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Cheikh Tidiane Radio : S.M Mohammed VI mène le bon combat sur les bons fronts pour le développement de l’Afrique


Les terroristes ont compris que l’Afrique est le maillon faible de la chaîne. Ils vont venir s’implanter là où les Etats sont divisés, morcelés, balkanisés et dont les armées n’ont ni les moyens ni la logistique



Président de l’Institut
panafricain de stratégie,
Cheikh Tidiane Gadio
comptait parmi les
nombreuses
personnalités qui sont
intervenues lors
de la Conférence
internationale sur « La
vision de S.M le Roi
Mohammed VI pour le
codéveloppement » qui
s’est tenue récemment
à Casablanca.
Au cours de cet
événement, l’ancien
ministre sénégalais des
Affaires étrangères et
grand ami du Maroc
s’est notamment exprimé
sur le sens nouveau qu’il
faut   donner à la
coopération Sud-Sud
et sur la marocanité du
Sahara dont il est l’un
des fervents défenseurs.

Libé : S.M le Roi Mohammed VI a confirmé sa volonté de voir le Maroc réintégrer l’Union africaine (UA) dans une lettre adressée le 17 juillet dernier à l’organisation pa- nafricaine qui a eu un écho reten- tissant    à    travers    le    continent    et au-delà. Vous qui avez, des années durant,    défendu    la    cause    maro- caine,    comment    avez-vous    reçu cette démarche?

Cheikh Tidiane Gadio : Je l’ai reçue avec beaucoup de bonheur et un très grand plaisir. Car cela faisait très longtemps que nous souhaitions que le Maroc reprenne sa place au sein de l’Union africaine. D’autant plus que, comme je l’ai dit lors de mon interven- tion à la Conférence internationale à Casablanca sur «La vision du Roi Mohammed    VI    pour    le    co-développement», le Maroc était un acteur aussi important que tous les autres acteurs, voire même plus que certains, dans la création de l’Union africaine. On se rappelle Groupe de Casablanca et l’ex- cellent travail qu’il a fait pour sauver Patrice Emery Lumumba et le Congo (Ndlr : ancien Zaïre). C’est    donc    très    bien    de    voir    le Maroc, malgré les différences, les pro- blèmes et les injustices qu’il a subis au sein de l’Organisation de l'unité afri- caine (OUA) qui a accepté en son sein un    mouvement    qui    n’a    pas    encore réglé son problème aux Nations unies, redevenir membre à part entière de l’Union africaine que l’on dit être une union d’Etats indépendants et souve- rains.C’est une grande contradiction qui n’a jamais été réglée et nous sommes très heureux que le Maroc mette tout cela de côté et dise : Nous sommes un pays important en Afrique, un pays leader; notre place c’est dans la grande famille africaine. D’ailleurs, Sa Majesté a précisé dans sa lettre que le Maroc a quitté l’OUA mais il n’a jamais quitté l’Afrique, qu’il a même intensifié sa présence en Afrique et qu’il a compris l’importance    de    sa    profondeur    en Afrique. La    démarche    du    Maroc    est,    en toute franchise, à féliciter. Elle est la preuve que le Royaume est un grand pays d’Afrique.

La lettre de Sa Majesté arrive 32 ans après le retrait du Maroc de l’Union africaine pour des raisons que vous avez évoquées en subs- tance. Certains observateurs se de- mandent pourquoi le Royaume a attendu autant d’années avant de manifester son intention « de regagner sa famille institutionnelle ». Vous qui aviez été pendant neuf ans à la tête de la diplomatie sénégalaise et qui aviez souvent côtoyé le Maroc, avez-vous une explication?
 
