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Construisons des gouvernements ouverts au peuple




Construisons des gouvernements ouverts au peuple
Après les éclats du Printemps arabe, le fossé continue de se creuser entre les politiques et les gouvernés et de générer des révoltes incessantes indicatives d'une démocratie impolitique sans opinions. C'est le retour critique du Printemps arabe. La militance politique et partisane est en régression car les élites ne représentent plus la base, alors que la militance de la rue et l'influence des mouvements sociaux se développent sur des bases concrètes et revendicatives, sans être réintégrées dans les nouveaux processus démocratiques inclusifs.

Ces mouvements qui
incarnent une idée des droits universels…
Même si chacun s'accorde sur le fait que les partis ne sont pas vraiment en phase, les élites politiques en place se contentent d'un esprit gestionnaire, défensif du pouvoir, sans passion démocratique. Elles sont dépassées par les nouveaux défis du Printemps arabe, l'affirmation des droits fondamentaux universels. Les gens ne se battent plus pour une personne providentielle, ne se font pas tuer pour une procédure de séparation de pouvoir, mais pour une idée, pour acquérir des droits et des libertés. En trois ans, le Printemps arabe a révélé au-delà des frontières, une idée de l'universel concrètement vécu, et donc une démocratie imparfaite.
Les sociétés du Printemps arabe qui bougent refusent de se définir par le religieux et par le politique qui s'apparentent à des outils de domination et d'allégeance. Aujourd'hui, les révoltes récusent aussi bien la domination des élites l'ingérence des imams. C'est difficile à entendre pour les islamistes et la science politique obsédés par les représentations et les particularismes. Dans tous les domaines, l'innovation est autorisée sauf dans celui de la démocratie. Mais c'est comme ça! L'éthique et les droits universels sont le nouvel horizon du vivre ensemble et de l'action collective. Les Printemps arabes libèrent les individus des allégeances, et l'esprit démocratique sous la forme de mouvements sociopolitiques, car la démocratie, ce n'est pas seulement des procédures et des institutions comme l'ont cru les islamistes et l'Occident. L'expérience en cours le prouve: elle a montré la force des résistants, des révoltes de tous les gens qui font l'expérience de l'action volontaire et collective. Et c'est la raison pour laquelle, sur ce front de démocratie active, la société civile et les mouvements sociaux sont les acteurs principaux des processus démocratiques. Parce qu'ils ont fait le Printemps arabe, et qu’ils ont été privés de droits et de participation, ils se sont montrés les plus attachés aux valeurs universelles et aux droits humains. Ils sont les principaux acteurs de la reconstruction d'une expérience politique vécue qui est la capacité d'agir ensemble avec le peuple. La démocratie ne sera plus liée à une élite partisane; elle sera plus profondément ouverte, universaliste et participative. Plus généralement, cela pose la question de l’attitude des élites politiques qui peinent à placer ces questions au cœur du débat politique. La focalisation sur l’opposition entre « islamistes » et « politiques démocrates » tend à accorder la priorité à des enjeux sociétaux ou relatifs à la conquête du pouvoir, en minimisant l’importance des mouvements démocratiques devant la pluralisation du politique et l'apparition de nouveaux modes de gouvernement. Que pouvons-nous faire, sinon expérimenter ce que la société demande à essayer ? Continuer à considérer ses revendications d'implication comme illégitime. Cela s’appelle l’ingouvernabilité.

La gouvernance ouverte
Les révoltes du Printemps arabe sous-tendent le désir d'être acteur du changement. Sur le front de la démocratie active, elles posent fondamentalement la question d'une élite ouverte au peuple, la fin d'une certaine façon de concevoir et de pratiquer le politique. Les transformations en cours ébauchent une nouvelle figure de la militance politique qui incarne une éthique et une balance à la faiblesse des partis; et qu'il conviendrait de normaliser, c'est-à-dire d'intégrer dans une logique démocratique.
Non loin du Printemps arabe, cette démocratie active s'est frayé son chemin en Europe (Suisse, Pologne), et a pu à sa manière non révolutionnaire, instaurer une gouvernance ouverte au peuple, comme contrepoids à la faiblesse d'une opposition politique. En ce moment, les Belges expérimentent des solutions comme l'Action populaire issue des actions populaires du droit romain : les citoyens peuvent faire valoir leurs intérêts, non pas personnels, mais ceux de la communauté. Ce modèle d'implication citoyen est vivement discuté pour l'instant dans les länders d'Allemagne et même au niveau de la Fédération elle-même. La visée est non pas de contourner l'élite politique mais d'assurer une action collective plus éclairée et surtout qui mène vers une cohésion nationale et une inclusivité politique plus importante.
Le Printemps arabe fonde désormais ces mouvements sociaux comme une médiation de conflits et de cohésion nationale face aux abandons du politique. Car il n'y a pas de concomitance convaincante entre l'élitisme démocratique et l'intérêt général. Les mouvements se sont distingués en corps social politisé, habilité à faire des choix raisonnés et éthiques qui, parce que rationnellement élaboré et révisé par rapport à leur environnement vécu, se substituent à ce qui est perçu comme extrémisme et intérêts privés (théorie de Justice, J. Rawls). Les citoyens peuvent faire valoir leurs intérêts, non pas personnels, mais ceux de la communauté. Aujourd'hui, il ne peut plus se faire de choix de société qui ne tienne compte de cette donne, à savoir de la volonté d'être non seulement reconnu dans sa personne humaine, mais intégré dans les choix décisionnels. Ainsi poser la question de gouvernance ouverte, c'est poser celle de la repolitisation de la démocratie.

L'éthique et l'inclusivité
Au-delà de l'élitisme libéral, les démocraties du Printemps arabe ont besoin d'un pluri-acteur, d'une large base de personnes motivées et pour lesquelles la mobilisation autour de l'intérêt général a un sens. Les pays du Printemps arabe manquent d'élites intermédiaires issues d'un corps social politisé et citoyen, lesquelles décodent les demandes sociales et qui soient une courroie de transmission entre les élites supérieures et le peuple. Actuellement, les associations, et les mouvements sociaux forment un vrai levier pour l'émergence d'un leadership politique de substitution qui défende de vraies valeurs de droits et permette de réactiver le politique.

*Chercheur, conseiller ONG

Par Ayad. Zarouali,*
Mardi 17 Décembre 2013

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