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Conflit du Proche-Orient : La spirale des contradictions




Conflit du Proche-Orient : La spirale des contradictions
Au Proche-Orient, la situation politique, notamment pour ce qui est du  vieux conflit israélo-palestinien, s’annonce encore plus compliquée qu’elle ne l’était jusqu’ici. L’arrivée au pouvoir à Tel-Aviv du Likoud et de ses alliés d’extrême droite ainsi que des Travaillistes menés par Ehud Barak, est de nature à faire traîner les négociations avec les Palestiniens. Tout le monde est dans l’expectative, à commencer évidemment par les Palestiniens engagés depuis 1993 dans le processus de paix. La Maison Blanche, à l’orée d’une nouvelle ère avec Barack Obama, attend de son côté l’évolution de la situation en Israël, car l’exemple donné par Menahem Beguin en termes de revirement sur les positions initialement adoptées face au conflit avec les Arabes, passe pour être édifiant quant à l’attitude à adopter à l’endroit du  prochain chef du Cabinet, Benyamin Netanyahu. Autrement, on préfère attendre de voir des actes et se fier peu aux déclarations.
L’engouement de la société israélienne pour la droite provoque en effet cet attentisme et même au-delà. D’ores et déjà, les réactions surtout dans le camp arabe dénotent des divergences assez profondes. Cela va du pari sur une éventuelle apparition entre Washington et le Cabinet Netanyahu de contradictions plus que jamais obstructives du processus de paix, à l’appel pour l’enterrement définitif des Accords d’Oslo en passant évidemment par le retrait du plan arabe de paix dont il était question tout récemment en réaction à la guerre contre Gaza et réitérée à la vielle du dernier Sommet arabe tenu à Doha. 
o Le pari sur les
contradictions  
De nouvelles contradictions de positions s’ajoutent à celles devenues désormais plus classiques. En fait, la droite israélienne rejette l’idée d’un Etat palestinien ainsi que la restitution du Golan à la Syrie et vient même d’afficher par la bouche d’Avigdor Liberman de ses intentions de ne pas respecter les recommandations de la Conférence d’Annapolis. Ses alliances avec les Travaillistes semblent tenir davantage d’un accord secret portant sur des priorités: lutte contre Hamas à Gaza, création d’une nouvelle zone–tampon entre Al Qods et la Cisjordanie et, enfin, lutte contre le programme nucléaire iranien. L’option syrienne du Cabinet israélien proclamant une prétendue recherche de paix servirait à vrai dire de paravent à son désengagement partiel ou sélectif par rapport aux accords passés et aux négociations avec l’Autorité nationale palestinienne. Il suffit d’interpréter le  discours de Netanyahu devant le Knesset lors de l’investiture du nouveau gouvernement. Pour lui, l’existence d’Israël est aujourd’hui une chance à ne pas rater, allusion à l’histoire ancienne des Hébreux, et les efforts de paix doivent être menés sur trois axes: économique, politique et sécuritaire. Il est ainsi fait, par l’option économique, un clin d’œil au vœu exprimé par l’actuel chef de l’Etat Shimon Pérès. Celui-ci n’omet toutefois pas de rappeler qu’il faut préserver les chances du processus de négociations avec les Palestiniens. Et quel frein à une probable dérive opposera à Netanyahu un Ehud Barak qui s’est targué d’obtenir de son parti un appui à hauteur de 57% des voix en faveur de la participation à l’actuel Cabinet tout en déclarant qu’il entendra jouer le contrepoids face à l’extrême droite, son allié au gouvernement?
De son côté, Washington donne à présent des signes positifs de sa volonté à rééquilibrer sa politique proche-orientale, tout en restant cependant fidèle à son alliance stratégique avec l’Etat hébreu. L’option de deux Etats vivant en paix et en démocratie constitue pour la nouvelle Administration ainsi que pour le Quartet une pierre angulaire du processus actuel de négociations israélo-palestiniennes. D’ailleurs, Obama vient de le confirmer juste lors de l’entrée en fonction du Cabinet Netanyahu. C’est dire que cette réaffirmation ira de pair avec ses vœux de détente que la Maison Blanche désire partager avec le monde arabe et islamique à travers le retrait programmé de ses troupes de l’Irak, le réchauffement de ses relations avec Téhéran de même que la consolidation de ses liens avec Damas comme l’attestent les récents déplacements de hautes personnalités politiques, proches de la Maison Blanche. 
