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Dans le sud thaïlandais, le traumatisme des enfants de la guerre




Dans le sud thaïlandais, le traumatisme des enfants de la guerre
Terrifié par les fusillades et les bombes, Ahmad ose à peine sortir de chez lui. Comme des milliers d’enfants de l’extrême-sud thaïlandais, l’orphelin de 12 ans est traumatisé par une insurrection meurtrière, ignorée du reste du monde.
“Si je sors, je reste près de la maison (...). Je ne vais jamais très loin”, raconte le garçon en mâchant timidement le col de son maillot de football.
Les rebelles, qui ne font pas partie d’un mouvement jihadiste mondial, se battent contre ce qu’ils vivent comme une discrimination contre la population d’ethnie malaise et de religion musulmane dans un pays majoritairement bouddhiste.
Cette guerre qui ne dit pas son nom a fait plus de 5.300 morts depuis janvier 2004, dont le père d’Ahmad, abattu par des tireurs non identifiés il y a six ans.
Un événement qui a aussi marqué sa grande soeur Sunnah, âgée de 15 ans aujourd’hui. Elle date la fin de son enfance de ce jour-là.
“Je ne me sens pas en sécurité, surtout avec des étrangers”, explique l’adolescente, qui a également perdu sa mère dans un accident. “Je soupçonne les gens quand ils me regardent. Les soldats sont les pires”.
Colère, repli sur soi et peur sont des symptômes classiques de la dépression ou du syndrome de stress post-traumatique, explique Pechdau Tohmeena, experte en santé mentale pour le gouvernement. Et les enfants sont les premières victimes de ce conflit depuis huit ans.
“Certains enfants ont vu leurs parents abattus sous leurs yeux, le magasin de leur famille brûlé, des proches battus ou torturés”, poursuit-elle dans la clinique de Pattani où elle travaille.
“Ils voient des hélicoptères voler au-dessus de leur tête avec leurs armes pointées vers eux. C’est dur de vivre comme une cible tous les jours”.
Près de 60 enfants de moins de 15 ans ont été tués lors de cette insurrection et des centaines d’autres blessés, selon l’organisation Deep South Watch.
Dernières victimes en date, un garçon de 11 ans tombé sous les balles visant son père le 31 octobre dans la province de Yala, et son petit frère de 9 ans, grièvement blessé.
Le conflit, qui n’épargne pas les civils, accroît aussi sans cesse le nombre d’orphelins, qui sont plus de 5.000 selon le Centre d’observation et de protection juvénile de Pattani, deux ou trois fois plus selon d’autres ONG.
Et malgré le manque de recherche sur l’impact du conflit, les rares statistiques sont alarmantes.
Près de 22% des 11 à 18 ans montrent des symptômes du syndrome de stress post-traumatique, soit plus du double de la moyenne nationale, selon une étude conduite en 2010 sur 3.000 enfants des trois provinces de l’extrême-sud.
Et près de 40% d’entre eux montrent des signes de problèmes émotionnels ou comportementaux, tels que l’anxiété, la concentration limitée, la peur et l’agressivité.
“Certains de ces enfants n’ont grandi qu’avec la violence”, souligne Panpimol Wipulakorn, de l’Institut Rajanukul, agence du gouvernement qui a mené l’étude.
“Des élèves de primaire nous ont même dit que la chose dont ils avaient le plus besoin pour améliorer leur vie était un pistolet. Ce n’est pas la réponse normale d’un écolier”.
Mais les établissements scolaires sont tout sauf un havre de paix. Ils sont considérés par les insurgés comme une expression de l’autorité de Bangkok et des centaines d’établissements ont été incendiés depuis huit ans. Plus de 150 enseignants ont été tués.
Une situation qui a poussé 321 écoles de Pattani à fermer leurs portes à partir du 27 novembre, pour une durée indéterminée.
“Les situations de conflit sont préjudiciables au développement de l’enfant”, met de son côté en garde Andrew Morris, de l’UNICEF. “Et plus le conflit dure, plus l’impact sera important”.
Ainsi selon les experts, une enfance en zone de guerre peut conduire des années plus tard à des taux élevés de toxicomanie ou d’alcoolisme.
Et les craintes augmentent qu’une nouvelle génération de jeunes Thaïlandais émotionnellement perturbés vienne grossir les rangs du conflit, côté insurrection, ou chez les forces de l’ordre.
“Si ces enfants continuent à grandir au milieu du conflit, le risque est que dans dix ou vingt ans, il n’y aura toujours pas de paix ici”, prévient Pechdau.

AFP
Samedi 8 Décembre 2012

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