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Convention des musulmans de France pour le vivre-ensemble Métisser les consciences et combattre les dérives “djihadistes”




Convention des musulmans de France pour le vivre-ensemble Métisser les consciences et  combattre les dérives “djihadistes”
«Depuis presque un siècle, la réforme du monde musulman est à l’ordre du jour. Quels que soient les auteurs ou leurs tendances, tous sont d’accord à reconnaître qu’il y a crise, et ce, parce que la pensée de l’islam se trouve ankylosée par la passion dogmatique», affirme Yadh Ben Achour, doyen de la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis.
La Convention des musulmans de France pour le vivre-ensemble prônée par Dalil Boubaker, recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), déclare comment il compte lutter contre l’embrigadement de jeunes musulmans dans le terrorisme international et le jihad : “Nous devrions publier une charte de 21 articles qui sera distribuée à toutes les mosquées de France.
Intitulée «Convention des musulmans de France pour le vivre ensemble», elle parle de la lutte contre toutes les formes d’incitation à la violence. Notre obsession est d’être attentif, préventif et de multiplier des rappels à l’ordre pour ne laisser aucune place à l’influence des prêcheurs de haine.
Il existe hélas en France une organisation structurée d’un islam politique, avec ses recruteurs, ses armes et des objectifs guerriers. C’est contre ce type d’infiltration insupportable que nous comptons lutter.” Les réactions obscurantistes qui communautarisent les musulmans n’ont pas tardé et sèment la discorde et la confusion par la référence à une lecture anihistorique du texte coranique. Ils citent le Coran, et interprètent les propos de Dalil Boubaker comme un appel à une interdiction du Coran dans lequel il est écrit :
«Dieu a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens pour leur donner le Paradis en échange. Ils combattent dans le chemin de Dieu : ils tuent et ils sont tués» (9, 111). «Ne faiblissez pas ! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts. Dieu est avec vous, il ne vous privera pas de la récompense due à vos œuvres» (47, 35). «Combattez [les incrédules] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que le culte de Dieu soit rétabli» (2, 193.). Que valent ces appels à la guerre quand le Coran prône la paix ? «Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre (Juifs et Chrétiens), sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites: «Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons» (Coran, Sourate 29, Al Ankabout, l’araignée, verset 29). Que valent-ils quand le Prophète dit encore. «Dieu a fait de la paix le salut de notre communauté et une garantie et protection aux non-musulmans qui vivent parmi nous» ? La charte est un outil philosophique et politique majeur dans un contexte où des jeunes se voient embrigadés pour des causes obscures.
C’est aussi une charte de l’intellectuel musulman, une charte humaniste pour que le musulman sache vivre dans une société plurielle, démocratique, dans laquelle le croyant doit accepter la citoyenneté de celui qui ne l’est pas.
Les partisans des textes guerriers s’excluent d’eux-mêmes de la vie publique et du vivre ensemble. En appelant à la guerre sainte, ils sortent des préceptes de l’appel à la Paix.
 
