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Dans les zones tribales pakistanaises, calme taliban et soif de changement




Dans les zones tribales pakistanaises, calme taliban et soif de changement
S'ils multiplient les attaques contre la campagne électorale dans le reste du Pakistan, les talibans alliés à Al-Qaïda ont épargné jusqu'ici leurs bastions des zones tribales du nord-ouest pour ne pas s'aliéner la population locale, démunie et avide de changement.
Ces sept districts tribaux semi-autonomes (Fata) accolés à la frontière afghane sont notamment le fief du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), en guerre depuis 2007 contre le gouvernement pakistanais à qui il reproche son soutien à la politique américaine.
Le TTP dénonce les élections générales du 11 mai qu'il juge "anti-islamiques" et a multiplié les attaques contre les partis laïques, notamment dans la région de Peshawar (nord-ouest) et à Karachi (sud). Au total, depuis la mi-avril, plus de 60 personnes ont été tuées dans des violences liées à la campagne.
Mais aucune dans les Fata, pourtant habituées aux combats et exactions.
D'une part parce qu'à l'approche du scrutin, l'armée a multiplié les opérations contre les rebelles et les a, temporairement au moins, repoussés dans les montagnes, expliquent des habitants.
Mais cela tient aussi et surtout à la stratégie du TTP, qui a décidé d'épargner les Fata, où le soutien des tribus locales est crucial à sa survie.
"Nous ne faisons qu'un avec les tribus locales et nous ne voulons pas les meurtrir", a indiqué à l'AFP le porte-parole du TTP, Ehsanullah Ehsan. Résultat, nombre d'électeurs estiment la situation assez stable pour que les 1,7 million d'inscrits sur les listes des Fata puissent voter.
Pour la première fois dans cette région historiquement rétive au contrôle du pouvoir central, les partis politiques nationaux ont été autorisés à présenter des candidats, et ce pour donner aux tribus une plus grande représentation, en espérant ainsi les éloigner des sphères rebelles.
"Les gens veulent le changement. Et pas seulement de têtes", explique à l'AFP le docteur Miraj Ali qui dirige une clinique à Michni, dans le district tribal de Mohmand.
A Mohmand comme dans d'autres zones tribales, le gouvernement sortant est accusé de n'avoir rien fait pour protéger les habitants et d'avoir lancé des offensives qui ont jeté sur les routes des centaines de milliers d'entre eux.
Et beaucoup espèrent cette fois-ci une percée des formations jusque là dans l'opposition: partis religieux, PTI de l'ancienne star du cricket Imran Khan, ou de la Ligue musulmane (PML-N) du favori des sondages, l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif. "Khan et Sharif sont les deux leaders qui ont le plus de soutien dans les FATA", confirme le docteur Ali.
La campagne bat son plein pour les 339 candidats en lice pour les douze sièges réservés aux zones tribales à l'Assemblée nationale.
Les drapeaux, posters, autocollants et banderoles de candidats parsèment les toits, magasins et véhicules, les candidats tiennent meetings et rencontres diverses, et les habitants arborent souvent des badges de partis sur la poitrine.
La vie dans les Fata est sans doute plus dure que partout ailleurs au Pakistan, faute d'électricité, d'emploi et d'éducation. Et malgré les offensives et la présence de l'armée, peu de monde ose encore sortir après la tombée de la nuit pour ne pas risquer de rencontrer des rebelles.
"Nous élirons des représentants honnêtes qui résoudront nos problèmes", veut croire Mohammad Shah, un maître d'école de 43 ans.
Comme de coutume, les élus seront des membres de grandes familles de propriétaires terriens (les "khans"), les seuls à pouvoir faire une campagne digne de ce nom au regard des habitudes locales: accueillir autant de monde que possible et leur offrir un repas -- souvent du riz à la viande mitonné dans d'énormes chaudrons -- deux fois dans la journée, et le thé en permanence.
"Nos anciens représentants nous avaient vendus à Islamabad. Aujourd'hui nous appelons de nos voeux une révolution qui balaye tous ces gens corrompus", souligne Raqeeb Ullah. Ce pharmacien de 27 ans croit en Imran Khan, la révélation politique du moment, favorable à des négociations de paix avec les talibans. "Ils nous a promis qu'il allait mettre fin au terrorisme et donner de l'éducation à tous. Imran est un khan, un Pachtoune (l'ethnie dominante dans le nord-ouest, NDLR) et il a prouvé sa valeur", estime-t-il.
"C'est vraiment bien de pouvoir voter pour des partis. Cela nourrit la prise de conscience politique des tribus", note Sher Khan, un commerçant local de Miranshah, principale ville du Waziristan du Nord, le district le plus rebelle.

Libé
Lundi 6 Mai 2013

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