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Chafik Shimi: Pousser les gens à lire en stimulant leur curiosité




Chafik Shimi: Pousser les gens à lire en stimulant leur curiosité
En 1970, Chafik Shimi, alors âgé d’une vingtaine d’années, participait activement, aux côtés des Palestiniens, aux combats qui faisaient rage en Jordanie, lors du fameux Septembre noir. Des années plus tard, on le retrouve à Paris, en tant  qu’étudiant puis à Rabat en tant qu’enseignant de théâtre à l’université. Mais il ne tardera pas à rendre le tablier car il ne pouvait pas supporter une vie rangée. Il devait tout naturellement se consacrer à sa véritable vocation, celle d’artiste. Contre vents et marées. Mais qu’importe, puisque ce fin lettré est capable comme personne de s’épanouir dans l’adversité.

Libé : Vous avez été totalement absorbé, ces derniers temps, par le tournage de votre nouvelle série télé « Chouk Essedra ». C’est autour de quel thème?
Chafik Shimi : Comme vous le savez, « Chouk Essedra » est une adaptation des « Misérables » de Victor Hugo. A travers cette adaptation, je retrace un peu le parcours qui a mené à l’indépendance du  Maroc. Cela se passe entre 1933 et 1956. Période décisive, entre toutes, de l’histoire de notre pays.     
Bien évidemment, j’ai essayé de donner à ce roman, en l’adaptant, un cachet typiquement marocain. Mon Jean Valjean à moi n’est pas voleur de pain. Bien au contraire, il use de tous les moyens pour pouvoir en distribuer aux nécessiteux de Boughafer. Et c’est pour cela qu’il a été arrêté et condamné. De manière tout à fait paradoxale, puisqu’il aurait dû être complimenté pour son geste.
Où en êtes-vous actuellement, en ce qui concerne cette série ?
Nous avons travaillé d’arrache-pied durant douze mois consécutifs. Le tournage a eu lieu dans des conditions décourageantes. Et ceci est dû en partie à la nature   du contrat liant le producteur exécutif à la SNRT. Ce contrat stipule un financement échelonné sur dix tranches, ce qui a rendu les choses très difficiles sur le plan pratique.
En dépit de cette situation regrettable, tous les corps de métiers ayant participé à cette série affichent leur fierté d’avoir pu réaliser 30% du travail, sans pour autant faire la moindre concession, sur le plan de la qualité. Et ils se montrent tout à fait disposés à réaliser la partie restante.
Il faut savoir que nous avons tourné certaines scènes avec 300 ou 400 personnes. C’est là une preuve tangible que nous refusons la facilité. Nous n’avons jamais songé à faire le tournage dans des appartements érigés en studios, pour la circonstance. C’est ainsi que nous avons passé un an à Midelt, à Sidi Hamza, puis à Titawin, où il n’y avait que des étendues de neige ou de pierraille, selon les saisons. Et nous avons pu malgré tout transformer ce paysage, en le travaillant de nos propres mains. Parallèlement à mes responsabilités de metteur en scène, je m’occupais également des décors, car il n’y avait personne pour le faire.
Adapter des œuvres romanesques est-ce vraiment une tâche aisée ?
 Tout d’abord, il faut être imprégné de littérature et de culture générale. L’adaptation d’une œuvre littéraire ne consiste pas en une transposition proprement dite. Il ne s’agit pas non plus de récrire l’œuvre adaptée, mais d’accéder à un état d’harmonie avec elle. Il y a donc des liens impalpables qui se tissent entre l’auteur et celui qui adapte son œuvre au cinéma ou à la télévision. C’est dans l’ensemble une tâche difficile. Et la difficulté devient encore plus grande quand il s’agit de préparer non seulement un film, à partir de l’œuvre en question, mais soixante épisodes d’une série télévisée.
Il y a un autre point important. Quand vous écrivez vous-même l’histoire à réaliser, tout va bien et il n’y a aucun problème. Mais dès qu’il s’agit d’adapter  un roman célèbre, il y a certaines personnes qui vous attendent au tournant. Elles se permettent de juger votre adaptation, en partant de leur propre lecture du roman en question.       
Et puis il y a aussi des personnes qui ne connaissaient pas cette œuvre romanesque auparavant et qui ont pu la découvrir grâce à cette adaptation. C’est là un des aspects intéressants de l’adaptation : pousser les gens à lire en stimulant leur curiosité. Et c’est un peu ce qui s’est passé avec « Oujaa trab » qui est, comme vous le savez, une adaptation de « La terre » de Zola.
Pourquoi avoir opté cette fois pour « Les misérables » de Victor Hugo ?
Parce que ce roman relate une étape importante de l’Histoire de France. Et ce, d’une manière tout à fait romancée. En adaptant cette œuvre, qui évoque donc l’Histoire de France, j’ai tenté de présenter une étape de l’Histoire de notre pays, également, puisqu’il y a une certaine imbrication entre les deux. C’est donc une manière allusive d’aborder notre propre Histoire.
Quelle est votre appréciation des séries et des sitcoms marocaines qui nous ont été proposées durant le mois de Ramadan ?
N’étant pas critique spécialisé, je ne m’accorderai certainement pas le droit de juger le travail des autres.  En particulier, les séries dont vous parlez. Cela dit, il faut avouer que je n’ai pas eu l’occasion de les suivre. En fait, je ne regarde jamais la télévision aux heures de rupture du jeûne. Ce sont là des moments vraiment privilégiés que je consacre entièrement à ma petite famille.   
Il y a un autre phénomène à souligner à ce propos. C’est cette véritable avalanche de spots publicitaires justement à ces heures. Et c’est là une chose tout à fait déplaisante. D’autant plus que cette pub ne tient compte ni de notre Histoire, ni de notre patrimoine. Sans oublier que le temps consacré à la diffusion des spots publicitaires dépasse parfois celui alloué aux séries en question. D’ailleurs les boîtes de communication qui produisent ces spots publicitaires n’utilisent pas dans leur jargon le terme de téléspectateur mais plutôt celui de consommateur. Ce qui donne une idée assez claire de leur vision des choses.


Propos recueillis par Mehdi Ouassat
Lundi 27 Août 2012

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