  Entre les deux alliés, Washington et Tel-Aviv, l’hostilité à Hamas et à son emprise sur Gaza reste pour le moment leur point de convergence alors que des élus européens, avec à leur tête l’ancienne ministre britannique Claire Short, ont récemment amorcé le dialogue avec Khalid Mach’al et les autres leaders de Hamas. Mieux encore, l’impression laissée sur ces élus par ce premier contact augure du processus de réhabilitation du mouvement islamiste palestinien au niveau international. Faudrait-il donc s’attendre, après la visite placée sous le signe humanitaire de Jean Curry à Gaza, à ce que George John Mitchell, l’envoyé spécial d’Obama au Proche-Orient, franchisse, lui aussi, un jour proche le pas vers une ouverture sur Hamas à même de couper l’herbe sous les pieds d’un Liberman? L’impertinence de ce dernier est telle qu’elle devrait tout bonnement conduire toute puissance se disant démocratique à boycotter cette personne comme l’ont fait les responsables européens lors de l’accès au pouvoir, il y a une décade, du leader de l’extrême droite autrichienne. C’est bien lui qui a déclaré qu’il lâcherait une bombe atomique sur Gaza et frapperait le barrage d’Assouan en Egypte.
Ceci étant, il est d’intérêt de souligner à ce propos combien Washington s’embarrasse peu de se voir en contradiction, en se déclarant d’un côté respectueux du choix fait par les Israéliens d’un gouvernement comptant en son sein un tel personnage et, d’un autre côté, à voir en Hamas un mouvement terroriste lui déniant toute qualité de représentant dûment élu par le peuple palestinien !
Des contradictions de positions, il en existe aussi parmi les Palestiniens, comme nous le savons depuis longtemps. Les rounds de négociations au Caire entre principalement Hamas et Fath n’ont jusqu’ici rien donné de tangible quant à leur réconciliation même après l’épreuve de Gaza et les espoirs exprimés ardemment par les masses palestiniennes et arabes à la voir se réaliser assez rapidement. Ainsi, des cinq commissions constituées comme cadre de dialogue interpalestinien au Caire,  seule la commission chargée du volet « Elections » législatives et présidentielles a pu parvenir à un accord fixant l’échéancier pour l’année prochaine. Les questions de libération des détenus, de trêve avec Israël et de libération de Gilat Shalit ainsi que de l’unification des organes de sécurité, du programme du futur gouvernement d’union nationale et de la refondation de l’OLP, ne semblent pas avoir enregistré de réelles  avancées. De plus, Israël persiste à faire pression sur le problème des passages de et à Gaza comme au sujet du projet de sa reconstruction décidé lors de la conférence de Charm El Cheikh. Tel-Aviv n’entend pas moins voir Hamas tenu à l’écart de ce projet par les donateurs et les bailleurs de fonds. Mais l’évolution des évènements pourrait bien aller à l’encontre de la volonté d’Israël.
Il est  regrettable que la guerre des mots entre les protagonistes palestiniens continue lamentablement d’alimenter par intermittence leurs chamailleries  ne faisant en réalité que retarder l’heure du consensus sur les priorités nationales et torpiller aussi les efforts déployés ici ou là par la Turquie et des pays arabes en vue de leur concorde.
o L’improbable retrait
de l’offre arabe de paix
Les contradictions entre les organisations palestiniennes tiennent évidemment de celles que l’on voit se développer chaque jour entre les pays arabes et avec leurs voisins. L’Iran dont la montée en puissance passe pour être plus redoutée que celle d’Israël par certains pays arabes, n’est pas moins suspecté de se servir de Hamas comme déjà du Hezbollah et des factions chi’ites en Irak. L’extension de son influence politique et même confessionnelle, dit-on, dans le monde arabe suscite l’ire tant  des hommes politiques que des sommités religieuses sunnites. Rien ne serait plus regrettable, même si de telles hypothèses ne peuvent totalement être écartées au vu de la persistance du nationalisme persan, que de ne pas évaluer à sa juste valeur le changement stratégique se produisant à l’heure actuelle dans la région. L’analyse de cet aspect ne relève pas de notre propos ici, mais il constitue un facteur à mettre en parallèle avec l’absence de stratégie arabe de nature à relever les défis en termes politique, économique et scientifique qu’il ne fait pas de doute qu’elle participe des carences de leurs structures de pouvoirs ainsi que de leur désunion endémique.  Il ne servirait quasiment à rien, dans de telles conditions, de retirer ou non l’offre arabe de paix ou encore de proclamer à l’occasion de chaque sommet la volonté de réconciliation. Rien n’est moins sûr que de spéculer sur une éventuelle retombée d’une telle position, sachant qu’aucune volonté de puissance n’est réelle pour qu’elle soit effectivement prise au sérieux par les autres parties impliquées de près ou de loin dans le conflit embrasant la région depuis déjà soixante ans.
