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Crimée et Palestine, double standard ou politique des deux poids deux mesures




Crimée et Palestine, double standard ou politique des deux poids deux mesures
Balkanisation de l’Ukraine ou «Poutinisation» de la Crimée ? S’offusquer contre l’annexion de la Crimée, et oublier l’annexion des territoires palestiniens : double standard ou deux poids, deux  mesures ? Poutine annexe la Crimée, les démocraties américaines et européennes s’offusquent !  Les belles âmes manifestent vigoureusement contre l’«annexion» de la Crimée par la Russie et certains osent même la comparer, je cite, à «l’Anschluss de l’Autriche par les Nazis en 1938 ».
Soit, Poutine justifie cette annexion sur la base de la doctrine exposée par Vladislav Sourkov, Bureau de la présidence russe, et interprétée dans la pièce de théâtre «Femme non rééducable »: «Les ennemis de l’Etat se divisent en deux catégories : ceux que l’on peut ramener à la raison et les incorrigibles. Avec ces derniers, il n’est pas possible de dialoguer, ce qui les rend non rééducables. Il est nécessaire que l’Etat s’emploie à éradiquer de son territoire ces sujets non rééducables».  
L’Ukraine n’est plus rééducable à ses yeux et, donc, il annexe un territoire par le biais d’un subterfuge de référendum.  Certes les peuples ont droit de disposer d’eux-mêmes mais on assiste à un cas d’usage spécifique, que je traduirais en paraphrasant un grand joueur de football Gary Lineker au sujet de l’Allemagne conquérante dans ce sport : «La géostratégie se joue avec pays face à pays et à la fin c’est Poutine qui décide». C’est ce qui s’est passé. C’est Poutine qui décide d’annexer la Crimée, d’isoler l’Ukraine, après avoir massacré les Tchétchènes... Et pendant ce temps-là, Israël continue à occuper des territoires palestiniens, par vagues d’annexions successives, l’Europe ne pipe pas mot?  L’occupation ? Quelle occupation ? Selon le droit international, le contrôle israélien de la Cisjordanie et de Gaza est considéré comme une «occupation belligérante».
 Israël doit alors choisir entre rendre la terre aux Palestiniens et évacuer les colons, ou violer le droit international en annexant les territoires comme il l’a déjà fait pour Jérusalem-Est, et en instaurant le «Grand Israël» sur l’ensemble des terres. Ces annexions posent aussi les problèmes aux Palestiniens sous occupation : Israël doit soit leur accorder la citoyenneté et s’attendre à voir émerger une majorité non juive dans le Grand Israël, ou leur refuser la citoyenneté et être considéré comme un Etat qui pratique l’apartheid, un statut infamant. D’ailleurs, c’est exactement le problème qui a poussé 40 leaders juifs des Etats-Unis à demander à Netanyahu de rejeter «les entourloupes légales» du rapport Levy qui, selon eux, menacent «l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique». 
 
