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Cinq ans après son adoption, l'interdiction du voile intégral en France a peu d’impact

Ailleurs, la disposition est contestée par les pays musulmans mais aussi par le gouvernement américain très attaché à la liberté de culte




Peu de femmes concernées, une police pas pressée de relever l'infraction et un mécène qui paie les amendes: cinq ans après son adoption sur fond de polémique internationale, la loi française interdisant le voile intégral dans l'espace public a une portée très limitée.
"La loi n'a découragé personne", estime Stéphanie, une Française de 40 ans convertie à l'islam. Elle, en tout cas, n'a pas renoncé au niqab qu'elle a adopté dans les années 90 dans le cadre d'une quête spirituelle.
Concrètement, la mesure a juste entraîné des contacts beaucoup plus fréquents avec les policiers. "Ils me connaissent bien maintenant", plaisante cette mère de famille qui habite à Nice (sud). Quant aux 2 à 3.000 euros d'amendes infligés, ils ne lui ont pas causé de tort puisqu'ils ont été réglés par un mécène.
Pourtant, quand la France a promulgué, en octobre 2011, la loi interdisant de dissimuler son visage dans l'espace public, sous peine d'amendes allant jusqu'à 150 euros, les musulmans du pays se sont beaucoup inquiétés.
La plus importante communauté musulmane d'Europe (environ 5 millions de personnes), craignait d'être "stigmatisée" alors que seules 2.000 femmes portaient le voile intégral.
Des associations de défense des droits de l'Homme, comme Amnesty International, avaient aussi exprimé leurs réserves.
A l'étranger, la disposition est contestée par les pays musulmans mais aussi par le gouvernement américain très attaché à la liberté de culte. L'affaire va jusqu'au chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, qui, dans une vidéo fin 2011, a appelé les musulmans à riposter.
Mais d'autres pays européens, à commencer par la Belgique, choisissent eux d'emboîter le pas et légifèrent à leur tour.
Saisie par une adepte de la burqa, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) validera la loi en 2014, jugeant que vouloir préserver "les conditions du +vivre ensemble+ est un objectif légitime".
Aujourd'hui, la polémique est bien retombée et pour cause : seules 1.546 verbalisations ont été établies depuis 2011, dont plusieurs pour les mêmes femmes, selon un décompte officiel arrêté au 1er septembre.
De leur propre aveu, les forces de l'ordre ne se ruent pas pour appliquer la loi. Le contrôle des femmes intégralement voilées n'est "pas la préoccupation première des policiers", reconnaît ainsi Céline Berthon, du syndicat des commissaires de police (SCPN).
La loi "met les policiers en difficulté et les sanctions qui suivent ces contrôles sont jugées trop faibles", renchérit Nicolas Comte, du syndicat Unité SGP Police FO, pour qui "le jeu n'en vaut pas la chandelle".
En juillet 2013, le contrôle d'une femme entièrement voilée avait dégénéré en deux nuits de violences urbaines à Trappes, une banlieue populaire au sud-ouest de Paris.
Malgré tout, "l'immense majorité des contrôles et verbalisations se sont déroulés sereinement et sans tension particulière", assure le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet. Selon lui, les forces de l'ordre ont su agir "avec discernement" pour éviter les tensions.
Quant aux rares amendes infligées, elles ont été d'autant moins dissuasives qu'un homme d'affaires algérien adepte des coups médiatiques, Rachid Nekkaz, s'est donné pour mission d'en régler l'essentiel.
Ce promoteur immobilier affirme agir au nom du "respect des libertés fondamentales", tout en se disant hostile au port du niqab. Il a indiqué à l'AFP avoir réglé vendredi sa 973e amende.
Pour lui, la loi anti-niqab "ne protège pas ces femmes contre le discours intégriste. Au contraire, elle le "favorise car ces femmes sont assignées à résidence chez elles", poursuit-il. Si 118 des contrevenantes avec lesquelles il a été en contact ont retiré leur niqab après amende, 213 ont pris le voile intégral depuis 2011, affirme-t-il.
"Tous ces débats ont prêté à confusion", mettant parfois à l'index des femmes portant un simple hijab (qui ne couvre pas le visage), estime une source proche de l'Observatoire de la laïcité, un organe consultatif chargé de veiller au respect de la neutralité religieuse par l'Etat. "Et cela a pu alimenter un discours victimaire. Pas sûr que cette loi soit efficace...", ajoute cette source.

Jeudi 15 Octobre 2015

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