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De l’impact symbolique de l’exposition “Le Maroc à travers les âges”




L’exposition retrace treize siècles de l’Histoire du Maroc


Le sociologue Mustapha Saha, présent à 
l’inauguration à l’Hôtel des Invalides de 
l’exposition « Le Maroc à travers les âges », 
sous la présidence de Son Altesse Royale 
le Prince Moulay Rachid, analyse l’impact 
symbolique de cette manifestation originale.

L’exposition « Le Maroc à travers les âges » célébrant le soixantième anniversaire de l’Indépendance du Maroc, vaut, avant tout, par son impact symbolique, la reconnaissance de la civilisation marocaine comme un sémaphore inextinguible de l’histoire méditerranéenne, dans le saint des saints lieux français, l’Hôtel des Invalides, chef-d’oeuvre de l’architecture classique, édifié sur édit de Louis XIV, comprenant une cathédrale, une nécropole militaire et le tombeau de Napoléon 1er. La présidence de l’inauguration par le Prince Moulay Rachid marque de son sceau une nouvelle page dans les relations séculaires entre les deux rives. Se referme l’amphigourique période du Protectorat sur l’engagement héroïque des soixante-dix-mille combattants marocains dans la Seconde Guerre mondiale et le retour à une souveraineté nationale chèrement acquise.
Le Maroc, tête de pont entre Afrique, Moyen-Orient et Europe depuis l’époque phénicienne, se distingue par sa culture cumulative, synergique, symbiotique, riche de sa berbérité générative, de son hébraïté antique, de son arabité fédérative et de mille imprégnations nutritives. Son multilinguisme séculaire enrichit d’infinies subtilités sémantiques ses langages vernaculaires. Son vieux savoir-faire artisanal porte les traces pictographiques des interpénétrations proches et lointaines. 
La multiformité de ses localités singulières, de ses paradigmes esthétiques, de ses techniques architectoniques, de ses stylistiques vestimentaires, de ses traditions culinaires, la merveilleuse  variété de ses expressions artistiques, musicales, poétiques, incessamment vivifiées par la transmission orale, profondément ancrées dans les pratiques populaires, reflètent ses métissages ethniques, ses brassages thaumaturgiques, ses hybridations mythologiques.
Cette exposition retraçant treize siècles d’une combinatoire unique entre centralité étatique et transversalité tribale,  essentiellement composée de pièces archiviques et de panneaux iconographiques,  se veut également un rappel didactique de quelques points de convergence historique entre les sociétés marocaine et française jusqu’à la rupture provoquée par l’arbitraire déposition du Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et sa déportation à Madagascar, une crise paroxystique qui se dénoue par l’Indépendance du Royaume chérifien. L’événement contribue à lever utilement une équivoque propagandiste tenace. Les pays affranchis du joug colonial, étaient invariablement présentés comme des nations neuves, sorties du néant, sans culture propre et sans histoire ancienne. Le colonialisme occidental s’était arrogé, dans ses prétentions universalistes, une mission civilisatrice planétaire, qui justifiait idéologiquement le pillage des contrées dominées. Une telle manifestation entérine l’obsolescence de l’esprit colonial.
L’Occident ne peut plus se targuer d’une avance irrattrapable sur le reste du monde. La révolution numérique remet toutes les cultures à pied d’égalité. L’innovation germe et s’épanouit sur tous les continents, dans les métropoles suréquipées et les villages reculés. L’invention miraculeuse peut surgir d’une chambre anonyme. Le monde n’est plus régi par un seul et unique centre nerveux.  Les pôles  d’attraction se multiplient et se déplacent à l’infini.  Le Maroc peut s’enorgueillir aujourd’hui d’une Constitution exemplaire, qui anticipe, avec clairvoyance, une planète connective, désenclavée de ses ghettos identitaires, régénérée de ses pépinières diversitaires, revitalisée de son interactivité créative. Le Plan Maroc Vert met en œuvre des programmes ambitieux d’agriculture biologique, préservatrice de la nature et de l’équilibre physiologique des consommateurs saturés d’additifs toxiques, d’énergies renouvelables, respectueuses de leur écosystème, et place l’humaine humanité, et la culture qui lui donne sens existentiel et substance spirituelle, au centre de l’action publique.  
Cette société marocaine, stimulée par une étonnante effervescence artistique, retrouve avec bonheur, en dépit des vents contraires, son atavisme andalou, son ancrage pluraliste et son émulation novatrice.


 

Par Mustapha Saha Sociologue, poète et artiste peintre
Mardi 18 Octobre 2016

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