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De “la chambre noire” à une liberté “vers le large”




Auteur d’un best-seller marocain, «La chambre noire», Jaouad Midech récidive avec un roman, pour le moins attachant.
« La chambre noire », un des premiers livres marocains à raconter la sombre période des années de plomb, est une sorte d’exorcisme de l’auteur. Livre préfacé par Abraham Serfaty et adapté au cinéma par Hassane Benjelloun, il raconte les circonstances des arrestations du groupe de Casablanca et les supplices du fameux « mouroir » de Derb Moulay Chrif. Ce premier ouvrage représentait une rétrospective du protagoniste / auteur, comme un défilé de son vécu passé, au milieu des atrocités du centre de détention macabre de Hay Mohammadi.
«Vers le large» est un ouvrage exogène. Il est plutôt dirigé vers les autres. L’auteur, en première partie, réalise, à coup de portraits, l’histoire du quartier Alif de la prison centrale de Kénitra. Il fait le tour des années à travers des personnages, tantôt importants, tantôt passagers, tantôt célèbres, tantôt sans gloire. D’un Hassan, gardien de prison de son état, à Nelson Mandela, à une charmante infirmière, le romancier extériorise ses maux, ses sensations, ses effrois, son quotidien à travers son regard sur l’Autre, ou in fine sur lui-même. Entre personnages représentant l’agonie, le trépas, le désespoir, … l’auteur en fait jaillir des protagonistes emblèmes de l’espoir, de la vie, de l’humain. Un échange succinct en salle d’attente du dentiste avec Hicham, un enfant de 8 ans, alors que l’auteur a passé le même âge en prison, lui fait oublier pour un moment sa douleur, son incarcération, pour se poser maintes questions sur le monde enfantin. La thématique de la femme et de l’enfant est très présente dans cette première partie, pourtant assombrie dans le récit d’un lieu où l’absence de la femme et de l’enfant est ressentie comme « une cruauté insoutenable ». « Imaginez un monde peuplé uniquement d’hommes, sans enfants, sans femmes. Un supplice ! Une vraie Géhenne ! » s’indigne l’auteur. Portant, au beau milieu de son séjour à la prison de Kénitra, l’auteur n’hésite pas à voler quelques instants pour consommer de simples actes humains « ordinaires ». Aimer une femme en pleine souffrance clinique, échanger avec un enfant, entendre la souffrance de L., impliqué par erreur dans les procès des groupes gauchistes d’Ila Amam et 23 Mars, …
 « Le jour où je suis sorti du quartier B, c’est comme si j’avais franchi le portail de la prison pour rejoindre le large. Mon soulagement était incommensurable», raconte l’auteur dans un article paru en 2005 à propos de Hakimi Belkacem, un rescapé de la peine capitale à laquelle il avait été condamné en 1985, pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. C’est le même sentiment de Mdidech à sa sortie de  prison. « Il a 38 ans quand il est libéré et se sent perdu. Le Maroc a changé, et il n’est pas sûr d’y trouver sa place», lui consacre Jeune Afrique dans un portrait collectif d’anciens détenus.
« Rejoindre le large», c’est la définition que donne l’auteur à sa nouvelle vie, et au second chapitre de son nouveau roman. Un autre horizon et des sensations nouvelles. Après quinze ans de réclusion, un homme de trente huit ans a encore des choses à construire. Jaouad Mdidech est catégoriquement dans l’affirmative. Il saura mieux faire en gardant son amour à la vie, son souffle d’optimisme et son humanisme.
A sa sortie de prison, « les premiers jours, [il] se sentait déplacé, et surtout tout écœuré par l’hypocrisie ambiante ». Tout avait changé entre-temps : les gens, les lieux, les noms des rues, … mais, non sans nostalgie, l’auteur prend goût à retrouver ses vieilles habitudes, celles d’une vie « normale », antérieure. La thématique de la femme revient en force également dans la seconde partie du roman ; en atteste un portrait-hommage aux femmes des ex-prisonniers politiques, et à travers elles, certainement, à la femme marocaine.
L’ouvrage est plutôt un message d’espoir, d’optimisme que porte l’auteur sur la vie. Les portraits qu’il illustre à la fin : Abdelfattah Fakihani (à qui nous souhaitons un prompt rétablissement), Ahmed Merzouki, Driss Bouissef, … sont autant de « revenants », qui, malgré les souffrances et le calvaire de l’internement, ont pu retrouver la vie, avec beaucoup d’humanisme.
La première lecture de ce livre est organisée par l’OMDH le vendredi 26 juin, à l’hôtel Diwan de Casablanca à 18h.

Mounir BENSALAH.
Vendredi 19 Juin 2009

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