Retour à l’inspiration intellectuelle
 
Dans son appel à cette convention, le président du CFCM rappelle l’inspiration de cette charte, contre les discours de la haine et contre toutes les formes d’incitation à la violence, voulue comme vecteur de transformation de la pratique de l’islam et rail pour le vivre ensemble. Des penseurs musulmans célèbres ont contribué à alimenter ces éclairages par la fertilité de leurs travaux. Mohamed Arkoun nous éclaire dans ses travaux intellectuels lumineux, en proposant une méthode de re-situation de l’islam dans le contexte historique de la gestion démocratique d’une diversité culturelle grandissante amplifiée par la mondialisation. La crise du monde musulman est à scinder en deux facteurs : 
Matériel : retards accumulés dans les domaines économique, technologique, philosophique : retard notable accusé dans les domaines de la culture, l’art, le droit, la littérature et la théologie. L’élément intellectuel n’est pas du reste. Mohamed Arkoun a tenté de déterminer les mécanismes par lesquels s’est institué le savoir musulman et le rapport à la direction sociale. En d’autres termes, il a proposé de déconstruire la constitution classique liée à une alliance entre le pouvoir politique et le religieux en partant d’un constat de trois phases majeures : le constat de la crise, la déconstruction de la pensée religieuse orthodoxe dans ce qu’il appelle islamologie appliquée, et le retour à l’humanisme islamique du IVe siècle de l’Hégire et du Xe siècle de l’ère grégorienne. Une crise liée à une corrélation étroite entre régression des sociétés musulmanes et l’ascension de l’Europe, encouragée par l’institution des écoles théologiques via l’’achâarisme’ qui a favorisé la servilité intellectuelle, les disciples n’apportaient plus la contradiction à leurs maîtres. 
Pour ce qui est du thème de la déconstruction de la pensée religieuse, il élabore le principe de «libérer la pensée islamique de ses propres clôtures dogmatiques, soit une sorte d’insurrection contre les fondements mythiques. Ce n’est pas une démolition brutale mais une entrée méthodologique dans le processus discursif et culturel de la littérature de référence. 
 
La relecture du Coran : la ikraha fi dine
 
La différenciation entre le fait coranique et le fait islamique devrait constituer le fondement de la place du package islamique dans un contexte de laïcité, en d’autres termes entre le texte et les interprétations. Le message ouvert du texte coranique a été clos par ses interprètes. Mohamed Arkoun «prônait une relecture du Coran car la lecture faite par les fouqaha et moufassirine est orientée. Et pour relire le Coran, il parle de langage de structure mythique. Les interprètes en arabe du mot ‘mythique’ lui ont fait un procès en l’accusant d’hérésie. Le discours coranique laisse des options ouvertes en raison de son langage de structure mythique, autrement dit le Coran est ouvert et que les fouqaha en ont fait un message fermé», La structure mythique du langage utilisé est solidaire avec la société dans laquelle elle est dite. Relire le Coran, c’est cesser cette lecture figée du Coran et transformer un code de valeur en code juridique. «Ce que dénonce Arkoun, c’est que la pensée théologique est contraire à l’esprit philosophique, qui est à l’origine de la modernité». Les inspirateurs de cette pensée qui positionne l’islam face à l’exigence du vivre ensemble en tant que croyance minoritaire, ont de la même façon appelé au militantisme pour que les musulmans sortent de cette pyramide d’idées toutes faites : «Militer pour la liberté de la pensée et remettre en cause toute cette conscience mythique dans l’institution de l’Islam. Un militantisme qui est pour ‘la ikraha fi dine’ (la foi est libre). La renaissance de l’islam devrait passer aussi par son humanisme.
 
Retour sur la charte
 
«La montée du djihad en France est une incongruité inouïe qui mène à des actions monstrueuses et contraires à toutes nos valeurs», déclare Dalil Boubaker. Il appelle ainsi à porter une attention toute particulière sur les enfants d’Européens qui se rendent dans les mosquées pour demander une conversion rapide. Car ces jeunes sont impatients d’entreprendre des actions pour défendre l’islam et combattre les ennemis de l’islam. C’est certain, ces jeunes ciblés par cette déclaration surprenante restent minoritaires. Le nombre de musulmans nés sur notre territoire est bien supérieur aux 4000 conversions qui ont lieu chaque année, et surtout quand on sait que sur cinq aspirants candidats au djihad, un seul est un converti. Pourquoi alors ne pas porter un regard équitable sur ces deux catégories? Il aurait été également instructif que M. Boubaker nous explique pourquoi les Européens nouvellement convertis plongent directement dans le djihad. Mais pour nous rassurer, le recteur de la Grande mosquée a décidé de prendre le problème à bras-le-corps : une charte de 21 articles. La «Convention des musulmans de France pour le vivre ensemble» sera distribuée aux quelque 2000 mosquées pour ne laisser aucune place aux imams prêcheurs de haine. «Convention», «vivre ensemble» pour laquelle les prédicateurs ne seront pas forcément perméables. Quoi qu’il en soit, la tâche sera difficile, puisqu’elle cible une organisation structurée d’un islam politique importé, avec ses recruteurs, ses armes, et des objectifs guerriers.
De là à envisager le lien direct entre islam et violence terroriste, il n’y a qu’un pas si la pédagogie est frileuse ! La communauté musulmane devra donc s’engager à mener sur le terrain des actions préventives afin de débusquer les premiers symptômes de radicalisation sur les fils d’Européens, dans l’espoir de couper le mal à la racine. Mais seront-elles efficaces devant une religion qualifiée par le même Boubaker, il y a trois ans, d’idéologie de lutte et d’agression? Cela dit, la prévention ne sera pas efficace sans des actions profondes d’endiguement par l’interconnaissance et par la justice sociale vis-à-vis de la «diversité». Il faut endiguer les embrigadements par l’interconnaissance pour faire reculer l’ignorance et favoriser le rejet des obscurantismes dans les cités. Dans son 5ème principe du dialogue interreligieux au niveau local, le Conseil de l’Europe propose : «Les autorités locales doivent déterminer des moments privilégiés aptes à favoriser l’interconnaissance et la rencontre des personnes en tant que personnes, et à réduire le sentiment de méfiance, voire de peur. Ces événements permettront de passer de l’ignorance à la connaissance, de la connaissance à la compréhension et de la compréhension à la confiance».

