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D’Annapolis à Gaza




D’Annapolis à Gaza

Non sans malice politique, Ehud Olmert a déclaré récemment qu’il ne faudrait rien exclure pour pouvoir parvenir à la paix, sachant que dans cette partie du monde, on se trouve en terre des miracles. L’allusion vise certainement cet autre échec de la diplomatie américaine au Proche-Orient, celui de la promesse tenue à la Conférence d’Annapolis de faire aboutir fin 2008 le processus de négociations israélo-palestiniennes à la création de l’Etat palestinien. C’était en fait une gageure que de se fixer un tel objectif eu égard aux accrocs rencontrés principalement par les deux parties en négociations et aussi à celles impliquées : les USA, le Quartet et l’Egypte. Condoleezza Rice, lors de la dernière réunion du Quartet à Washington, y voit, quant à elle, un certain progrès dans ces négociations, même si à l’évidence on est bien loin du compte. Sans doute, toute promesse démentie par les faits conduit-elle inéluctablement à une situation précaire et même dramatique comme c’est le cas avec le blocus économique puis l’agression en cours contre Gaza.
Pourquoi arrive-t-on à parler de miracles au sujet de ces négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne lesquelles sont, somme toute, inscrites dans le prolongement des Accords d’Oslo conclus en 1993 ?
p Promesse sans lendemain
En réalité, l’Administration Bush ne donnait pas assez de crédit à sa propre promesse ; car désavouée dans sa guerre en Irak, elle tentait désespérément de redorer son blason en focalisant l’attention sur ce que les peuples de la région considèrent comme étant le nœud du conflit proche-oriental. Position contrastant avec le peu d’intérêt manifesté par cette Administration à ses débuts et même un peu au-delà à l’égard de ce conflit. La disparition en 2004 du leader Yasser Arafat, l’arrivée de Hamas au pouvoir fin 2006 grâce à des élections libres ou encore l’influence iranienne grandissante auprès des mouvements islamistes dans la région, étaient certes de nature à rendre la Maison Blanche plus attentive à tous ces signes du changement en cours ou prévisibles. Les négociations ont cependant traîné du fait des atermoiements israéliens à mettre à exécution ses engagements pris dans le cadre de la Feuille de route, ce qui avait rendu inopérants les récurrents déplacements de Rice auprès des deux parties. La secrétaire d’Etat, sans aller jusqu’à évoquer ce qu’Israël mettait comme obstacles dans les négociations, désignait Hamas à la vindicte publique avec même des griefs à l’endroit de Mahmoud Abbas, l’accusant de complicité avec le mouvement islamiste chaque fois qu’il essayait une entente avec celui-ci. Les conséquences en sont malheureusement les dissensions de plus en plus profondes entre Fath et Hamas et autogouvernement à Gaza avec, comme on le sait, siège et blocus de la population palestinienne de ce territoire.
Que peut, donc, le Président élu Obama, pour débloquer la situation et aller sérieusement de l’avant dans les négociations en question ? Pour cela, il lui faudra rompre avec la pratique de l’usage politicien fait par l’Administration sortante de ce conflit à d’autres fins déclarées ou inavouées. Le Quartet, malgré son appel à la tenue d’une conférence internationale sur le conflit proche-oriental et ses efforts sur le plan économique en faveur des territoires palestiniens, aura à gagner en se démarquant des positions calquées sur celles d’Israël et des Etats-Unis hostiles à la résistance contre l’occupation et le siège visant la punition collective. Son envoyé dans la région, l’ex-premier ministre britannique Tony Blair, a reconnu l’existence de difficultés insurmontables dans les négociations entre l’Autorité palestinienne et Israël.
p Le jeu d’inclusion-exclusion
Il ne serait donc pas exagéré de dire qu’Israël exploite à fond les négociations pour que les dissensions inter-palestiniennes s’aggravent au point de briser l’unité nationale de ce peuple dont la spoliation des droits et la souffrance durent depuis le milieu du siècle passé. En fait, l’échec de l’application de l’Accord de La Mecque ayant rapidement mis un terme au gouvernement Hania bis et des tentatives de l’amorce sous l’égide du Caire du dialogue entre les factions palestiniennes, notamment entre Fath et Hamas, a durement secoué cette unité nationale que chacun de ces deux protagonistes juge de son propre point de vue ou agenda. Si bien que ni les négociations