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Cinquantenaire de l’Institut des études et des recherches pour l’arabisation : Identité nationale et langue détricotées par Abbas Jirari




Cinquantenaire de l’Institut des études et des recherches pour l’arabisation : Identité nationale et langue détricotées par Abbas Jirari
La langue est le marqueur identitaire d’un pays. C’est une question épineuse qu’il faut aborder avec beaucoup de sérénité afin que la diversité linguistique  ne se transforme pas en conflit. Ceci est d’autant plus vrai que l’importance des langues étrangères devient déterminante dans un monde globalisé. C’est l’idée conductrice de la conférence animée par Abbas Jirari, historien et chercheur, dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’Institut des études et des recherches pour l’arabisation. Cette  rencontre  ayant pour thème «L’identité nationale et la langue » a vu la présence de bon nombre d’universitaires et d’intellectuels
Il va sans dire que la question de l’identité se pose avec acuité de nos jours. C’est ce qui fait de nous ce que nous sommes. « L’identité, c’est la personnalité, l’essence ; c’est ce qui fait d’une personne ce qu’elle est » comme l’a expliqué M. Jirari. Cette identité a plusieurs composantes, à savoir la nation, la religion, la langue et la culture. D’aucuns considèrent que lesdites composantes sont immuables alors qu’en fait elles présentent une certaine flexibilité.
Afin de mieux cerner le lien entre l’identité et la langue, M. Jirari nous a emportés dans un voyage passionnant à travers  l’histoire du Maroc. Chaque étape présente ses propres spécificités. Ainsi les Amazighs ont toujours parlé la langue amazighe mais avec l’arrivée de l’Islam, la langue arabe s’est imposée avec l’apprentissage du Coran. 
Pendant 12 siècles  la population a préservé la langue arabe. Sauf que durant l’ère des Almohades et notamment Mehdi Ibn Toumert,  il y a eu une dualité de langues, à savoir le berbère et l’arabe. Mais ce ne fut qu’une parenthèse. Par la suite, le Protectorat a provoqué un chamboulement profond.  Bien évidemment la langue  française a  éclipsé l’arabe qui a, du coup, été  marginalisé et n’est plus enseigné que  dans les écoles coraniques et privées. C’est à cette époque qu’a été créé l’Institut des études supérieures, ancêtre de la Faculté de lettres actuelle. L’arabe dialectal y était enseigné ainsi que le berbère.
En plus de la recherche scientifique, cet établissement s’occupait également de la traduction. M. Jirari poursuit son périple qui le conduit à la période de l’indépendance du Maroc. «Les responsables ont appelé à l’arabisation voire à la marocanisation sans que le pays n’y soit préparé». Il y a eu un manque de vision et la langue arabe en a pâti. Résultat des courses : la langue française a continué à gagner du terrain et  s’est bien implantée. Pire encore, même l’Institut a disparu et au sein de la nouvelle Faculté, on a opposé un refus catégorique aux études de l’amazigh et du patrimoine populaire. M. Jirari a déploré cette situation qui est, en fait, à l’origine de la crise que nous vivons actuellement. La langue arabe peine à refaire surface. Elle gagnerait à être simplifiée sur le plan des règles linguistiques. Dans le même esprit, elle doit s’ouvrir sur les évolutions scientifiques enregistrées sur le plan mondial. En outre, les méthodes d’enseignement de la langue arabe aux étrangers doivent être repensées de fond en comble.
Par ailleurs, des voix se sont élevées pour faire ressusciter  le « darija », d’autres défendent l’amazigh et enfin d’aucuns optent pour une langue « hybride » (ni arabe ni français).  Un vrai imbroglio!
Concernant l’amazigh, nul ne conteste la richesse de la langue amazighe et de son patrimoine. Elle devrait, à ce titre, être développée et enrichie de façon à étendre son rayonnement dans le pays et ce, dans une optique de diversité socioculturelle créative. La nouvelle Constitution l’a officialisée. «Mais comment sera enseignée cette langue ? Qu’a-t-on préparé dans ce sens ? Devrait-elle connaître le même sort que  la langue arabe qui s’empêtre encore dans des  difficultés inextricables dont elle a du mal à se défaire depuis plus de 50 ans?», s’est interrogé M. Jirari. A cet effet, il apporte quelques suggestions. La première consisterait à intégrer la langue amazighe dans le système d’enseignement obligatoire, mais encore faut-il envisager une méthodologie précise. Les enfants,  en plus des signes arabes et latins, se verraient obligés d’apprendre le tifinagh.
M. Jirari y voit plutôt une source de surmenage pour eux. Une autre alternative tendrait à prévoir au sein de certains établissements des classes spécialisées pour l’étude de cette langue. Et puis les cours d’amazigh pourraient ne pas être obligatoires  C’est une autre possibilité à envisager. Mais la dernière suggestion est celle que préconise le plus M. Jirari et qui lui semble être à même de sortir de cette impasse. Selon lui et dans le cadre de la régionalisation avancée, ce qui importe le plus c’est le découpage culturel. Ainsi, une partie (un pourcentage) du programme scolaire devrait être enseignée dans la langue de la région. L’occasion de s’ouvrir sur les spécificités de la région (histoire, culture).
Mais  en définitive, ne devrait-on pas rejoindre, Lucie Delarue-Mardrus qui  soutient qu’écrire correctement sa langue maternelle est une forme de patriotisme? Cela est aussi une expression de respect pour ce qui nous appartient et nous définit, une expression d’amour-propre culturel. A méditer !

Nezha Mounir
Jeudi 15 Novembre 2012

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