architecture.
Faut-il rappeler, à cet effet, que le diplôme national d'architecte est un diplôme protégé par l'Etat, qui comme toute profession réglementée, à l'instar de la médecine universitaire, sanctionne une formation exigeante, empreinte d'une grande responsabilité civile et pénale et d'une plus-value socio-culturelle affirmée; un esprit de synthèse et d'ouverture sur le monde, qui ne peut, en aucun cas, devenir le privilège d'une quelconque organisation commerciale, professionnelle ou syndicale.
Le triptyque Licence (Bac +3), Master (Bac +5) et Doctorat (Bac +8), qui va s'imposer à l'avenir comme une norme nationale, voire internationale, offre des possibilités énormes pour réorganiser, au Maroc, le paysage de la formation des architectes. Il faut désormais faire face à la réalité, et ne plus craindre de faire évoluer en profondeur une situation qui, sous une apparence normale, masque la crise profonde de l'enseignement de l'architecture au Maroc.
Si aujourd'hui, le ministère en charge actuellement de l'enseignement de l'architecture, continue de penser qu'il faut créer des écoles privées d'architecture, nous pensons que cela peut être rendu possible, si des règles du jeu, avec des garde-fous clairs, sont mises en place pour dissuader ces écoles de toute tentative mercantile et en plaçant l'enseignement privé d'architecture sur des segments de formation, autres que ceux qui consistent à octroyer le diplôme professionnel national d'architecte qui doit, en revanche, rester impérativement un diplôme protégé, une prérogative de l'Etat et non celle d'une quelconque organisation d'obédience privée ou professionnelle.
Aussi, en toute logique libérale, le ministère de tutelle, avec l'appui de l'enseignement supérieur, les enseignants - chercheurs de l'ENA et celui de la profession, peut cependant déléguer une partie de cet enseignement au secteur privé, mais seulement dans le cadre des possibilités offertes par le système LMD, notamment pour les formations de Premier Cycle de Licence professionnelle et de quelques formations qualifiantes. Aussi, plaidons- nous pour l'idée que le ministère en charge de l'enseignement de l'architecture, n'a pas intérêt, compte tenu des enjeux qui risquent d'exposer la profession et son système d'enseignement à une véritable dégradation, à engager un processus de privatisation d'un enseignement supérieur de cette importance nationale.
La complexité de la question mérite un débat de fond, entre professionnels, enseignants- chercheurs, politiques et acteurs socioprofessionnels pour étudier et mettre en perspective les possibilités qui s'ouvrent à tout un chacun. C'est de cette manière que l'on pourra entrevoir sereinement, des solutions durables partagées et organiser, éventuellement, le champ de la formation des architectes, par la mise en place d'un réseau d'écoles d'architecture à l'échelle des régions où l'association secteur privé-secteur public, pourrait servir l'intérêt général et concrétiser les nouvelles opportunités que peut offrir la réforme LMD, tant pour la profession et les enseignants-chercheurs que pour les relations fructueuses que ces établissements de formation et recherche sont censés établir avec le monde du travail et celui de la recherche scientifique, technologique et professionnelle.                                                            

 * Architecte et critique d'architecture

Par MOHAMED Chaoui
Jeudi 22 Mars 2012

Lu 1189 fois


1.Posté par Moi le 22/03/2012 21:10 (depuis mobile)
On parle bien de l'ENA où 100 étudiants sur 120 sont pistonnés. Une direction pourrie jusqu'au coude par ses fraudes quotidiennes.

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