Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Crise égyptienne : L’armée prise entre ses promesses de réforme et ses intérêts




Ses chars avaient été applaudis par la foule des militants pro-démocratie lors de la révolte de janvier. Mais aujourd’hui, l’armée égyptienne entend aussi préserver ses intérêts et conserver une partie au moins de sa longue influence sur la vie du pays, estiment des analystes.
Alors que l’Egypte est appelée à voter lundi pour les premières législatives depuis la chute de Hosni Moubarak, le pouvoir militaire est la cible de vives attaques l’accusant de perpétuer dans les faits le régime du président déchu, dont l’armée était un pilier, et de renier ses promesses de changement.
 «L’armée donne le sentiment d’agir comme si le renversement de Hosni Moubarak n’était qu’un coup d’Etat et pas une révolution» , estime Névine Mossaad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.
 «Elle voudrait continuer comme si rien ne s’était passé mais elle a déjà dû céder sur beaucoup de choses» sous la pression des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak ou de la puissante confrérie des Frères musulmans, ajoute-t-elle.
Aujourd’hui, son objectif pourrait être de transférer le pouvoir aux civils comme promis après l’élection d’un nouveau président mi-2012, mais dans des conditions lui garantissant de préserver ses intérêts et de ne pas faire les frais du changement, estime-t-elle.  «Je ne pense pas que l’armée veuille rester indéfiniment au pouvoir mais elle cherche à s’assurer qu’une fois qu’elle partira un scénario à la Moubarak ne se reproduira pas», affirme-t-elle, faisant allusion à l’ancien général devenu chef d’Etat, aujourd’hui traduit en justice.
La présentation récente d’un projet de principes constitutionnels, très décrié dans la classe politique, a relancé l’hypothèse que le retrait effectif des militaires du pouvoir soit conditionné au maintien de privilèges et d’immunités.
Le document prévoit notamment d’exempter d’examen parlementaire le budget de la Défense —comme du temps de M. Moubarak— et donnerait à l’armée le dernier mot sur toute législation la concernant.
L’institution donne aussi le sentiment de faire face à la contestation en se prévalant de l’appui d’une majorité silencieuse dans un pays conservateur où le prestige de l’uniforme reste élevé, même si la hiérarchie militaire est contestée.
Mais selon un sondage réalisé par l’Université américaine du Maryland, 43% des Egyptiens pensent que leur armée  «travaille à ralentir où à remettre en cause»  les acquis de la  «révolution». Seuls 21% pensent que les militaires défendent ces évolutions et 14% jugent que l’armée est neutre.
 «L’institution militaire a toujours joué un rôle important dans la construction de l’Egypte moderne», mais désormais  «l’un des principaux défis de la transition démocratique est qu’elle retrouve sa juste place», qui est la défense du pays, a estimé le politologue Amr el-Chobaki lors d’un colloque à l’Université américaine du Caire. L’armée égyptienne a donné au pays tous ses présidents depuis le renversement de la monarchie en 1952: Mohamed Naguib, Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak. Son plus haut gradé, le maréchal Hussein Tantaoui, assure aujourd’hui de facto la fonction de chef de l’Etat.
Des câbles diplomatiques américains révélés par Wikileaks décrivent une institution obnubilée par la stabilité de l’Egypte qu’elle estime incarner et très accaparée par ses énormes intérêts économiques dans toutes sortes de domaines, de l’immobilier aux produits alimentaires.
 «L’armée reste une force politique et économique puissante» qui  «aide à garantir la stabilité du régime», estimait la diplomatie américaine dans un câble datant de 2010.

AFP
Jeudi 24 Novembre 2011

Lu 81 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs