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Casablanca toujours en quête du label Ville sans bidonvilles

Le défi sera-t-il relevé un jour ?




Casablanca toujours en quête  du label Ville sans bidonvilles
Priorité à la lutte contre l’habitat insalubre. Les autorités casablancaises ont fait savoir, jeudi 22 avril, qu’une stratégie a été mise en place pour se débarrasser des bidonvilles que compte encore la métropole. C’est même Nabil Benabdellah, ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville, qui a présidé la signature d’une multitude de conventions avec les différentes parties concernées. L’une de ces conventions porte sur le «recasement de quelque 12.000 familles issues des bidonvilles de la région du Grand Casablanca», selon le département de l’Habitat. Cette convention a été signée par les responsables du ministère en charge de ce portefeuille, le wali du Grand Casablanca, le gouverneur directeur de l’Agence urbaine de Casablanca, la société d’Aménagement Al Omrane et la société Idmaj Sakane. Les pouvoirs publics ont souligné que quelque 2,4 milliards de dirhams allaient être investis pour l’éradication des bidonvilles. Les partenaires se sont engagés à œuvrer ensemble pour le financement et la réalisation d’un programme complémentaire afin de finaliser la programmation du programme «Villes sans bidonvilles» au niveau de la région. Selon les pouvoirs publics, le délai pour mobiliser le foncier est fixé à 6 mois à compter de la date de signature et des conventions de financement seront conclues dès la mobilisation du foncier nécessaire», précise-t-on au département de l’Habitat. Mais la capitale économique aura-t-elle, cette fois-ci, la chance d’être déclarée «Ville sans bidonvilles» ? Ce rêve sera-t-il concrétisé en 2015?
Alors que les applaudissements accompagnaient l’annonce par les autorités de la nouvelle stratégie ayant pour objectif prioritaire de faire du Grand Casablanca, d’ici à cette échéance, une «Ville sans bidonvilles», les craintes de certains professionnels – et même de certains responsables- commençaient dès le lendemain à transparaître. « Chaque fois qu’une opération de recasement est entreprise, naît parallèlement un nouveau bidonville. On le sait, il n’y a pas de contrôle rigoureux et il n’y en aura pas. Car certains agents d’autorité sont corrompus et sont donc à l’origine des irrégularités en matière de recasement des populations concernées par les programmes de résorption de bidonvilles», a déclaré à Libé un ancien président du Conseil régional de l’Ordre des architectes de Casablanca (CRAC). Et  d’insister : «Cela fait longtemps qu’on est en train de travailler sur la problématique de l’habitat insalubre. Il y a eu des dizaines de conventions et des dizaines de projets qui ont été lancés pour venir à bout des bidonvilles et des constructions insalubres. Pourtant, on est toujours dans la même situation». Et l’architecte de prévenir : «Je crains que passé ce deadline, on soit encore dans la même situation. Car il y a toujours les problèmes du manque de participation des citoyens et du manque de proximité avec ceux qui vivent dans des quartiers insalubres ». Pire, cet ancien président du  Conseil régional de l’Ordre des architectes de Casablanca, qui ne mâche pas ses mots, pense que « cette nouvelle stratégie - tout comme les  précédentes – va, encore une fois, profiter à une certaine catégorie de promoteurs et à une certaine catégorie de personnes qui en tireront profit alors que le citoyen, lui, n’en profitera guère». Pour notre interlocuteur, «ce sont des personnes qui travaillent dans l’urbanisme qui sont responsables du non aboutissement du programme d’éradication de l’habitat insalubre. Car comment expliquer que malgré les opérations d’attribution des lots aux populations bénéficiaires, il y a toujours des bidonvilles? Une chose est sûre : tant qu’il y a des membres des lobbies immobiliers qui occupent des responsabilités d’élus, le programme de résorption des bidonvilles connaîtra toujours des difficultés. Ils utilisent leur influence pour acquérir des terrains pouvant, en fait, régler la problématique du foncier».
