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Débats fructueux lors de la rencontre des anciens secrétaires généraux de la Jeunesse ittihadie : La Chabiba, l’expression d’une identité et d’un choix politique profond




Débats fructueux lors de la rencontre des anciens secrétaires généraux de la Jeunesse ittihadie : La Chabiba, l’expression d’une identité et d’un choix politique profond
La troisième Rencontre nationale des jeunes créateurs et poètes organisée par la section de la Jeunesse ittihadie de Larache du 31 août au 2 septembre courant, a été une occasion pour les anciens SG de la Jeunesse ittihadie de se réunir et d’entreprendre un exercice évaluatif, d’une action militante et politique. Initiée sous le thème «Faites attention, c’est une expérience qui mérite continuité», cette rencontre a été une opportunité pour rendre un hommage posthume à l’un des militants et responsables de cette structure militante, en l’occurrence Taoufik Lamrani, ancien secrétaire général de la section locale de la Jeunesse ittihadie, mais aussi poète et parolier. Outre les anciens SG de la JI, le meeting a réuni les représentants des Jeunesses de la gauche, les membres du CNDH, les représentants de la société civile et les membres du Conseil national du parti… Cette occasion propice a été saisie aussi pour procéder à cette lecture collective sans restrictions ni contraintes. L’exercice a été des plus  mûrs.
D’emblée, Abdelhamid Jmahri, membre du Bureau politique de l’USFP a précisé que le moment culturel a toujours constitué une condition incontournable dans l’édification du Maroc moderne.   Ce n’est pas par hasard, dit-il, que dans toute bataille, la croyance en la dimension culturelle reste nécessaire pour la continuité de la lutte, dans l’objectif d’édifier un Etat démocratique, moderne et souverain. L’Union socialiste des forces populaires ne cessait de répéter que la dominance politique est la résultante de la domination culturelle. Prônant les qualités du jeune défunt Taoufik Lamrani, Jmahri a souligné le rôle des jeunes dans l’édification de l’avenir du Maroc, expliquant que les peuples qui perdent leur jeunesse prennent vite froid, dans la mesure où ils perdent la chaleur de cette énergie juvénile. Et d’ajouter qu’aujourd’hui, il existe trois impératifs persistants pour l’avenir du Maroc. L’impératif démocratique  de l’unité de la gauche, ce courant sociétal qui a su transplanter les valeurs universelles de modernité et de démocratie dans le sol marocain. Ceux qui combattaient la gauche autrefois, le faisaient sous prétexte qu’elle importait des valeurs étrangères à la culture marocaine. Mais aujourd’hui, soutient-il, nous assistons à des discours qui ressassent et rabâchent cette même terminologie de gauche. Le deuxième impératif est l’unité de la gauche en tant que nécessité nationale, le pays ayant grandement besoin d’un redressement de la concurrence politique entre thèses et composantes, même si aujourd’hui, l’on remarque un grand penchant vers une jonction entre le fondamentalisme de l’Etat et le fondamentalisme de la société. Dans ce cas, explique Jmahri, l’acteur de gauche sera tout simplement absent, tout comme l’acteur libéral, moderne et démocratique.
Intervenant par la même occasion, Mohamed Hafid, ex-SG de la JI a d’abord rappelé le contexte de son adhésion au parti de Mehdi Ben Barka, marqué par  l’assassinat d’Omar Benjelloun en 1975, alors qu’il n’avait que huit ans. Il a précisé que la phase où il a assumé la responsabilité de la JI a été « très difficile », en raison de la période transitoire que traversait le Maroc, avec le gouvernement de l’alternance. La JI qui a réussi à réunir toutes les forces de la gauche autour des mêmes questions, a-t-il renchéri, a pu exprimer ses positions politiques et s’intégrer  dans l’action des jeunes, comme ce fut le cas à l’égard de la position du parti envers la Constitution de 1996 et le pilotage du gouvernement d’alternance. L’autre ex-SG de la JI, Soufiane Khairat, partage le fait que la phase de l’alternance politique a été des plus difficiles, étant donné la pluralité des lectures et des évaluations, appelant à cette occasion à une relecture collective, dans la mesure où cette opération constitue le fondement de tout projet d’édification de la gauche. Deux impératifs s’imposent, selon Soufiane Khairat : d’abord la création d’une structure de réflexion dans tout ce parcours collectif et ensuite la nécessité de créer un nouvel horizon pour les concepts d’appartenance aux valeurs de gauche, à savoir la liberté, la démocratie, tout en déterminant les adversaires, mais aussi les ennemis. Pour Hassan Tarek, qui avait aussi présidé aux destinées de la JI, le passage dans cette expérience n’est point inaperçu, et la JI n’est pas uniquement une structure à laquelle adhéraient des jeunes et des militants, mais elle reflétait une identité d’un certain choix politique profond, ainsi qu’un engagement en faveur des causes justes du pays, à savoir le progrès et la justice sociale. Il s’agit, dit-il, d’une expérience qui ambitionnait d’arriver à un autre Maroc, plus juste et plus beau.
De son côté, Mohamed Ghouddan a fait savoir que la phase de sa responsabilité à la tête de la JI a été marquée par des attaques menées par certains lobbies contre l’USFP. Dans ce contexte, ajoute-t-il, la Jeunesse du parti a résisté à toutes les manœuvres. Il a aussi soulevé son cas en tant que membre ayant quitté le parti pour rejoindre le PAM, ce qui a provoqué en lui une crise en raison de ses liens humains profonds avec ses camarades pendant une période de 25 ans. Il a voulu se rattraper et  surmonter cette situation en recourant à l’action civile, en vain.  