Tous les problèmes ont une durée de vie. Quand celle-ci s’achève, le pro- blème devient sans objet. Aujourd’hui, le Maroc sait que l’écrasante majorité des pays africains soutient sa cause et qu’elle a compris que le Royaume dé- fendait une vérité historique fondée. Le Maroc n’a pas renoncé à ses ambitions de siéger à l’Union africaine. Il a compris qu’il était peut-être plus intéressant de continuer son travail au sein de l’organisation et que cette ba- taille-là peut se mener encore et continuera à être menée aussi bien aux Nations unies, à l’UA qu’à l’Union eu- ropéenne (UE) et un peu partout Il est vrai qu’en tant qu’«Amis du Maroc», nous aurions souhaité que cette décision vienne un peu plus tôt. Mais ce qui compte au- jourd’hui, c’est qu’on apprécie à sa juste valeur cette excellente déci- sion, qu’elle soit venue aujourd’hui ou il y a deux ou trois ans ou même avant. La bonne nouvelle aussi, c’est que le Maroc ne l’a pas fait nuitam- ment en se cachant ou en passant par la fenêtre. Il est passé par la grande porte et il l’a fait en plein jour, devant tout le monde. Mieux, en écrivant une lettre pour légiti- mer sa démarche, se repositionner et clarifier sa position. Ce qui est absolument remarquable du point de vue de ce que l’on appelle re- prendre l’initiative historique.

Le Maroc peut se prévaloir d’avoir    d’importants    soutiens en Afrique. Certaines indiscrétions prétendent qu’ils seraient même  majoritaires. Qu’est-ce qui a empêché les « Amis du Maroc » dont fait partie le Sénégal, votre pays, de faire en sorte qu’il y ait une solution rapide de la question du Sahara ? Quels étaient les obstacles?
Les « Amis du Maroc » se sont toujours battus pour la cause ma- rocaine, mais c’était au    final au Maroc    de    prendre    la    décision. Maintenant    qu’il    a    décidé    de    le faire, tout s’est réglé très rapide- ment à la joie de tous les « Amis du Maroc ». C’est-à-dire 28 pays sur 54 sans compter ceux pays qui ne sont pas forcément dans un camp anti-marocain, bien qu’il y ait des pays qui s’abstiennent et refusent de se prononcer sur la question. On sait que 28 pays «Amis du Maroc» ont adopté la même position sur ce dossier et estiment que la place du Maroc est au sein de l’Union africaine. Ils estiment aussi que c’est plutôt l’autre partie qui doit prendre du recul et laisser les Nations unies traiter ce dossier. Et s’il est réglé à sa satisfaction, elle pourra réclamer sa place au sein de l’UA. Par contre, s’il n’est pas réglé à sa satisfaction, elle devra com- prendre que l’histoire, bien qu’elle ait bégayé un peu, s’est exprimée définitivement sur cette question. 

 

Nous devons privilégier un développement solidaire avant d’aller à l’assaut de l’Inde, de l’Indonésie ou de la Chine

Quelles pourraient être les conséquences, en termes géo-politiques, du retour du Maroc au sein de la famille africaine ? A quoi faut-il s’attendre ?

La    bonne    nouvelle    d’abord, c’est que l’Afrique est réunifiée à 100% : il n’y a pas une seule île africaine qui ne le soit pas, comme Madagascar,  Seychelles,  Maurice ou les Comores, bien que dans ce dernier cas, il y ait quelques enjeux en rapport avec Mayotte. Pour l’essentiel l’Afrique est réunifiée. Il n’y a aucun pays important du continent qui ne se mette hors de    l’Afrique,    que    ce    soient    le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Botswana, la Tanzanie, le Sénégal  ou  tout    autre    pays.    Nous avons besoin de toutes nos forces afin de les fédérer. Nous voulons les Etats-Unis d’Afrique. Mais, en attendant,  nous ne voulons pas avoir des Etats désunis où chacun mène sa barque ou que l’on crée des situations où des pays se sen- tent mal à l’aise et se retirent de l’organisation. L’Union africaine n’est pas en- core cette machine que nous voulons. On a énormément de reproches à faire à l’Union africaine, mais comme on ne peut pas changer d’Union, il faut la réformer. De ce point de vue, je pense que c’est une bonne chose que le Maroc reprenne  sa place. Son combat va se poursuivre à l’intérieur de l’UA pour la parfaire et en faire le véritable moteur de l’unité du continent; une unité que nous n’avons pas encore atteinte et réussie.
Pareil  pour  l’intégration  qui n’est pas encore faite. On est à 14 à 15% d’intégration là où les Asiatiques, qui étaient au même niveau que nous, sont à 66% et les Européens à plus de 70%. Le hic, c’est que nous avons des relations de commerce, d’échange et    d’intégration avec l’Europe, l’Amérique, l’Asie, la Chine et même l’Inde et pas entre nous Africains. C’est là où le concept de    codéveloppement prend tout son importance. Sur ce point, je dirais que Sa Majesté mène le bon combat. Il est sur les bons fronts pour le développement de l’Afrique.