Ainsi au moment où les responsables en charge de ce dossier assurent que ce rêve deviendra une réalité, d’ici fin 2015, cet ex-président du CRAC soutient, catégorique, que «cette nouvelle stratégie «risque même de continuer à créer des «ghettos» à travers la ville, sans qu’elle ait mixité urbaine ni possibilité pour les populations qui vont y vivre d’espérer avoir un logement décent dans le futur».  Il a ajouté : «Toutes les stratégies précédentes n’ont pas tenu compte de cette question qu’est la sécurité de proximité et de mixité urbaine qui permet à tous de vivre ensemble. Il faut dire que plusieurs barrières sont dressées entre les citoyens. Et c’est ce qui a d’ailleurs fait qu’il y a au Maroc ce problème de «Tcharmil» et ce sentiment de la «Hogra» parmi les populations. Il n’y a qu’à faire un tour au niveau des projets qui ont déjà été réalisés dans le cadre dudit programme pour s’en rendre compte». 
Dans ce même ordre d’idées, des voix associatives de la place tiennent, elles-aussi, à souligner que « les  solutions de déplacer les populations et de raser leurs logements, ne vont pas résoudre le problème de l’habitat insalubre à Casablanca. On ne fait que créer des bidonvilles en dur et de futurs logements insalubres.  Dans tous les projets qui ont été réalisés ou qui sont en cours de réalisation, il n’y a aucun élément essentiel même techniquement, il n’y a pas d’espaces verts et il n’y a pas non plus d’équipements collectifs à caractère social». Elles insistent :«La solution du problème de l’habitat insalubre doit commencer à partir de la périphérie de Casablanca, comme Médiouna, Bouskoura et tous les douars situés dans ces zones. On doit résoudre les problèmes de ces gens pour les encourager à y rester, et ceux des déplacements urbains et de la circulation et leur donner les moyens de vivre mieux».
On pensait que le défi d’éradiquer les bidonvilles que compte la vile allait être relevé déjà en 2010. Mais cela n’a pas été le cas. L’ancien ministre de tutelle, Taoufiq Hejira avait déclaré que son département allait mettre le paquet pour déclarer la ville de Casablanca «VSB», en 2010. Mais selon les observateurs, les opérations de relogement, qui sont lancées depuis 2005, se font à un rythme très lent et connaissent des difficultés. Toutes les opérations auraient même été entachées d’irrégularités. En 2014, soit quatre ans après le deadline fixé par les pouvoirs publics, les bidonvilles sont toujours là et d’autres s’y sont même ajoutés. Il faut dire que la situation n’était guère réjouissante et le programme de résorption des bidonvilles semblait réellement connaître des problèmes. Ce sont ces contraintes qui ont d’ailleurs empêché d’atteindre l’objectif de faire aboutir le programme de résorption de l’habitat insalubre dans la région du Grand Casablanca. Les pouvoirs publics allaient fixer un autre deadline pour déclarer Casablanca «Ville sans bidonvilles ». En effet, en février 2011, une commission régionale avait été mise en place et s’était réunie pour le lancement d’un programme d’urgence devant venir à bout de l’ensemble des bidonvilles de la ville, en 2012. Plusieurs réunions avaient été tenues pour examiner les contraintes que connaît le programme de résorption des bidonvilles dans la ville. Mais encore une fois, ladite commission n’a pas réalisé l’objectif escompté». C’est dire l’importance des défis à relever.
Abdelkader Kaewa, inspecteur régional de l’habitat et de l’urbanisme dans la capitale économique souligne à ce sujet que «le problème des bidonvilles à Casablanca est surtout  un problème qui existe au niveau de la gestion de ceux-ci. Dans pratiquement toutes les opérations de relogement, les populations concernées se sont démultipliées, ce qui fait qu’il y a toujours de nouvelles revendications et d’autres ménages qui veulent bénéficier, eux aussi, du programme de résorption des bidonvilles». 
