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Chakib Boualou, président du Conseil franco-marocain des ingénieurs et scientifiques

Notre objectif est de favoriser les échanges entre la France et le Maroc




Chakib Boualou, président du Conseil franco-marocain des ingénieurs et scientifiques
Des potentialités marocaines installées en France viennent de former le Conseil franco-marocain des ingénieurs et scientifiques. Dans cet entretien, son président Chakib Boualou qui est également professeur à l’Ecole des Mines de Paris, responsable scientifique au Centre énergétique et procédés et ingénieur- conseil, nous en explique les tenants et les aboutissants de ce conseil.

Libé : Pourquoi avez-vous créé le Conseil franco-marocain des ingénieurs et scientifiques ?

Chakib Boualou : En réalité, il ne s’agit pas d’une création mais d’une réactivation. Par le passé, il y a eu un certain nombre d’actions concernant les échanges avec le Maroc mais qui n’étaient pas très structurés et se faisaient au coup par coup en faveur d’institutions marocaines comme l’OCP (Office Chérifien des phosphates), le CERPHOS, RD Maroc…Notre objectif évidemment reste le même. Il s’agit pour nous de promouvoir les sciences, favoriser et encourager la coopération technique et les échanges entre la France et le Maroc, et d’y associer le plus grand nombre possible de scientifiques, d’industriels, de chercheurs et de techniciens.

 Comment arrivez-vous à coordonner votre action en tant que chercheurs et scientifiques dispersés sur différentes institutions françaises ?

 Nous fonctionnons avec des clubs (Entreprise et Finances; Energie et Environnement ; Informatique; Santé, Nutrition et Agro-Alimentaire…) qui sont présidés et animés la plupart du temps par un membre du Conseil d’administration qui s’engage avec son équipe constituée d’adhérents sur un cahier des charges annuel en termes de manifestations et d’actions.

 Est-ce que le pays d’origine le Maroc montre son intérêt à votre action ?

 Le Maroc ne peut que montrer tout son intérêt à une telle démarche parce que la mondialisation de l’économie provoque un accroissement de la demande dans les pays du Nord, ce qui entraîne par voie de conséquence une recherche des personnes les plus qualifiées dans le Sud. La fuite des cerveaux provoque indirectement un déclin dans les pays du Sud qui voient partir leurs élites. Il faut en outre constater que la recherche scientifique, par exemple, est de plus en plus prise en charge par le secteur privé. La fuite des cerveaux provoque indirectement un déclin dans les pays du Sud qui voient partir leurs élites.

Quelles sont les alternatives si l’on veut éviter la détérioration de la situation au Maroc ?

Si l’on veut éviter la détérioration de la situation au Maroc, il faut organiser, à partir du Maroc, des réseaux de personnes expatriées hautement qualifiées. Ces réseaux auraient pour vocation de canaliser le transfert des compétences plutôt que le retour des personnes. Pour réaliser ce projet, les deux conditions suivantes doivent être remplies: -l’existence au Maroc d’une communauté scientifique locale suffisamment développée pour permettre la mise en place d’échanges scientifiques ; - la volonté politique à long terme et les moyens financiers pour organiser et dynamiser un réseau en transformation constante. Pour être rentable, l’organisation d’un tel réseau exige un suivi rigoureux car le monde scientifique est très mobile et il n’est pas aisé de garder la trace des chercheurs et scientifiques nationaux. Les pays d’accueil riches et industrialisés mettent de grands moyens pour retenir les scientifiques issus des pays du Sud. Même un pays comme la France n’arrive pas à faire face aux USA qui attirent des meilleurs scientifiques.

Le Maroc a-t-il la volonté et les moyens de remédier à ce déficit?

C’est une question difficile. C’est vrai que de plus en plus de Marocains hautement qualifiés «fuient» vers la France mais pas pour les mêmes raisons. Il y a des préoccupations qui ne sont plus d’ordre économique ; on voit apparaître ces dernières années des besoins en termes de formation pour les enfants. Le système de formation au Maroc est considéré comme étant en faillite. Mais concrètement, la fuite des cerveaux est devenue un phénomène mondial. Effectivement les mathématiciens français émigrent beaucoup vers les pays anglo-saxons mais parallèlement la France récupère des Russes ou d’autres nationalités. On voit qu’en fonction des pays, différents critères interviennent; bien entendu les opportunités d’emploi et le niveau des salaires que les instances ou sociétés locales peuvent offrir mais aussi la sécurité et la paix, le manque de démocratie…. De plus, la recherche des personnes les plus qualifiées dans le Sud risque de s’amplifier si la loi sur «l’immigration choisie» est totalement adoptée en France. Mais la loi sur «l’immigration choisie» a été adoptée et la liste des métiers que les étrangers peuvent exercer est déjà connue. Ce n’est pas vraiment le cas, comme par exemple pour le Canada. En France, la relance de l’immigration du travail est stoppée officiellement après les grandes vagues d’immigration de main-d’œuvre bon marché. Mais, à présent, la carte de séjour est liée à un contrat de travail. Si l’employeur met un terme au contrat, la carte perd également sa validité. Moi, je parlerai plutôt d’une immigration utilitariste et libérale; on met les personnes dans des situations encore plus précaires.