ni la résistance ne peuvent comme choix s’exclure l’un l’autre, d’autant que les premières traînent jusqu’ici et la seconde se laisse appréhender comme choix absolu ou sans perspective politique. Sans conteste, l’unité nationale pâtit de cette dislocation des rangs qu’attisent de surcroît  les ingérences de certaines puissances régionales et les dissensions arabes. Le différend sur la stratégie de la lutte nationale, ses étapes ou moyens est tel aujourd’hui qu’il serait bien difficile pour le négociateur palestinien d’obtenir des acquis ou de tirer éventuellement profit des efforts déployés sur le plan international en rapport avec la proposition du Quartet appelant à la tenue d’une Conférence internationale sur le conflit. Les pertes ici sont forcément capitalisées par l’autre camp d’autant qu’en Israël la compétition électorale fait monter entre les protagonistes la surenchère contre Hamas qui culmine ces jours-ci par les raids destructeurs du Tsahal contre Gaza.
p Le prix de la désunion
L’unité espérée des Palestiniens ne peut évidemment se faire et se renforcer sans le soutien sincère et actif des pays arabes. Lorsque ce soutien fait défaut comme c’est le cas aujourd’hui, les agressions sionistes s’intensifient et prennent plusieurs formes sous prétexte que la population victime est celle que ces agressions visent à défendre et non celle qui ne voit pas la fin de ses souffrances au quotidien depuis longtemps. Il n’y a pas de paix sans justice et le silence qui est, en l’occurrence, révélateur de faiblesse, n’a évidemment rien de sage. En toute logique, l’immobilisme ainsi vécu ravive les ressentiments des peuples arabes, fertilise le terreau de l’extrémisme et ruine les chances de la consolidation du front intérieur dans le monde arabe. Bien plus, des valeurs fondamentales inhérentes à l’existence de la communauté partagée: religion et nationalisme, se trouvent ainsi menacées et/ou compromises. Par conséquent, entre le bourreau et sa victime, il n’existe aucun juste milieu ou une quelconque compromission de la part de ceux censés défendre les droits du peuple palestinien comme étant la première cause des Arabes. Ainsi, le recul du rôle arabe tourne de plus en plus au profit essentiellement de l’Iran et depuis peu de la Turquie qui tente de jouer le médiateur que ce soit entre Syriens et Israéliens ou entre Fath et Hamas.
p La spéculation tous azimuts
Comment, dans ce contexte, ne pas croire du côté israélien aux miracles en parlant de possibilités de solutions au conflit proche-oriental? Puisque la communauté internationale ne s’est pas émue outre mesure devant le drame de la population de Gaza et qu’aucune pression n’est par conséquent exercée sur Israël, il est compréhensible que celui-ci, en faisant traîner les négociations, s’attend à ce que ces miracles se produisent suite aux divisions dans le camp arabe, en ce sens qu’elles amènent des concessions et affaiblissent l’esprit de résistance. Hamas n’est pas le problème du peuple palestinien comme tente Israël de le faire croire abusivement à la communauté internationale, car même feu Arafat fut présenté ainsi et mis en quarantaine après son refus en 2000  des propositions faites par Bill Clinton et Ehud Barak à Charm Cheikh. Ce mouvement, dont le tort est de s’être vite érigé en une autorité bis sur une  partie des territoires, s’est taillé une popularité sur la base de son rejet des Accords d’Oslo, donc comme résistance et non comme projet islamiste de société. Cette confusion de l’idéal et du réel sert d’alibi surtout à Israël de présenter Hamas sous les traits du «terrorisme » pour lui nier le fait d’être une résistance à l’occupation. Si des puissances peuvent s’aligner sur cette position israélienne, pourquoi alors n’osent-elles pas, quand il s’agit de négociations avec l’Autorité palestinienne, dénoncer les tergiversations israéliennes qui rendent davantage malaisée la position de Mahmoud Abbas ?!  
D’Annapolis à Gaza, le processus ne diffère guère de ceux d’avant ; de Camp David II à Charm Cheikh : promesse, négociation, siège puis agression. Ce qu’Israël et ses acolytes ne parviennent pas à obtenir par la politique, ils essaient de l’avoir par la force, en tentant vainement de briser la volonté de résistance de tout un peuple. Résistance qui gagnera encore plus avec la reprise du dialogue inter-palestinien et la refondation de l’unité nationale.

Par Mustapha BENGADA
Mercredi 7 Janvier 2009

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