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Dakhla, la perle du Sud marocain




Dakhla, la perle du Sud marocain
Si Tanger, la perle du Nord, est une ville séculaire à l'entrée nord du Royaume où elle est considérée comme le pont reliant l'Afrique à l'Europe, l'Etat n'a pas lésiné sur les moyens pour faire de Dakhla une perle à l'extrême Sud du pays dont elle est le trait d'union avec l'Afrique subsaharienne.
Cernée par la mer, offrant des paysages à couper le souffle, Dakhla accueille de plus en plus de vacanciers, mais aussi d'investisseurs séduits par un microclimat exceptionnel et des facilités tant sur le plan administratif et fiscal que sur celui des relations humaines.
Dakhla, l'une des villes septentrionales du Maroc, se situe à deux heures d'avion de Casablanca et un peu moins de deux heures de Las Palmas. C'est un lieu qu'il faut protéger, pensent certains égoïstes qui ne veulent pas partager les moments paradisiaques passés sur les plages de rêve de Dakhla.
Peuplée principalement de militaires et de fonctionnaires, la ville a des routes flambant neuves et une élégante corniche flanquée de cafés et de quelques boutiques. L'électricité, l'eau potable, autrefois réservées à une élite, ont été raccordées jusque dans les quartiers les plus populaires. Les quelque 160.000 habitants connectés, pour qui le veut, au Net, disposent d'écoles, d'une médiathèque moderne et accueillent, depuis 2007, un festival de musique dont le succès n'est plus à prouver. Pour désenclaver la ville, un aéroport a été construit en plus de celui qui existe déjà, et la RAM assurait trois vols par semaine, jusqu'à l'arrivée de l'actuel wali, Hamid Chabar qui a convaincu la société nationale des transports aériens d’augmenter la desserte à 5 vols hebdomadaires. Ce qu'elle a fait et sans regret car le taux de remplissage est le plus important que la RAM enregistre sur le plan national avec près de 90 %. C'est que Dakhla attire de plus en plus d'étrangers, mais aussi des gens du Nord du pays, dont certains viennent pour s'installer. Comme dans les autres provinces du Sud, de nombreux produits de base, comme l'essence, le sucre ou l'huile, sont subventionnés et presque trois fois moins chers que dans le reste du pays.
L'Agence du Sud, une structure créée par SM le Roi Mohammed VI en 2002 et dont l'ambition est d'accélérer le développement socio-économique des provinces sahariennes, vient de relever le premier défi en éradiquant l'habitat insalubre dans les villes de Dakhla, Boujdour et Laâyoune.
Dotée d'un budget de 7,2 milliards de dirhams, elle s'est fixé une autre priorité non moins importante que la première et qui concerne le développement des activités créatrices de revenus. Son directeur, Ahmed Hajji, ne manque pas d'idées. En homme pragmatique, il a d'abord tablé sur le potentiel naturel de ces provinces, dont le premier atout est la pêche.
Concernant Dakhla, qui est cernée de toutes parts par la mer, les eaux sont exceptionnellement poissonneuses, mais l'activité des pêcheurs de la région n'a jamais été réellement organisée. L'Agence a fait construire des villages en dur pour les accueillir partout où des campements existaient : Ntirfit, Labouirda, Lassarga, Labouir, etc… Mais, surtout, une grande halle au poisson dans chacun de ces villages, équipée de la technologie dernier cri, a été mise en place pour permettre la vente dans des conditions plus transparentes. La pêche pélagique permet des captures allant jusqu'à 1 million de tonnes par an, or à ce jour ces captures n'ont jamais dépassé les 450 mille tonnes, si l'on en croit le plan du ministère de l'Agriculture et de la Pêche maritime qui a annoncé la création d'un grand port au Sud de Laâyoune. Certains souhaiteraient que ce port soit à Dakhla. Ce qui permettrait à la ville, située à seulement 350 km de la Mauritanie, de jouer son rôle de trait d'union vers les pays africains, avec lesquels Sa Majesté veut établir des relations toujours plus étroites », rappelle Hamid Chabbar, wali de la ville.
L'immense potentiel touristique que recèle Dakhla demeure jusque-là inexploité. Construite sur une mince bande de terre, entre le désert et l'océan, la ville offre des paysages à couper le souffle. Avec plus de trois cents jours de soleil par an et des plages de sable blanc à perte de vue, la « perle du Sud » a tout d'une grande destination touristique. Pourtant, la ville ne reçoit, chaque année, que 3.000 à 4.000 touristes, et les infrastructures hôtelières peinent à s'y développer. Dans ces conditions, difficile d'élaborer une stratégie médiatique pour faire décoller la destination. La capacité hôtelière qui est, aujourd'hui, de 1.500, les autorités ne voulant pas développer un tourisme de masse n'envisagent pas de l'amener à plus de 3000 lits. C'est un patrimoine écologique fragile qu'il faut préserver. Faisant de Dakhla une capitale de l'écotourisme.
Malgré l'immense potentiel de la ville, les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. Quelques pionniers ont ouvert la voie. Comme ce Français détenteur de riads à Marrakech et à Fès, qui a ouvert la première maison d'hôtes de la ville. Soutenu par les autorités locales, il va bientôt lancer une résidence touristique. « Ce n'est pas facile de développer le tourisme dans cette région, reconnaît-il. Il n'y a pas de personnel formé, les contraintes administratives peuvent être assez lourdes et le caractère un peu exceptionnel de cette région en a effrayé plus d'un. »
Si les autorités n'ont pas lésiné sur les moyens, on ne peut que faire l'amer constat que l'initiative privée n'a pas décollé dans la région et l'État continue de maintenir la ville sous perfusion, parce que tout était à faire et que lui seul pouvait mettre en place les infrastructures de base nécessaires au développement. Mais aujourd'hui, force est de constater que celui-ci ne peut continuer à faire vivre des milliers de citoyens favorisant l'oisiveté, de la sorte. Aussi faut-il ne pas couper le cordon ombilical et tout mettre en œuvre pour attirer des investisseurs privés.
Cette politique d'assistanat, puisqu'il faut l'appeler par son nom, est visible partout. Dans un des quartiers les plus pauvres de la ville, où s'étalaient autrefois des bidonvilles, les habitants se sont vu distribuer du ciment et une somme d'argent pour construire eux-mêmes des maisons, dont la plupart ne sont pas encore peintes. Le nécessaire quotidien, l'armée vient le leur apporter sous forme de vivres financés par l'Etat. Les responsables de la ville le reconnaissent à demi-mot, il est temps de responsabiliser la population. « En même temps, rappelle le wali, il ne faut pas oublier que la société des provinces du Sud est en pleine mutation. On voit à peine émerger une classe moyenne, mieux formée, et qui développe une certaine culture de l'entreprise. Dans une ville qui n'a connu ses premiers licenciés que dans les années 90, il ne faut pas être trop impatient. ».

Ahmadou El-Katab
Jeudi 15 Juillet 2010

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