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Changement climatique, agriculture et sécurité alimentaire




Il est confirmé que les incidences du changement climatique sur l’agriculture et la sécurité alimentaire sont alarmantes. En 2050, la demande alimentaire mondiale augmentera de 60% par rapport à son niveau de 2006, sous l’effet de l’accroissement de la population (de 7 à 9 milliards), de l’augmentation des revenus et de l’urbanisation rapide. De par son impact sur l’agriculture, sur les moyens de subsistance et sur les infrastructures, le changement climatique menace la sécurité alimentaire dans toutes ses dimensions. Il exposera les pauvres, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, à une hausse des prix des denrées alimentaires, lesquels deviendront aussi plus instables. Par ailleurs, il nuira à la disponibilité alimentaire en entraînant une baisse de la productivité des cultures, de l’élevage et des pêches, et entravera l’accès aux aliments en compromettant les moyens d’existence de millions de ruraux qui vivent de l’agriculture. D’ici à 2050, quelque 50 millions de personnes supplémentaires risqueraient de souffrir de sous-alimentation à cause du changement climatique.
Les pays ont reconnu que les secteurs agricoles doivent s'adapter au changement climatique et contribuer à son atténuation. L’agriculture occupe une place importante dans les contributions prévues déterminées nationales (CPDN/INDC) soumises par les pays avant la Conférence de Paris. Il est primordial que les engagements nationaux, à savoir ces contributions déterminées qui ont été à la base de l’Accord de Paris de 2015 sur le changement climatique, se traduisent par des actions concrètes. Il est souhaitable que la COP 22 de Marrakech fasse de la question de la mise en œuvre des engagements dans les secteurs de l’agriculture un enjeu prioritaire lors des débats. 
La communauté internationale se doit d’agir dès maintenant contre le changement climatique, en donnant aux secteurs de l’agriculture, de la foresterie et de la pêche les moyens d’adopter des pratiques pensées en fonction du climat.
Le statu quo n’est pas envisageable. L’agriculture a toujours fait le lien entre les ressources naturelles et l’activité humaine. Aujourd’hui, c’est l’agriculture qui a les cartes en main pour relever les deux plus grands défis de notre temps: éliminer la pauvreté et préserver le fragile équilibre climatique indispensable à la prospérité de l’humanité.
Les pays ont explicitement reconnu l'importance de l'agriculture par rapport au changement climatique, à la fois en termes d'atténuation et d'adaptation. En effet, l'agriculture ainsi que l'utilisation des terres, le changement d'affectation des terres et la foresterie se situent en bonne place dans les Contributions déterminés prévues nationales (CDPN) présentées dans le cadre des préparatifs de la Conférence sur le climat de Paris (COP 21) en décembre à 2015.
Plus de 90% des pays incluent les secteurs de l'agriculture dans leurs contributions pour l’atténuation et/ou l'adaptation. En particulier, les pays les moins avancés ont mis l'accent sur les secteurs de l'agriculture.
L’agriculture et l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie sont parmi les secteurs les plus mentionnés dans les contributions d'atténuation des pays. Plusieurs pays mettent également en évidence les synergies entre les actions visant l'atténuation du changement climatique et son adaptation.
Il faut lancer dès à présent la transformation nécessaire à l’échelle mondiale pour parvenir à une alimentation et une agriculture durables. Les initiatives mondiales d’adaptation au changement climatique doivent réserver une place centrale à l’alimentation et à l’agriculture, par des politiques et des mesures qui s’attaquent aux vulnérabilités et aux risques et qui visent à mettre en place des systèmes agricoles résilients et durables.
Une des principales conclusions qui s’en dégagent concerne l’urgence de soutenir l’adaptation des petites exploitations au changement climatique. Les petits producteurs sont tributaires d’activités qui sont étroitement liées au climat et ils s’avèrent également les plus vulnérables au changement climatique. Sans une amélioration significative de leur accès aux technologies, aux marchés, aux informations et aux crédits à l’investissement, ils ne seront pas en mesure d’adapter leurs systèmes et leurs pratiques de production au changement climatique. L’éradication de la pauvreté dans le monde n’est possible sans une petite agriculture résiliente.
