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Dans l'école des étudiants disparus, des familles toujours dans l’expectative

Seul un fragment d'os d'un étudiant a jusqu'à présent pu être retrouvé




Dans l'école des étudiants disparus, des familles toujours dans l’expectative
Ils ont transformé leurs salles de classe en dortoirs où ils dorment à même le sol. Deux ans après la disparition des 43 étudiants d'Ayotzinapa au Mexique, leurs parents continuent d'espérer qu'ils les retrouveront un jour vivants.
Des mères sont installées dans une salle, des pères dans une autre. Des moustiquaires sont suspendues au-dessus des matelas, un tableau est toujours fixé au mur.
Sur des autels improvisés, des photos de leurs enfants côtoient des images religieuses devant lesquelles ils prient durant des heures.
Depuis que leurs enfants ont disparu le 27 septembre 2014, une vingtaine de parents vivent dans cette école d'Ayotzinapa où sont formés de futurs instituteurs, dans l'Etat de Guerrero, au sud du Mexique.
La disparition des 43 étudiants avait provoqué en 2014 un tollé international et déclenché de nombreuses manifestations parfois violentes, contre le gouvernement d'Enrique Pena Nieto.
La nuit avant la tragédie, des étudiants de cette école s'étaient rendus à Iguala pour s'emparer d'autobus afin d'aller manifester à Mexico.
Selon les autorités judiciaires, les 43 étudiants auraient alors été attaqués par des policiers municipaux qui les auraient livrés à un cartel de drogue. Ces narcotrafiquants les auraient confondus avec des membres d'un cartel rival et les auraient tués avant de les incinérer dans une décharge.
Seul un fragment d'os d'un étudiant a jusqu'à présent pu être retrouvé, dans une rivière.
Mais des experts de la commission interaméricaine des droits de l'Homme ont contesté la version officielle, soulignant qu'une incinération d'une telle ampleur n'avait pu eu lieu dans cette décharge.
Les parents ont toujours douté des conclusions des autorités et le rapport indépendant leur a redonné espoir.
Les autorités judiciaires ont informé qu'elles allaient désormais utiliser une technologie laser pour tenter de repérer des fosses clandestines et enquêter sur le rôle des polices municipales environnantes.
Les parents se sont installés dans cet établissement pour être proches des manifestations et pouvoir mener le combat plus efficacement. Pour ces familles pauvres, venant de zones reculées, voyager régulièrement était trop coûteux.
Sur une pancarte suspendue à un mur, on peut lire une phrase du poète uruguayen Mario Benedetti: "N'abandonne pas. S'il te plaît, n'abandonne pas, même si le froid brûle, même si la peur mord, même si le soleil se couche et le vent se tait".
Avant la disparition des étudiants, Maria Elena Guerrero, 45 ans, était une femme au foyer, s'occupant de ses deux enfants et de son mari, Alfredo, un professeur qui a étudié dans cette école.
Elle retourne chez elle une fois par mois pour voir sa fille de 18 ans, Sandra, "qui se sent seule". Mais c'est sa propre fille qui lui demande de retourner à Ayotzinapa, pour se battre "pour son frère", Giovanni, qui aurait eu aujourd'hui 21 ans.
Depuis qu'ils ont quitté leur emploi, les parents vivent des dons qu'ils partagent sur un compte commun. Une feuille fixée sur un mur leur rappelle qu'ils doivent participer aux manifestations pour toucher l'aide.
Nicanora Garcia Gonzalez a commencé à travailler à l'âge de cinq ans et était boulangère dans son village.
Son travail consiste désormais à rechercher son fils disparu. Une photo de lui est posée à côté de son matelas, près de boîtes de médicaments et de la photo d'un ami d'enfance également disparu.
"Ils étaient amis depuis la maternelle (...). Ils sont venus ici ensemble et ils ont été emmenés ensemble".
Cette femme de 57 ans passe désormais son temps à faire du crochet, fabriquant des serviettes qu'elle essaye de vendre.
"Nous restons ensemble parce que nous n'avons pas le choix. Nous sommes ici, au même endroit, partageant la même souffrance. (...) Nous sentons comme une famille ici", dit-elle.
Dans une autre salle, les parents cuisinent des haricots et du maïs. "C'est la nourriture du pauvre", commente Margarito Ramirez, 59 ans, qui a sacrifié sa vie pour ses quatre enfants.
Ramirez a vécu seul aux Etats-Unis durant huit ans pour y travailler et envoyer de l'argent à sa famille restée au pays.
Ce paysan vit depuis deux ans dans l'école dans l'espoir de retrouver son fils Carlos. Il récolte des boîtes d'aluminium qu'il revend. Il lui en faut 70 pour récolter un dollar.
Ramirez a peu d'affaires. Un de ses biens les plus précieux est la copie du rapport indépendant qui signale que le portable de son fils a été activé à deux reprises au lendemain de la disparition des 43 étudiants.
C'est suffisant pour entretenir en lui l'espoir que son fils est toujours bien vivant.

 

Mardi 27 Septembre 2016

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