Et c’est sur un modèle de comparaison qu’Ali Ghanbouri a entamé son intervention mettant en parrallèle la période de Mohamed Sassi, marquée par l’initiative et la force organisationnelle et la phase actuelle, qui laisse à désirer. Il a par ailleurs appelé à l’unification des forces de gauche au soutien de toutes les forces politiques libérales, dans l’objectif de contrer le danger du fondamentalisme, rappelant dans ce cadre les initiatives menées par la JI, notamment pour défendre la cause du Sahara.
Prenant la parole, l’actuel secrétaire général   de la JI, Youness Kadiri a expliqué que la commémoration de cette manifestation vise à mettre l’accent sur la dimension culturelle, qui a souvent été reléguée au second plan dans le parcours de cette organisation, mais aussi à réunir toutes les composantes de la famille ittihadie, pour qu’elle s’érige en locomotive pour mener le train de l’unité de la gauche marocaine.
Mohamed Sassi n’a pas laissé l’occasion passer sans évoquer le rôle joué par le leader itthadi Abdelhadi Khairat, l’une des personnalités politiques marocaines n’ayant pas eu sa part de reconnaissance et de gratitude. « Si l’on remonte le temps à la période du Congrès extraordinaire de 1975, sa phase de préparation, l’élaboration des fondements sur lesquels s’est bâti le parti , nous allons trouver que Khairat figure non parmi  les dix premiers, mais les cinq premiers qui ont édifié ce parti et l’organisation de la JI. La période  de sa  présidence de la JI, dit-il, a été marquée par quelques caractéristiques :
1 – C’est Abdelhadi Khairat qui a conçu un plan pour relancer l’Union nationale des étudiants du Maroc, et que nous avons, au sein de la JI, appliqué avec grand succès, en organisant le 16-ème Congrès de l’UNEM. Tous les anciens de l’UNEM sont venus et l’on a pu renouveler les structures et c’était Mohamed Boubekri qui a été élu président de l’organisation estudiantine. Il s’agit, dit Sassi, de l’une des réalisations dont la JI peut être fière, à l’époque d’Abdelhadi Khairat.
2 – Juste après l’assassinat du leader ittihadi Omar Benjelloun, la Jeunesse ittihadie a joué un grand rôle dans les luttes démocratiques et électorales, notamment en 1976 et 1977. La JI faisait du moment électoral une bataille politique, en condamnant  les choix du pouvoir. C’est pourquoi les autorités avaient arrêté les onze militants de la JI à Casablanca.  Il fallait couper les ailes qui font voler très haut l’USFP, en l’occurrence la JI.
3 – Suite au Congrès de 1975, l’organisation des jeunes Ittihadis est entrée dans un cycle de structuration sectorielle. Mais pour la première fois, elle s’investira dans la question de planification, étant donné qu’il ne fallait pas rester dans la phase de réaction, mais plutôt passer à l’acte réfléchi, planifié et programmé.  
4 – Le rôle joué par la JI dans la construction du parti. Plusieurs jeunes du parti exerçant dans le secteur de l’enseignement étaient affectés dans différentes régions du pays, et se battaient contre le cheikh et le moqaddam pour l’ouverture du siège. Ceci élargissait la carte du parti.
Pour vous dire vrai, poursuit M. Sassi, il y a une régression dans ce rôle durant la période allant de 1984 à 1987. Date à laquelle j’ai assumé la responsabilité, en tête de la JI. Il faut dire que les conditions n’étaient pas favorables. Un travail de reconstruction était nécessaire. Mais, le point saillant au cours de cette période  était que la Jeunesse ittihadie avait acquis une personnalité politique. Plusieurs nous reprochaient, soutient-il, le fait que cette personnalité politique  était aussi autonome. Mais je peux vous assurer, renchérit-il, qu’elle n’était pas autonome par rapport aux grandes orientations du parti… Dans ce cadre, fait-il  rappeler, la publication Annachra a joué un rôle essentiel dans le rayonnement politique et la première conférence organisée par le magazine Arrayid entre les factions estudiantines de gauche en 1991. L’année qui a connu l’attaque fondamentaliste contre les étudiants.
Et de rebondir sur le départ de l’USFP : « Evidemment, nous avons quitté le parti et rejoint le Parti socialiste unifié (PSU)… nous n’avons pas raté l’adresse de notre ennemi, et nous n’avons pas considéré l’USFP comme ennemi. Au PSU, nous avons trouvé le militant Bensaid Aït Idder, Mohamed Moujahid, Nabila Mounib, avec lesquels nous travaillons actuellement, mais toujours avec la perspective de l’unification de la grande famille de gauche… Il n’y a pas de conditions préalables pour le dialogue qui doit être entrepris dans tous les cercles de gauche et à tous les niveaux ». Au Maroc, dit-il, il existe un parti conservateur, c’est le Parti justice  et développement (PJD), mais il est fort sur le terrain. Quant aux libéraux, comme en a parlé Jmahri, ils n’existent malheureusement pas au Maroc, en dehors de leurs liens avec l’Etat, « comme nous ne disposons pas de structure libérale indépendante », dit Sassi. D’autre part, il y a le peuple de gauche dispersé… il n’y a pas d’équilibre dans le pays,  car dans toute transition, il faut deux partis ou deux groupes de partis pour maintenir  l’équilibre politique…
Et de conclure sur un ton humoristique : «Nous avons donné quelque chose au pays, disait  feu Abderrahim Bouabid. Il se peut que nous ayons commis des erreurs, mais soyez sûrs que cela émane du fond du cœur ».

Libé
Jeudi 6 Septembre 2012

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