Et les  territoires 
palestiniens ? 
Le gouvernement israélien veut annexer la vallée du Jourdain, peuplée de 60.000 Palestiniens. La zone ainsi annexée resterait donc partie de l’Etat d’Israël, même en cas d’accord de paix avec les Palestiniens, malgré la protestation de l’Autorité palestinienne et l’opposition de Tzipi Livni qui dirige l’équipe israélienne dans les négociations avec les Palestiniens. 
Le projet de loi présenté par une députée de l’aile droite du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahu, a été adopté par une commission ministérielle et doit encore être soumis à l’aval de la Knesset. Il s’agit d’annexer des colonies de peuplement situées dans la vallée du Jourdain. Le premier projet de ce genre depuis 1981, lorsqu’Israël a imposé son autorité sur le plateau du Golan pris à la Syrie, et l’annexion de Jérusalem-Est au lendemain de la guerre des Six Jours en 1967. 
Cette annexion a fait réagir même le très pro-israélien John Kerry qui déclare : « Ce projet de loi et ce vote en commission ministérielle n’ont pas pour but d’annexer une partie de la Cisjordanie, mais plutôt de protéger le statut de certains membres du Likoud face à l’extrême droite du parti au prix d’une atteinte à l’image du pays, de son isolement et de sa sécurité». Mais Israël ne s’arrête pas là avec la confirmation d’autres projets de construction de logements supplémentaires dans les colonies (le dernier est de 1400 logements). Sachant que la vallée du Jourdain, zone hautement stratégique, le long de la frontière avec la Jordanie, fait partie, selon les différents accords de paix, des territoires palestiniens et, à ce titre, elle est censée faire partie de l’Etat de Palestine et selon les Nations unies, 87% des terres sont déjà occupées par Israël et 37 colonies juives y sont installées. Une annexion rampante, titrait Danièle Kriegel (Le Point du 4 juin 2013), De quoi est-il le nom de cette annexion? Une « ukranisation», après les multitudes attaques en balkanisation de la Palestine et de la région par Israël avec l’aide de ses alliés américains et ses soutiens européens? La souveraineté des Etats? L’Europe s’inquiète de l’intégrité de l’Ukraine, l’Amérique met en garde la Russie. On parle de souveraineté des Etats.  
La souveraineté est basée entre autres sur la présomption de régularité des actes étatiques, ladite présomption confirmée notamment sentence arbitrale de 1957 dans l’affaire du lac Lanoux qui opposait la France à l’Espagne : «Il est un principe général de droit bien établi selon lequel la mauvaise foi ne se présume pas ». Or, où en sont les belles âmes offusquées par la quasi « annexion » de la Crimée par la Russie quand : la souveraineté de l’Irak, où les puissances coalisées ont exercé les  compétences de cette souveraineté à la place du peuple irakien,  la souveraineté de Palestine, où l’occupant israélien anormalement, tenu à approvisionner la population en vivres et en produits médicaux, à respecter les droits de l’Homme, des habitants, leur dignité, mène des politiques de blocus et de privation des ressources d’eau et d’approvisionnement ?  La souveraineté de la Libye, qui vit une la situation chaotique, après l’intervention franco-britannique. Son secteur pétrolier attise l’intérêt des grandes entreprises du secteur de l’énergie. Sa sécurisation risque-t-elle de donner lieu à une intervention militaire étrangère, comme le prédisent les grands journaux anglo-saxons ? La souveraineté de l’Afghanistan que réclament les Afghans, et que François Hollande en mai 2012, fraichement élu a évoqué en déclarant : «Le temps de la souveraineté de l’Afghanistan est venu», sans que des actes sincères et forts de la part des puissances occupantes ne soient montrés ? ... Ces souverainetés que les Etats de droit en Amérique et en Europe ont mises à mal par des invasions ou annexions successives... 
La souveraineté est au cœur du droit international. Elle n’implique en aucune manière que l’Etat puisse s’affranchir de ses règles.
 Au contraire, l’Etat n’exerce une souveraineté effective que s’il accepte d’être soumis directement, immédiatement, au droit international. L’exigence du respect du droit international par les Etats est une proposition première dans la mesure où elle garantit les autres corollaires de la souveraineté.
 Comme l’a affirmé la Cour internationale de Justice : «Entre Etats indépendants, le respect de la souveraineté territoriale est l’une des bases essentielles des rapports internationaux ». Double standard ou deux poids deux mesures ? Réclamer la souveraineté de l’Ukraine et contester l’annexion de la Crimée par la Russie honore les défenseurs des droits des Etats et des peuples dans leurs luttes pour leur souveraineté, ne devrait pas être utilisé au détriment d’un peuple qui attend, comme l’a déclaré François Hollande au sujet de l’Afghanistan. «Le temps d’un Etat palestinien souverain, sur la totalité des territoires est venu». Le droit international reste l’arme idoine dans une situation de résistance anticoloniale, qui justifie la lutte des Palestiniens sur le terrain. Le colonialisme est une violation grave des droits fondamentaux, contraire à l’article 1er de la Charte des Nations unies, et l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé des principes définitifs sur l’autodétermination des peuples dans le cadre du respect des frontières (d’ailleurs qu’Israël, le seul pays membre des Nations unies, qui n’en possède pas), et en faisant un lien indissociable avec le respect des ressources naturelles et de l’exploitation des sols. Tout transfert de population est un crime selon le droit international. Ainsi, les règles de droit sont parfaitement connues et elles sont entièrement au service de la décolonisation. Les Etats-Unis, avec l’énoncé des règles du double standard politique qu’ils imposent à travers le Conseil de sécurité, font des peuples colonisés, les seules victimes et en premier lieu les Palestiniens pour ne parler que d’eux. Ce double standard qui n’est plus ni moins un «deux poids deux mesures», est l’un des moyens privilégiés pour des entreprises qui profitent de la colonisation. 

Par Mohamed Bentahar
Mercredi 19 Mars 2014

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1.Posté par jawad le 19/03/2014 20:22
Ce qu'il ya de pire et de plus hypocrite c'est lorsqu'une diplomate amérocaine dis à l'ONU , pendant la crise en Crimée,que le droit de véto( de la Russie) ne peut pas cacher la vérité.

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