Comment comptez-vous financer vos actions?

Nos actions sont financées par les cotisations et souscriptions des membres, des subventions de l'Etat, des régions, des départements, des communes et des établissements publics en plus des rentrées diverses autorisées par la loi (organisation d’activités dites « lucratives »).

 Quel est votre programme d’activité avec le Maroc cette année?

Les moyens d’action de notre structure sont ceux susceptibles d’assurer la poursuite des buts que nous avons définis, notamment par : - l’organisation de séances consacrées aux exposés de tous travaux relevant des sciences et techniques; - l’organisation ou la participation à l’organisation de congrès, symposiums, colloques et expositions, nationaux ou internationaux; - l’entretien des relations nécessaires avec les organismes et personnalités intéressés sur le plan national et international; - l’édition ou la participation à l’édition de journaux, revues, bulletins et circulaires; - la collaboration avec les laboratoires marocains pour les aider dans leurs recherches. Pour cette année, lors de ma rencontre avec le ministre marocain de l’Emploi et de la Formation professionnelle à Paris le 8 avril dernier, nous avons évoqué la possibilité d’organisation d’une journée d’étude sur «Le pacte national pour l’émergence industrielle» pour l’adoption d’une nouvelle stratégie dédiée aux secteurs de l'industrie et des services et au développement des nouvelles technologies.

Avez-vous d’autres partenaires publics ou privés avec vous dans cette démarche de coopération entre les deux r ives ?

Selon les actions menées, nous construisons des partenariats associant institutionnels et privés. Evidemment, il ne peut pas y avoir de partenariats exclusifs. Par rapport aux formations d'ingénieurs des filières de tous domaines allant des sciences à la médecine en passant par le management, pour le développement des approches transversales, sources constantes d'innovation, nous pouvons envisager des partenariats institutionnels. De même pour favoriser dans le même esprit une flexibilité accrue des cursus, conduisant à l'émergence de profils d'ingénieurs ou de scientifiques ayant eu dans leur cursus une ouverture non technique (économie, sciences sociales) ou scientifique (médecine, biologie…) nous avons besoin d’un partenariat public-privé. Par contre, pour apporter à l’économie marocaine les facteurs de compétitivité dont elle a le plus besoin, que ce soit en termes de coûts, de fiabilité ou d'innovation des systèmes, des produits et services par une maîtrise à tous niveaux de l'ensemble du champ technique notamment par un effort à la fois scientifique et technique sur les technologies en émergence, un partenariat privé est évidemment privilégié. En tous les cas, j’espère que notre démarche servira le projet d'une société ouverte, non discriminante, apte à concrétiser un principe d'égalité des chances et de reconnaissance des mérites et des talents les plus originaux dans le champ de l'innovation.

Que pensez-vous du programme ambitieux lancé par le Maroc: la formation de 10 mille ingénieurs par an ?

Je pense qu’il faut examiner vraiment les besoins à satisfaire qui varient profondément, des grands groupes industriels aux petites structures: ce n'est pas en effet la même chose que de mettre en oeuvre des avancées technologiques ou d'assurer le niveau technique de PME, qui souvent hésitent à employer des ingénieurs et d'envisager une pleine synergie pour la mise en oeuvre des politiques publiques de l’enseignement supérieur. Il faut aussi bénéficier des expériences des grands pays d'Europe pour les grandes universités technologiques pour une clarification pragmatique et réaliste du positionnement des formations d’ingénieurs marocains. Il faut en définitive que les formations d'ingénieurs assurent le développement, la valorisation des savoir-faire technologiques, au travers d'une préparation adaptée à l'insertion professionnelle et aux évolutions qu’engendre la compétition économique mondiale.

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Samedi 23 Mai 2009

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