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De l’analphabétisme à l’illettrisme




De l’analphabétisme à l’illettrisme
Notions
L’analphabétisme  concerne les personnes n’ayant jamais fréquenté l’école, et qui ne comprennent pas le langage écrit ni le calcul.
L’illettrisme concerne les personnes scolarisées pendant 5 ou 6 ans, n’ayant rien retenu et qui ont perdu la maîtrise de la lecture et de l’écriture ainsi que du calcul.
 
Situation actuelle
Au Maroc, l’analphabétisme a subi un net recul, tandis que l’illettrisme augmente dans des proportions alarmantes, 50% des élèves quittent l’école après 5 ou 6 ans, sans acquis. Actuellement tout le monde est conscient de la dégradation du système éducatif. A l’époque où l’école publique doit susciter le plaisir d’apprendre en provocant l’épanouissement des enfants et d’éveil, elle ne produit que des indifférents et des paresseux, qui ne manqueront pas de gonfler les rangs des improductifs irresponsables, qui n’auront que des droits mais aucun devoir envers la société. Faute de nouveaux moyens d’enseignement, le corps enseignant est forcé d’utiliser des méthodes traditionnelles d’un autre temps. Le problème le plus grave est l’abandon scolaire qui inquiète sans répit l’avenir de la société, en exploitant les jeunes sans connaissance, et en provoquant des révoltes face à leur impuissance.
Il est temps de tirer le signal d’alarme, pour sauver ce qui peut encore être l’école et la pépinière de nos futurs citoyens responsables de demain. Les enfants sont illettrés dans les deux langues. Des enquêtes menées à l’Université de Casablanca, montrent que sur 11000 étudiants interrogés, 40% sont illettrés en français et aussi en arabe. Ils n’arrivent pas à comprendre les cours ni à prendre des notes.
Ces chiffres deviennent dangereux pour la société, tant est incertaine l’aisance sociale de ces personnes, face à l’ampleur de leur désillusion.  Selon les chiffres d’Abdellatif Kissami de l’Unesco publiés par Le Monde du 19 janvier 2009, 60% des filles ne sont pas scolarisées dont 80% en zone rurale, qui vont venir gonfler le lot des analphabètes, alors que cette situation a tendance à régresser d’après les autorités. L’école est un lieu d’ascension sociale et de valorisation personnelle, en formant des citoyens autonomes, capables de faire face aux problèmes économiques de la vie courante. Mais l’école marocaine n’en est pas encore là. Le parcours scolaire des enfants est souvent déterminé par les parents selon la spirale de leurs désirs personnels inassouvis, produisant une  surestimation de leur progéniture, cause de nombreux problèmes.
L’objectif qualitatif de l’enseignement est relégué au second plan.
Comment identifier la qualité de l’école sans prise en compte de ce paramètre ?
Seule la capacité intellectuelle de l’enfant lui permet d’échapper à l’échec et à l’abandon scolaire. Il faut considérer que l’échec des réformes qui tentent d’améliorer le système scolaire est dû à l’importance donnée à la qualité de l’enseignement sans s’occuper des performances de l’élève. Ainsi comme un supermarché, plus il y a de matières à enseigner, meilleure est l’école, alors que l’enfant a seulement le temps d’en assimiler une partie qui, du reste, ne lui sera d’aucune utilité.
 
Les causes :
Le manque de développement et la pauvreté du système éducatif, sont les principaux facteurs d’illettrisme de la population dans ce pays. Deux réseaux scolaires et deux méthodes : le réseau public, archaïque et vétuste, dont les enseignants ébranlés par des grèves répétitives, devient  inopérant.
Le réseau privé est d’abord une entreprise commerciale avant d’être un lieu d’éducation. Il fonctionne comme les « auberges espagnoles». On y trouve ce  qu’on y apporte ! C’est un supermarché des illusions pour beaucoup. Dans la région d’Agadir, je connais de nombreuses écoles primaires qui, sous l’influence des parents, enseignent les quatre langues depuis la deuxième année (à 7 ans), alors que l’enfant n’en maîtrise aucune et a donc toutes les chances d’en rester là, puisqu’elles constituent un obstacle à l’épanouissement de l’enfant. La méconnaissance de la psychologie des enfants et souvent l’ignorance de la pédagogie, conduisent au désastre actuel.
Le manque d’adaptation des méthodes pédagogiques aux capacités des élèves. La progression de l’enseignement se fait à l’aveuglette, c’est-à-dire que les enseignants, respectueux du programme imposé par le département de tutelle, ne constatent pas la détresse des enfants, répétant et mémorisant des données incompréhensibles. Les leçons sont dispensées sans vérifier si les précédentes sont bien acquises. L’avancement trop rapide laisse sur place les élèves moins favorisés ou en retard par le changement de réseau d’école entre le public et le privé, puisqu’il y a décalage et  que les parents ne veulent pas en tenir compte.
Chaque jour, je suis confronté à ces dilemmes, dans les écoles privées. Il faut constater que les équipes enseignantes sous-qualifiées ne maîtrisent pas toujours la pédagogie.
 Selon Alain Bentolila, lors de sa conférence du 19 juin 2010, déclare, à propos du Maroc, que «le système éducatif nouveau est une machine à fabriquer de l’illettrisme et de l’analphabétisme». La scolarisation tardive des enfants et le fait d’affronter une langue différente de celle habituellement parlée, entendre des mots sans signification ne correspondant à rien dans leur mémoire, tel est l’handicap de l’apprentissage de la lecture. Les maîtres qui enseignent le français ne le parlent que très peu et mal, souvent les cours se font en arabe. Les manuels sont désuets, trop compliqués, incompréhensibles  aux élèves et parfois aux maîtres ! Comment un élève marocain peut-il franchir la barrière de trois langues simultanées dont le français est la clé de sa réussite sociale ? Pour beaucoup, cette mission est impossible.  

Des solutions :
 C’est pendant la période préscolaire qu’il faut familiariser les enfants avec la langue qui deviendra celle de la lecture et de l’écriture. Pourquoi les tableaux interactifs numériques, si ce n’est que pour épater les médias? Quel rôle positif dans la lutte conter l’illettrisme…. quelques mois seulement? Par la volonté des pouvoirs publics, au bénéfice du pays, redéfinir un plan d’éducation et un véritable choix linguistique avec une pédagogie uniformisée, entre les écoles publique et privée, une nouvelle mentalité  des maîtres peuvent constituer un véritable espoir pour ces populations. L’on doit concevoir des méthodes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture accessibles aux enfants. La désespérance de ces enfants les conduit vers la délinquance où la valorisation est plus facile qu’à l’école.  

Par Pierre Dhaud (Psychopédagogue)
Vendredi 9 Novembre 2012

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