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Chakib Boualou : Le Big Data est en train de transformer les modèles économiques sur Internet




Chakib Boualou : Le Big Data est en train  de transformer les modèles économiques sur Internet
Suite à la convention 
organisée par l’un des clubs du Conseil franco-marocain, à savoir le Club des 
technologies de 
l’information et de la 
communication, qui visait 
à présenter un panorama de ces nouvelles technologies 
à l’Ecole des mines à Paris, nous avons posé cinq 
questions à Chakib Boualou, président du Conseil franco-marocain 
des ingénieurs et des 
scientifiques.
Entretien.
 
Libé : Dans quel cadre vous avez organisé votre convention « Comment le Big Data est en train de révolutionner les technologies de l’information ? » 
Chakib Boualou : Cette convention  a été organisée par l’un des clubs du Conseil franco-marocain : le club Technologies de l’information et de la communication (TIC) et visait à présenter un panorama de ces nouvelles technologies. Deux axes ont été abordés. Le premier concernait la promesse du Big Data et le second les principales technologies du Big Data. L’animation de cette convention a été assurée par Saâd Zaghloul Khalid (BNP Paribas Personal Finance) qui a développé les outils quantitatifs de maîtrise du risque (scoring, aide à la décision, systèmes-expert et de pilotage, méthodes statistiques avancées, etc.) et managé  les équipes analytiques. Cela l’a amené naturellement à s’intéresser aux concepts véhiculés par le Big Data, plus particulièrement aux technologies sur lesquelles des utilisations concrètes peuvent être développées.
Quels sont les enjeux mondiaux aujourd’hui de stocker et d’exploiter les données échangées sur Internet?
La quantité d’informations envoyées et reçues par les entreprises a explosé. Tout le défi aujourd’hui est de savoir comment stocker et surtout exploiter ces données, qui peuvent être structurées (textes, chiffres) ou non (vidéos, sons, etc.). Le Big Data (collecte et exploitation de grands volumes de données) est en train de transformer les modèles économiques sur Internet, au niveau du traitement de l’information, de sa valorisation économique, de la construction de modèles d’aide à la décision, de la visualisation des analyses, etc. Les géants du web, Yahoo, Google et Facebook se sont confrontés très tôt à des problématiques de très gros volumes et ont été parmi les tout premiers à déployer ce type de technologies qui sont en train de se diffuser à la vitesse grand V chez les acteurs du commerce électronique et commencent à être intégrées par les entreprises de l’économie réelle.
Est-ce que le Maroc est conscient de ces nouveaux enjeux du Big Data ?
Tout le monde est conscient des enjeux importants du Big Data ! IBM, la firme américaine qui accompagne le Maroc comme les autres pays africains dans la gestion des données numériques, avait déjà établi un plan de développement en 2011. Quelques activités de conseil  autour du Big Data, le cloud ou le business analytics ont vu le jour récemment au Maroc. HP propose aussi une offre au Maroc qui cible plus les systèmes d’information et donc tout ce qui concerne l’informatique décisionnelle, la dématérialisation et la sécurité des données. 
Est-ce que les compétences marocaines établies à l’étranger peuvent mobiliser leur savoir dans ce domaine en faveur de leur pays d’origine ? Comment faire pour le transfert de ce savoir?
Le Maroc dispose d’un potentiel intéressant de profils expérimentés à la fois pour les informaticiens (environ 10.000 formés chaque année dans le secteur des TIC) mais aussi pour les statisticiens (INSEA, universités & écoles françaises) avec un secteur NTIC assez développé (off-shore, nearshore). Par rapport à la question du transfert que vous évoquez, le Maroc manque de start-ups et de data scientists ; je pense que c’est dans ce domaine qu’il faut accentuer l’effort. La culture Internet est assez développée chez les jeunes et les cadres (environ 34% de  Marocains ont utilisé Internet récemment) mais son accès est encore limité : moins de 10% de foyers ont un accès à domicile ! Il faut rendre accessible aux citoyens l’Internet haut débit, rapprocher l’administration des besoins de l’usager à travers un ambitieux programme d’e-gouvernement, inciter à l’informatisation des PME, développer la filière locale des technologies de l’information, notamment en favorisant l’émergence de pôles d’excellence à fort potentiel à l’export.
La démocratisation d’Internet et la prolifération des appareils connectés, la quantité d’informations envoyées et reçues ont transformé notre façon de vivre et de voir le monde. Mais l’affaire Snowden et la révélation de la puissance de l’espionnage américain ont été perçues comme une violation de l’intimité de millions de personnes dans le monde. Quel est votre regard sur cette situation en tant que scientifique et militant car les serveurs de stockage Big Data sont installés en grande majorité aux Etats-Unis ?
Oui, effectivement le programme d’espionnage américain, révélé par Edward Snowden, a permis la collecte de données personnelles de millions de citoyens ou d’institutions. Les informations classées top secret de la NSA dévoilées concernant la captation des métadonnées des appels téléphoniques aux Etats-Unis, ainsi que les systèmes d’écoute sur Internet des programmes de surveillance du gouvernement américain ont choqué toute la planète.
Pour ma part, je suis pour l’intégrité et l’éthique évidemment. L’organisation actuelle où les agences du web international comme l’Icann (qui gère les noms de domaines) ou l’Iana (base de données géantes des adresses IP) sont aujourd’hui quasiment gérées par les Etats-Unis. Bien sûr, tout le monde veut limiter l’influence des Américains. Mais les Etats sont davantage tentés par une forme de protectionnisme de leurs données depuis cette affaire même si, sur le principe, tous les Etats expriment leur volonté de coopérer. Je pense que dans les faits, cette coopération n’irait pas assez loin. Il faut élaborer un projet crédible pour la gouvernance mondiale de l’Internet. Certains préconisent que l’administration des fonctions essentielles d’Internet soit confiée à l’Union internationale des télécommunications (NDLR : une institution des Nations unies). En tous cas, il faut une implication conjointe des Etats, du privé et de la société civile pour y arriver.
 
 
 
 

Entretien réalisé par Youssef Lahlali
Mercredi 20 Août 2014

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