Parlons justement de codéveloppement. La coopération entre le Maroc et l’Afrique  a connu ces quinze dernières an-nées une nette évolution, bien avant même que le Royaume ne décide de revenir à l’Union africaine. Qu’est-ce que ce retour va apporter en plus, sachant qu’il s’est déjà largement en- gagé au profit de la coopération Sud-Sud. Va-t-on assister à un changement de stratégie ?

Non, je ne le pense pas. C’est juste que cela va provoquer un véritable débat sur le co-développement qui, comme je le pense, devrait retenir toute notre attention depuis des années. Malheureusement, on a galvaudé les termes d’une coopération Sud-Sud, au point que plus on le disait, moins on le faisait. Maintenant on voit bien que Sa  Majesté  a  mis lui-même le mouvement en marche. Il va dans des pays d’Afrique où il reste deux semaines, passe du temps dans des quartiers populaires et rencontre les populations. Je pense qu’il est en train d’im- primer une autre façon de faire la coopération et de développer l’amitié entre les pays. Donc, quand il évoque le co-développement, cela veut dire que les entrepreneurs marocains peuvent venir en masse au Sénégal, par exemple, et au même moment au Maroc, les portes sont ouvertes aux entrepreneurs sénégalais. Il est important aujourd’hui que nous nous développions ensemble et que nous privilégiions un développement solidaire avant d’aller à l’assaut de l’Inde, de l’In donésie ou de la Chine. C’est tellement  élémentaire  et simple à comprendre, mais on sait qu’en Afrique quand c’est trop simple, personne ne comprend. Je trouve que c’est très bien que Sa Majesté ait relancé le débat sur cette question.
 

Il faut mettre en commun nos souverainetés pour mieux nous défendre

On parle beaucoup ces derniers temps de paix et de sécurité en Afrique. Quelle est votre lecture de toutes ces crises qui reviennent sur le continent et toutes ces menaces terroristes qui ont vu jour dans certains pays de la région ? Comment percevez-vous toutes ces menaces ?

Les terroristes ont aussi compris que nous étions le maillon faible de la chaîne. A ce sujet, l’Institut panafricain de stratégie pense que l’Afrique va être de plus en plus l’épicentre du terrorisme mondial. Ils vont déménager et venir s’implanter là où c’est plus simple et facile d’agir et où les Etats sont divisés, morcelés, balkanisés avec des armées qui n’ont ni les moyens ni la logistique. Ils vont venir s’installer en Afrique et cela va être un grand malheur pour le continent si nous ne réglons pas ce problème. Il faut admettre qu’auparavant, la paix et la sécurité ne faisaient pas partie de nos réflexions : on parlait jusqu’à une date récente agricul- ture, éducation, santé, infrastruc- tures. Aujourd’hui, comme nous avaient averti, il y a près d’un demi- siècle, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah et bien d’autres, la ques- tion de la sécurité est au cœur du débat. Le problème c’est que nous sommes faibles et nous ne pou- vons pas nous défendre seuls. Ceci dit,  si  les Etats-Unis d’Amérique ont besoin d’une coalition de 62 pays pour lutter contre le terrorisme, que penser de chaque pays africain pris individuellement?

Vous êtes très pessimiste sur cette question….

