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Conférence sur la problématique linguistique et les réformes constitutionnelles : L’enseignement de l’amazigh doit beaucoup à l’USFP




 Le Bureau politique de l’USFP a organisé samedi 28 mai courant au siège central du parti à Rabat une conférence sous le thème «La problématique linguistique et les réformes constitutionnelles». La rencontre a été encadrée par plusieurs figures intellectuelles éminentes qui ont présenté les différentes approches de la question linguistique en relation avec la prochaine révision de la Constitution.

Dans sa plateforme introductive, et au nom du Bureau politique, Rachida Ben Massoüd a déclaré que le débat intellectuel a toujours été conçu au sein de l’USFP comme l’outil principal qui nourrit les décisions du parti. Tout en démontrant le lien dialectique entre la question identitaire-linguistique et celle de la Constitution, elle a signalé que le parti de la Rose a, tout au long de son histoire, considéré que la langue arabe est une base identitaire de la culture marocaine, tout en considérant que l’amazigh constitue une pierre angulaire de cette même identité diversifiée. «C’est avec le gouvernement El Youssoufi que le Maroc s’est réconcilié officiellement avec cette langue ; d’ailleurs, pour la première fois, dans une déclaration d’un Premier ministre marocain, il a insisté sur la nécessité de la mise en valeur de l’amazigh » affirme-t-il.

Dans son intervention, l’intellectuel et linguiste marocain Abdelkader Fassi Fihri a précisé qu’à l’ère des révolutions arabes et des réformes politiques profondes prévues au Maroc d’aujourd’hui, il est nécessaire que notre pays procède à l’éradication de l’analphabétisme et instaure une justice linguistique réelle. Tout en soutenant que la problématique de la langue est très complexe, Fassi Fihri a assuré que le garant de la réforme est la volonté politique qui doit être claire plus qu’avant en ce qui concerne cette question. Il a déclaré que la langue arabe ne doit pas être sous-estimée ; au contraire, elle est la clé du développement aux côtés de tous les autres dialectes caractérisant l’identité marocaine. Ainsi, il a souligné que 350 millions à travers le monde parlent l’arabe classique. C’est la septième langue vivante au monde à devenir une langue numérique. 65 millions utilisent l’arabe sur leurs ordinateurs. Par ailleurs, il a précisé que l’arabe est entré dans l’économie et les Bourses de plusieurs Etats arabes. Pour lui, cette langue riche et vivante n’est pas seulement la langue du Coran, mais c’est celle de plus d’un milliard 150 millions de musulmans. Pourtant, il a affirmé qu’elle n’est pas une langue religieuse ou ethnique ou bien d’un seul peuple, mais c’est la langue des lettres et du folklore aussi et la langue de la science et la recherche.

L’intervenant a ajouté que cette langue a toujours su cohabiter avec des dialectes et langues locales. «Il n’y a pas de différence entre l’Arabe et l’Amazigh, c’est bien le Protectorat qui a tenté d’instaurer ce climat conflictuel entre ces deux langues», ajoute-t-il.

Pour sa part, Ahmed Boukkous, directeur de l’Institut Royal de la culture amazighe, a appelé à abolir certaines convictions dépassées et qui datent de l’histoire ancienne. Surtout que le Maroc, dit-il, vit une nouvelle ère liée au nouvel environnement. Une conjoncture qui l’invite à revoir sérieusement sa vision sur  la question linguistique en adoptant une nouvelle approche plus sereine et plus ouverte. A cet effet, M. Boukkous a appelé à un traitement efficace de la question linguistique capable d’instaurer un équilibre entre toutes les entités culturelles du pays, notamment amazighe et arabe, loin de tous les aspects caractérisés par l’occupant français qui a joué, à un moment donné de l’Histoire, la carte de l’amazighité pour séparer les populations à des fins connues.

Lors de son intervention, M. Boukkous a démontré l’importance d’instituer la langue amazighe comme langue officielle dans la nouvelle Constitution. Pour ce faire, il a argumenté sa vision en présentant les cinq volets relatifs à cette identité, à savoir le politique, l’historique, le démocratique, le culturel, le social et celui relatif aux droits de l’Homme.

Dans ce sens, il a rappelé que le gouvernement de l’alternance avait fourni un grand effort pour permettre à l’amazighité d’avoir plusieurs acquis. A preuve : Habib El Malki, étant ministre de l’Education nationale à l’époque, avait introduit la langue amazighe dans le programme scolaire pour la première fois au Maroc.  L’objectif étant de permettre aux composantes politiques et associatives amazighes de trouver un terrain d’action plus élargi, d’une part, et le référentiel  historique d’autre part.
Même son de cloche pour Mohamed Chami, président de la Confédération des associations amazighes au Nord du Royaume. Il a mis l’accent sur l’importance de l’officialisation de la langue amazighe dans le prochain document constitutionnel, ce qui pourrait la protéger juridiquement contre la discrimination linguistique et lui garantir les conditions à même de lui assurer le développement escompté.

M.Chami a rappelé que l’Histoire retiendra que l’USFP s’est distingué par des positions audacieuses pour l’intégration de l’amazigh. D’ailleurs,  l’enseignement de l’amazigh sur des bases scientifiques précises doit beaucoup à l’Union socialiste des forces populaires du temps où il avait la responsabilité du département de l’Education nationale, a-t-il ajouté. Il a toutefois précisé que l’officialisation de la langue amazighe constitue la règle, alors que le fait de la considérer comme langue nationale serait en fait une exception, comme c’est le cas en Algérie.

Quant à l’universitaire et militant au sein du mouvement amazigh Ahmed Aâssid, il a déclaré que le Maroc est un pays de diversité culturelle et linguistique. Or «l’Etat a choisi la vision unique en ayant recours à un choix idéologique loin d’être intelligent». Tout en reconnaissant l’avancée en matière de reconnaissance de la langue amazighe avec le discours Royal d’Ajdir en 2001, M. Aâssid a indiqué que la constitutionnalisation de cette langue est un impératif et ne doit pas tarder plus qu’il n’en faut.

A rappeler enfin que cette rencontre a connu la participation d’Ahmed Boukous, directeur de l’Institut Royal de la culture amazighe qui a fait le bilan du travail de l’IRCAM et appelé à penser un exemple marocain démocratique et moderne qui puisse intégrer toutes les différences linguistiques et culturelles.


Montassir SAKHI
Lundi 30 Mai 2011

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