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Côte d’Ivoire : promouvoir les libertés pour instaurer une démocratie solide




En Côte d’ivoire, ces derniers mois, le combat pour  la démocratie a mobilisé toutes les  énergies. Dans l’entendement collectif, la démocratie sous-entendait le respect du choix  populaire sorti du scrutin du 28 novembre 2010. L’élection est certes une étape privilégiée  dans la vie d’une nation puisque c’est le seul moment où les dirigeants se retrouvent  directement face aux populations mais ce n’est en fait qu’un fragment du processus  démocratique. Il est important d’élargir notre vision car une démocratie qui se limiterait à  un simple bulletin dans l’urne pourrait s’avérer tyrannique. Une démocratie peut-elle  survivre si elle n’est enrichie de libertés et de systèmes de contrôle du pouvoir?
Selon le dictionnaire Larousse, la démocratie est un système politique, une forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. Pascal Salin, professeur  d’économie à l’université de Paris Dauphine, souligne, dans son livre Libéralisme, que ce  n’est qu’un mode de désignation possible des dirigeants et qu’elle n’est pas suffisante pour  défendre la liberté individuelle. Il poursuit en prévenant : « Si les libertés individuelles ne  sont pas instaurées, si la vie sociale n’est pas fondée sur un ordre juridique, les échecs futurs risquent d’ouvrir la voie à bien des aventures politiques » et «la démocratie peut devenir tyrannique». Une démocratie doit s’abreuver à la source de la liberté, sa véritable  substance, ou mourir.
Carlo Lottieri et Emmanuel Martin, d’Un Monde libre, en s’appuyant sur l’exemple  occidental, mettent en garde contre une démocratie vidée de sa substance dont l’illusion  reposant sur le simple vote, une façade, pourrait même endormir les défenseurs des droits de l’homme : « En se concentrant sur le protocole,  sur la « coquille », au détriment du  fond et de la substance, le modèle démocratique occidental s’est éloigné du peuple  justement. Malentendu tragique : il ne s’agit plus  de donner le pouvoir au peuple mais donner au pouvoir une justification populaire. D'ailleurs, les plus grandes dictatures ne s’appellent-elles pas des démocraties populaires ?  Si c’est ce modèle «creux» de démocratie qui est exporté, dans lequel on met en avant les mécanismes d’organisation et de justification du pouvoir plutôt que les mécanismes de limitation du pouvoir, il ne faut pas s’étonner de l’échec de ce transplant dans des sociétés pauvres».
Il est donc important de ne pas s’asseoir aujourd’hui en se disant que la Côte d’Ivoire est un pays démocratique parce qu’il y a eu des élections, aussi douloureuses aient-elles pu être. L’aventure ne fait que commencer et le combat pour la liberté sera exaltant. Les Ivoiriens s’engagent souvent avec passion dans le combat pour la souveraineté de leur pays face au reste du monde mais négligent totalement le combat pour leur propre souveraineté face à leur Etat. Sachant que les différents indices de la liberté économique montrent que les libertés sont en corrélation avec  le progrès et le recul de la pauvreté, l’enjeu est primordial. 
L’essor et la protection des droits de propriété, un cadre institutionnel favorable à l’entreprise privée, une monnaie saine, une diminution de la taille de l’Etat, une constitution qui limite les pouvoirs des dirigeants, sont autant d’objectifs pour lesquels il est sain de militer. La liberté d’expression doit également être cultivée car si la parole est muselée, le monolithisme de la pensée est le reflet du monolithisme politique et donc de la faiblesse et de l’instabilité. Pour être souverain, il faut être libre et une société libre est évidemment une société où le gouvernement respecte les droits individuels, où la liberté d’expression est respectée et préservée avec une presse libre, des partis d’opposition dynamiques. En effet, le contre-pouvoir qui repose sur la concurrence est le meilleur mode de contrôle social. Si l’on élimine les contre-pouvoirs et si les libertés individuelles ne sont pas respectées, la démocratie prend les allures d’une dictature légitime et le pillage y devient légal. La limitation du pouvoir doit donc rester au centre du mécanisme. Les pères fondateurs des Etats-Unis avaient en leur temps focalisé leur réflexion sur les droits à la vie, la liberté et la propriété. John Adams considérait que si la propriété n’était pas aussi sacrée que l’ordre de Dieu, si elle n’était pas protégée par une justice forte, on s’exposait à l’anarchie et la tyrannie. Les pères fondateurs ont insisté sur les dangers d’un gouvernement qui ne serait contrôlé que par des électeurs. Ils se sont attelés à mettre en place des contre-pouvoirs efficaces pour limiter l’action des gouvernements qui naturellement auraient tendance à étendre leur pouvoir.
A travers un taux de participation avoisinant les 80% aux deux tours des dernières élections, les ivoiriens ont montré un attachement fort à la démocratie. Cette volonté est un socle solide pour construire la substance d’une démocratie stable et consistante. Cette construction nécessitera à la fois la vigilance et  la surveillance des populations et la volonté de la nouvelle équipe dirigeante qui, à travers ses discours, témoignent de son attachement au processus. C’est un enjeu important de stabilité et de réconciliation durable car nous constatons que la Côte d’Ivoire souffre, depuis les indépendances, de son Etat omniprésent et centralisé, héritage du modèle  jacobin français, reposant sur une poignée d’hommes grisés par un pouvoir sans limite. La Côte d’Ivoire, qui souhaite devenir un exemple démocratique en Afrique, a toutes les cartes en mains pour le devenir si elle ose emprunter le chemin de la liberté. 

* (Juriste, directrice d’Audace Institut Afrique, Côte d’Ivoire)
Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Gisèle Dutheuil *
Mardi 31 Mai 2011

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