La résilience des petits exploitants peut s’améliorer par le biais de :
- L’amélioration de leurs systèmes de production à travers :
- une intensification durable ;
- une gestion efficace de l'eau ;
- une gestion du carbone et de l'azote
Le développement de moyens de subsistance plus résilients via :
- une diversification agricole et des moyens de subsistance ;
- l’appui à la gestion des risques et la protection sociale ;
- la réduction des inégalités entre les sexes
Il existe d’autres possibilités, par exemple la diversification vers des sources de revenus non agricoles par la migration de certains membres du ménage. La migration est aujourd’hui devenue une question à prendre en considération dans le contexte de l’adaptation au changement climatique. Dans leurs stratégies d’adaptation, les gouvernements ont tendance à choisir l’une ou l’autre des approches suivantes : 
- Voir l’adaptation comme une façon de réduire les pressions migratoires et permettre aux personnes de rester là où elles se trouvent en améliorant les pratiques agricoles et l’infrastructure ;
- Considérer  la migration comme une stratégie d’adaptation à part entière, qui allège la pression démographique sur les zones fragiles.
En outre, les petits producteurs sont confrontés à des obstacles majeurs pour la transition vers une agriculture intelligente face au climat dont les plus importants comprennent : les droits fonciers précaires, des informations inadéquates, manque d'accès aux marchés et au crédit.
L’agriculture est certes touchée par le changement climatique, mais elle contribue aussi significativement de manière directe et indirecte aux émissions des trois gaz à effet de serre principaux: le dioxyde de carbone, le méthane et l’oxyde nitreux. Les émissions provenant des secteurs de l’agriculture, des forêts et des autres usages des terres sont principalement causées par la déforestation, la production animale et la gestion des sols et des nutriments. Elles représentent 21% de l’ensemble des émissions mondiales. En raison de leur part dans les émissions de GES, les secteurs agricoles peuvent et doivent contribuer à atténuer le changement climatique du fait qu’ils ont la capacité unique de séquestrer le carbone.
L'agriculture peut contribuer à l'atténuation du CC grâce à une meilleure séquestration du carbone et par la réduction de l'intensité des émissions de la production aussi bien au niveau de la gestion des sols, les forêts et l’élevage.
Egalement, les émissions de GES peuvent être réduites grâce à des interventions dans le système alimentaire à travers :
- la réduction des pertes alimentaires et du gaspillage ;
des régimes alimentaires durables ;
- l’évaluation de la consommation d'énergie dans les systèmes alimentaires modernes ;
- l’harmonisation des politiques et  renforcement des capacités institutionnelles
Pour aller de l'engagement aux actions concrètes, une série d'instruments ont déjà été conçus en vertu de la CCNUCC :
- Les Programmes nationaux d’actions d'adaptation (NAPA) ;
- Les Plans nationaux d'adaptation (NAP) ;
- Les mesures appropriées d'atténuation à l'échelle nationale (NAMA) ;
Le financement public international pour le changement climatique doit être utilisé de manière stratégique pour avoir un impact positif.
Il devrait se concentrer sur les points de leviers stratégiques pour diriger des volumes plus larges de financement à l'égard du changement climatique. En particulier, les fonds publics devraient être orientés vers les domaines suivants :
- Relever le défi de développement et de renforcement des capacités ;
- Favoriser un environnement propice à la promotion de l'agriculture intelligente face au climat (CSA) dans le cadre du financement de l’action climatique ;
- Intégrer l’adaptation du changement climatique dans les budgets nationaux, vu que l’adaptation de l’agriculture contribuera à la réduction des émissions des GES ;
- Libérer des capitaux privés pour l'investissement dans la CSA. 

 

Libé
Mercredi 19 Octobre 2016

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