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Croissance indienne : attention aux fantasmes !




Croissance indienne : attention aux fantasmes !
Le Premier ministre indien Manmohan Singh a exprimé son souhait que l'Inde atteigne un taux de croissance annuel du PIB de 10% très bientôt. Puisque le pays a connu une moyenne de 8,5% sur la période 2003-2008, il pense que les 10% sont tout à fait réalisables.
Détrompez-vous. Compte tenu de la stagnation économique mondiale et le manque de réformes intérieures, l'Inde ne peut pas atteindre une moyenne de croissance supérieure à 8% au cours des cinq prochaines années. Certes, le pays présente de nombreux avantages - les compétences économiques, des possibilités de rattrapage et une démographie appropriée (la part en âge de travailler de la population est en augmentation). Mais face à cela des inconvénients doivent pris en compte, comme une forte inflation, une corruption croissante et des services publics déplorables.
Le plus grand amortisseur n'est pas local mais global. Le leverage financier record et les déséquilibres mondiaux ont créé un boom sans précédent entre 2004 et 2008, et une marée mondiale géante a emporté par la suite tous les bateaux. L’Afrique sub-saharienne a plus que doublé son taux de croissance passant de 2,4% au cours des deux décennies précédentes à 6%. Voilà qui met la performance de l'Inde en perspective. Oui, son taux de croissance s’est amélioré, mais pas autant que l'Afrique.
La Grande Récession est terminée, mais le monde ne reviendra pas à un boom financé par leverage. L'Europe se dirige vers des années de croissance molle ou de stagnation, et la reprise américaine est hésitante. Et l'Inde est plus intégrée à l'économie mondiale que jamais.
Les exportations, y compris les exportations de services, sont passées de 7,2% à plus de 20% du PIB en 1990. Les logiciels et les exportations de services commerciaux ont crû à un rythme annuel de 40% durant le boom de 2004-2008, tandis que les exportations de marchandises ont crû de 20% à 30% par an, parfois deux fois plus vite que le PIB nominal. D'où la croissance des exportations a tiré vers le haut la croissance du PIB. Cela n'arrivera pas dans la même mesure, si encore cela arrivait, dans les années à venir, étant donné que les perspectives du commerce mondial sont plutôt sombres.
La reprise après la récession stimulera les exportations cette année, mais les perspectives à plus long terme sont moins prometteuses. Les exportations de logiciels et de services aux entreprises ont ralenti à 5% l'an dernier, et ne devraient croître que de 13% à 15% en 2010-11.
Les économistes du gouvernement surestiment la mesure dans laquelle la croissance de l'Inde peut accélérer si la croissance des exportations ralentit. Une raison importante de leur optimisme réside dans le fait que le taux d'épargne de l'Inde a grimpé à environ 35% ces dernières années, contre 23% dans les années 1990. En ajoutant à cette épargne des flux modestes de capitaux de l'étranger, l'Inde peut investir 40% du PIB par an. En supposant un ratio capital / production de l'investissement de quatre à un - qui a été réalisé durant la période de boom - 40% d’investissement se traduiraient par une croissance de la production de 10%.
Ce calcul est précis, plausible mais faux. L'augmentation des investissements ne garantit pas une production plus élevée. L'Union soviétique s'est effondrée lorsque la production a refusé de croître avec des investissements plus élevés. Même les tigres de l'Asie ont subi des rendements décroissants alors qu'ils investissaient toujours plus. Dans toute l'histoire, seule la Chine a soutenu la croissance de 10% sur une période de plusieurs décennies.
Les réformes indiennes pour améliorer la productivité pourraient être de nouvelles sources de croissance. Mais le gouvernement se concentre sur les dépenses sociales, telles que la subvention des denrées alimentaires et les programmes d'emploi rural, plutôt que sur des réformes économiques et administratives. L'Inde se trouve à une pathétique 133ème place sur 183 pays en termes de facilité de faire des affaires, selon le rapport de la Banque mondiale Doing Business 2010. Elle est 169ème en termes de facilité à démarrer une entreprise, 175ème pour l’octroi des permis de construire et 182ème dans l'exécution des contrats. Les délais en justice sont catastrophiques: Il a fallu 25 ans pour traiter l’affaire prétendument prioritaire des responsables d’Union Carbide dans la catastrophe de Bhopal de 1984.
Transparency International classe l'Inde à une modeste 84ème place dans son Index de perception de la corruption. La qualité des services publics, en particulier l'éducation et la santé, est très basse : l'Inde se classe 134ème dans l'indice de développement humain du PNUD.
La privatisation reste un vilain mot. Le gouvernement refuse de réformer les réglementations du travail qui rendent impossible le licenciement des employés, ce qui décourage les entreprises indiennes de défier la Chine et le Vietnam dans les secteurs à forte main-d'œuvre. En conséquence, le Bangladesh a dépassé l'Inde dans les exportations de vêtements. Les réformes du secteur financier restent de côté. Le contrôle des prix sur les produits pétroliers ont été partiellement atténuées mais si les prix mondiaux venaient à flamber, le contrôle des prix serait presque certainement de retour.
Malgré ces carences, l'Inde a connu en moyenne 8,5% de croissance durant les cinq années avant la récession, et a même atteint 6,7% en 2008-09, la pire année de récession. Elle a progressé à 7,4% en 2009-10, et pourrait dépasser 8% cette année. Les optimistes peuvent sembler fondés à soutenir que l'Inde fera mieux dans les prochaines années.
Et pourtant… L'inflation est exceptionnellement élevée et la roupie s'apprécie. L'inflation des prix de gros est aujourd'hui de 10% et l'inflation des prix à la consommation de 14%. Des taux d'intérêt plus élevés pour refroidir l'inflation sont inévitables, et la croissance en patira.
Après une récession, l'économie mondiale se rétablit généralement fortement, et croît ensuite à un rythme plus serein. Ainsi, l'Inde avec 8% à 8,5% de croissance cette année reflète peut-être la phase de forte reprise, qui sera suivie d'un rythme plus calme. L’objectif de 10% de croissance de M. Singh serait possible si son gouvernement mettait sérieusement en place les réformes économiques et administratives. Cela reste un gros si.

Analyste au Cato Institute à Washington DC.*

Par Swaminathan S. Anklesaria Aiyar *
Jeudi 22 Juillet 2010

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