Les 12 principes du dialogue interreligieux au niveau local

Les jeunes se voient embrigadés par des prêcheurs de la haine et des usurpateurs endoctrinaires, et le sont aussi par leurs situations
sociales. Ils sont exclus parfois du système scolaire, sans perspectives de travail et vivant la stigmatisation et l’isolement de la vie de la cité. C’est dans le cadre ordinaire et quotidien de la conduite des politiques publiques locales (sociales, sportives, éducatives, urbanistiques, culturelles…), ainsi que dans celui de leurs relations avec les associations, que les autorités locales doivent concrétiser l’intérêt qu’elles portent à la diversité culturelle, religieuse et au dialogue interreligieux, qui représente ainsi une dimension transversale. Cette dimension doit imprégner et éclairer l’ensemble des secteurs d’activité et non pas constituer un domaine en soi. Dans une perspective d’écoute mutuelle, elle pourra donner lieu à la mise en œuvre de ce que les Canadiens appellent l’«accommodement raisonnable» : permettre la plus large expression des sentiments religieux à condition qu’elle n’entre pas en conflit avec d’autres droits fondamentaux.   Exclure, c’est donner la chair à canon aux «pseudo-djihadistes». Discriminer, c’est envoyer des jeunes vers des fronts d’obscurantistes. Stigmatiser, c’est susciter l’envie d’aller là où la promesse du Paradis prend corps. Ne pas revoir les inégalités, c’est affaiblir l’intégration de ces populations et les priver de leurs droits.   
 
Endiguer les embrigadements par la diversité et le dialogue
 
«La gestion démocratique d’une diversité culturelle grandissante en Europe ancrée dans l‘histoire de notre continent et amplifiée par la mondialisation est devenue, depuis quelques années, une priorité. Comment répondre à la diversité ? Quelle est notre vision de la société de demain ? S’agit-il d’une société où les individus vivront dans des communautés séparées, caractérisée au mieux par la coexistence de majorités et de minorités aux droits et responsabilités différenciés, vaguement reliées entre elles par l’ignorance mutuelle et les stéréotypes ? Ou, au contraire, nous représentons-nous une société dynamique et ouverte, exempte de toute discrimination et profitable à tous, qui privilégiera l’intégration de tous les individus dans le plein respect de leurs droits fondamentaux? Le Conseil de l’Europe croit que le respect et la promotion de la diversité culturelle sur la base des valeurs qui sont le fondement de l’organisation sont des conditions essentielles du développement de sociétés fondées sur la solidarité». Mot pour mot, le contenu du livre blanc sur le dialogue interculturel intitulé : «Vivre ensemble dans l’égale dignité».

Par Mohamed Bentahar
Lundi 19 Mai 2014

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