Il n’est donc pas étonnant de voir avec quelle estime et quel enthousiasme les peuples arabes ont réagi lors de la guerre contre Gaza par rapport aux voix élevées dans le voisinage, en Turquie et en Iran, contre la barbarie israélienne comme une sorte de compensation à un déficit criant de la volonté d’action de la part des pouvoirs dans leurs pays. 
Au Sommet arabe de Doha, l’appel à la réconciliation ou du moins à l’instauration d’une méthode de gestion des différends inter-arabes ne semble pas déroger à la règle. Les divergences y apparaissent souvent entre personnes et non relevant d’analyses et de positions que les peuples ont droit de connaître. On se complait dans les généralités si bien que l’on doute de la pertinence des analyses ou de l’appréhension des faits devant clarifier les positions et rendre compréhensibles leurs divergences. Il est ainsi révélateur et pathétique que Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, livre comme jamais un diagnostic contrasté et par certains de ses côtés objectifs de la situation prévalant aujourd’hui dans le monde arabe  en mettant l’accent sur le levier de l’éducation et du progrès scientifique et technologique sans hésiter à donner en exemple le développement réalisé en Iran.
Dans une autre tonalité,  il a été bien dit à ce Sommet qui a vu l’Egypte représentée par le ministre des Affaires juridiques, que la meilleure façon de remédier aux carences de l’action commune est de laisser agir un noyau de pays ayant une affinité de positions sur les questions d’intérêt commun. Cela est du déjà vu quand le tandem Egypte-Arabie Saoudite présidait durant les années 80 et 90 aux destinées diplomatiques du conflit au Proche-orient. Ceci n’aide nullement à trouver un modus vivendi pour gérer au mieux les différends comme l’a  exprimé  Bachar Al Assad, le Président syrien.  
o Les accords d’Oslo : quel sort ?
Agir utilement et sans rien abandonner de l’esprit de résistance à l’occupation et aux solutions avantageuses pour l’ennemi semble devenir une devise qui, après la guerre contre Gaza, gagne de  plus en plus du terrain. Ceux qui en font la leur appellent à tourner la page du processus de négociations s’inscrivant dans le sillage des Accords d’Oslo conclus en 1993 entre Palestiniens et Israéliens. Ainsi, deux positions s’y rattachent ; d’abord celle qui rejette par principe ces Accords qui sont, à leurs yeux, viciés de par leur nature même, quant à l’autre position, c’est celle qui, tout en ne déniant pas l’incidence politique de tels Accords et du processus de négociations, exprime le scepticisme face aux tergiversations d’Israël et à la complaisance des Etats-Unis à son égard.  La résistance ne peut, pour les tenants de cette thèse, être sacrifiée pour la seule option des négociations. Ces deux positions cohabitent au sein du Fath et se prolongent même dans les rangs des forces politiques arabes essentiellement de gauche. En revanche, pour Hamas et les autres mouvements islamistes en territoires palestiniens et dans le reste du monde arabe, le vide ou la résistance serait de loin préférable aux incessantes concessions dont le tribut est lourdement payé par le peuple palestinien.
En fait, les Accords d’Oslo ne sont que la conséquence de l’évolution du contexte politique que connaît le monde arabe après les Accords de Camp David en 1979 dont les limites sont connues. Feu Yasser Arafat en avait su les déceler à travers l’enclenchement de la première et la seconde Intifada pour la sauvegarde à tout prix de l’unité du peuple palestinien. L’option de deux Etats en est devenue une condition incontournable pour la paix révélant au grand jour les divisions de la société israélienne longtemps bercée par le rêve d’une entité palestinienne-tampon, remplissant plutôt un rôle sécuritaire.   Il en résulte qu’aucune réelle vision de régénérescence et non de désespoir généré du fait de la situation politique générale prévalant aujourd’hui dans le monde arabe, ne peut seulement consister à spéculer sur les contradictions dans ce camp ou l’autre ou compter sur le bon vouloir des Etats-Unis. Le pari, fait par Sadate et d’autres, mettant 99% des cartes d’une solution au conflit du Proche-Orient entre les mains de la première puissance n’est plus vraiment de mise. Ni paix, ni promesse de développement, contrairement à l’optimisme béat véhiculé par la propagande suite aux accords de Camp David, n’ont, après 30 ans, forgé véritablement un nouveau credo chez les peuples arabes.
Sortir de ses contradictions requiert du monde arabe une stratégie de progrès et de solidarité à toute épreuve lui procurant la puissance et la confiance en soi, l’ouverture sur le voisinage historique sans exclusive ni hostilité.

Par Mustapha BENGADA
Lundi 13 Avril 2009

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