Mais, de leur côté, les populations déplorent les irrégularités qui ont entaché les opérations ayant concerné certains bidonvilles. Lesquelles irrégularités avaient même provoqué la colère des habitants de ces bidonvilles dont notamment ceux de douar «Sekouila», l’un des plus anciens de Casablanca qui totalisait 6077 baraques avant d’être rasé en 2013. L’opération, qui concerne ce regroupement des habitations insalubres relevant de la préfecture des Arrondissements de Sidi Bernoussi, a été l’une des plus complexes du programme de lutte contre l’habitat insalubre. L’opération de recasement des populations de Douar Sekouila compte parmi celles ayant accusé du retard à cause des nombreuses difficultés qui l’ont accompagnée. 
Dans le cadre de la nouvelle stratégie annoncée, jeudi dernier, les responsables tentent de trouver des solutions pour l’éradication totale, d’ici deux ans, de l’un des plus gros douars de cet arrondissement, celui de «Rhamna». «Actuellement, nous avons quelque 12.000 dont la grande partie se trouve essentiellement à Sidi Moumen, à Mohammedia et à Sidi Bernoussi où on a mis le paquet, ces deux dernières années, pour venir à bout des bidonvilles qui étaient considérés comme les plus grands à Casablanca. A savoir notamment  douar Sekouila, Thomas, Zaraba, reste douar «Rhamna», l’un des plus gros douars», déclare à Libé, l’inspecteur régional de l’habitat et de l’urbanisme, lequel reste, toutefois, prudent quant au délai fixé par les pouvoirs publics pour l’exécution de cette nouvelle stratégie.
«La stratégie qui vient d’être mise en œuvre prend en considération toutes les difficultés pour que ce problème de bidonvilles et d’habitat insalubre soit enfin réglé. Mais il faut, toutefois, rester prudent quand on parle de deadline. Car il est difficile d’affirmer que d’ici cette date on va éradiquer les bidonvilles», confie Abdelkader Kaewa. Pour ce dernier, «les conditions de réussite de cette nouvelle stratégie sont certes là, mais il faut trouver le foncier nécessaire pour un ensemble de ménages. Et ce problème, on doit le régler dans les meilleurs délais». Avant de conclure :«Il y a actuellement un travail qui se fait pour trouver quelque 400 hectares dont nous avons besoin pour accueillir les 12 mille ménages concernés par cette nouvelle stratégie. Mais il faut souligner, cependant, que l’effort fourni à Casablanca depuis quelques années est colossal. Car plus de 55% des populations ont déjà été relogées et pas moins de 700 hectares ont déjà été mobilisés pour les treize opérations ayant été lancées pour recevoir les familles concernées par les opérations de relogement déjà lancées».
Ainsi donc, les responsables en charge de ce dossier essaient-ils  tant bien que mal de trouver les solutions pour enfin déclarer Casablanca «VSB ». Mais le défi est grand pour reloger 45% des ménages qui n’ont pas encore bénéficié dudit programme. Certes le problème de l’éradication des bidonvilles doit être l’une des priorités, mais il est à craindre que, dans l’urgence, on ne répète que par le passé. Et comme l’a souligné un élu de l’opposition au Conseil de la ville de Casablanca : «Il ne suffit pas d’éradiquer les bidonvilles existants. Il faut surtout prévenir l’apparition d’autres par l’intensification de l’offre en logements à bas prix, une offre qui devait impérativement être adaptée aux revenus des acquéreurs de logements ».


Le programme VSB
 
Le programme de lutte contre l’habitat insalubre ne date pas d’aujourd’hui. En 2004, le Maroc avait décidé de lancer un programme national afin de venir à bout des mille bidonvilles que totalisait le Royaume à cette date. Quelque 83 villes étaient, en fait, concernées par cette problématique. En 2007, une soixantaine de villes s’étaient engagées, par le biais de contrats «Villes sans bidonvilles» (VSB), à l’éradication du phénomène. A fin 2010, le taux d’avancement des opérations VSB lancées aurait atteint 70%, d’après les pouvoirs publics. Pour la région du Grand Casablanca, depuis la mise en œuvre du programme, sur quelque 98.079 ménages ciblés par les opérations de recasement, seuls 23.079 ont bénéficié de ces opérations, en 2010.


Naîma Cherii
Mardi 29 Avril 2014

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