Pas du tout ! Je dis que si les Etats-Unis ont compris qu’il fallait une coalition, comment nous, pays africains, on peut refuser de nous coaliser? C’est totalement insensé et je pense qu’il faut laisser de côté les faux débats sur la souveraineté. C’est bien de dire « moi je suis un Etat souverain », mais il faut en- core être capable de nourrir la population, de l’éduquer, de la soigner… A quoi bon se réclamer d’un Etat souverain si vous ne pouvez pas doter votre pays d’infrastructures et, plus grave encore, si vous ne pouvez pas protéger votre peuple au point  que les  terroristes pourront faire ce qu’ils veulent et repartir. Nous pensons à l’Institut pana- fricain qu’il faut mettre ensemble ces souverainetés dont on se moque un peu et les mutualiser pour se défendre ensemble. Cela    n’entamera    la    souveraineté d’aucun Etat : tu tiens à ta souveraineté, je tiens à la mienne, alors on met nos deux souveraine- tés ensemble. C’est ainsi qu’on sera  plus forts et qu’on se battra pour mieux les défendre. C’est en tout cas notre démarche. L’Afrique a besoin de mutualiser ses forces, ses ressources et ses compétences en travaillant ensemble pour sauver le continent. Parce que nous avons les moyens, les res- sources et la jeunesse, mais il nous manque les leaders qu’il faut et la vision qu’il faut pour aller    vers l’avant. En tout cas, le Maroc est chanceux d’avoir un leader qui a une vision, qui a une démarche et qui prend aujourd’hui des initiatives historiques qui ont une portée africaine et mondiale. Ce qui est vraiment important, c’est qu’il ne faut jamais perdre l’initiative historique. Et c’est une bonne chose que le Maroc décide de reprendre l’initiative.

A propos de l’Institut panafricain de stratégie et du travail qu’il fait, pouvez-vous nous en dire un mot ?

L’Institut n’est pas une école mais un centre de recherche où l’on fait des brainstormings, des réflexions et des papiers d’analyse sur des politiques que l’on essaie de faire parvenir aux  décideurs africains. Et c’est à eux de les met- tre ou pas en œuvre. On réfléchit sur les problèmes de l’Afrique et on fait des propositions. Cela dit, il arrive que l’on fasse de petites formations de leadership ou des séminaires. C’est la mission de  cet Institut.

Libérer le potentiel du continent et offrir l'espoir d'une vie meilleure à ses peuples

 La vocation africaine du Maroc a pris une nouvelle dimension, sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Elle s’inscrit désormais dans le cadre d’une vision de long terme qui s’appuie sur les vertus de la coopération Sud-Sud et sur l’impératif du développement humain, dans l’établissement de rapports économiques équitables, justes et équilibrés. C’est ce qu’a relevé la Direction des études et des prévisions financières du ministère de l’Economie et des Finances dans un rapport consacré aux « Relations Maroc-Afrique: l’ambition d’une nouvelle frontière ». « Le choix de l’ancrage africain pour notre pays participe d’une logique qui s’accorde avec les reconfigurations actuelles de l’économie mondiale caractérisées par le rattrapage économique des pays émergents et l’évolution vers un système mondial multipolaire où notre continent est appelé à se positionner en tant que nouveau pôle mondial de croissance », pouvait-on lire dans ce rapport daté de l’année dernière. Le rapport ajoutait également que « la stratégie économique développée par le Maroc en direction du continent africain, ambitionne d’ériger notre pays en hub régional, au service du codéveloppement dans les différents domaines clés pour notre avenir commun (la sécurité alimentaire, les infrastructures, la bancarisation et l’inclusion financière, les énergies renouvelables, la croissance verte…) ». Pour rappel, la projection économique du Maroc en Afrique a connu ces dernières années une nette évolution que le département de l’Economie et des Finances classifie en trois étapes. La première étape a été marquée par l’implication des entreprises publiques marocaines dans la mise en œuvre de différents projets ayant trait au développement des infrastructures de base. Il s’agit de la construction de barrages, des réseaux routiers et ferroviaires, des télécommunications, de l’assainissement, de l’électrification, de la gestion des ressources en eau et de l’irrigation, entre autres. La seconde étape a été marquée par l’implication des opérateurs privés principalement dans des secteurs de services bancaires, la for- mation professionnelle, l’exploitation minière. « La phase actuelle marquée par l’impulsion d’une véritable stratégie économique, qui s’inscrit dans le cadre d’une vision de moyen et long terme orientée vers la réalisation d’une intégration régionale plus poussée dans toutes ses dimensions commerciale, financière, économique voire monétaire », a-t-on souligné dans le rapport. A.B

Propos recueillis par Alain Bouithy
Vendredi 29 Juillet 2016

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