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Camps de Tindouf : Nouveaux rebondissements dans l'affaire des otages européens




Le Mali n'est pas un « Far West » et « nous l'avons déjà fait comprendre à qui de droit », a déclaré vendredi un ministre malien sous couvert de l'anonymat, précisant que son pays « n'acceptera plus la violation de son intégrité territoriale par le Front Polisario », dont des hommes armés  ont récemment pénétré, tué un homme et enlevé au moins trois autres.
Pour lui, les « raisons de cette intrusion ne tiennent pas debout, surtout que la personne tuée et celles enlevées n'ont rien à voir avec les ravisseurs des otages européens enlevés à Tindouf », dans l'ouest de l'Algérie.
Les faits se sont produits dans la localité d'El Hank, dans la région administrative de Tombouctou, à environ 70 km de la frontière algérienne, a ajouté la même source, précisant que les éléments armés du Polisario ont tué Mohamed Yeyia Ould Hamed, surnommé « Double-tête ».
D'autre part, un conseiller d'une localité dans le nord du Mali, relayé par l'agence, a souligné qu'il est l'oncle de Tahar Ould El Himry, l'une des personnes enlevées par les éléments armés du Polisario. « Mon neveu n'a rien à voir avec Al-Qaïda », a-t-il affirmé.
« Tout le monde connaît ici (dans la région de Tombouctou) le véritable complice d'Aqmi (Al-Qaïda dans le Maghreb islamique), qui a même aidé à enlever les Européens à Tindouf. Il s'appelle « Omar Sahraoui », mais personne ne bouge le petit doigt pour l'arrêter et « nous ne comprenons pas », a ajouté M. Ould Taher.
En juillet 2010, Omar Sid'Ahmed Ould Hamma, alias « Omar Sahraoui », avait été condamné en Mauritanie à 12 ans de prison assortis de travaux forcés pour l'enlèvement des humanitaires espagnols. Selon la justice mauritanienne, il avait agi comme « mercenaire d'Aqmi » qui, depuis ses bases dans le nord malien, opère dans plusieurs pays du Sahel.
Il avait été extradé vers le Mali juste après, puis libéré peu avant l'élargissement en août 2010 de deux Espagnols, Roque Pascual et Albert Vilalta, qu'il avait lui-même conduits vers la liberté à travers le désert malien, jusqu'à la frontière du Burkina Faso.
Aqmi avait demandé et obtenu sa libération, en échange de celle des deux otages espagnols.
Selon des sources sécuritaires dans la région, Omar Sahraoui est impliqué dans l'enlèvement des trois Européens dans la région de Tindouf. Lesquels auraient, selon des sources bien informées, commencé à surveiller de plus près l'aide internationale envoyée aux résidents des camps de Lahmada. Ils seraient devenus plus pointilleux après avoir eu des doutes sur la destination finale de cette aide, dont une partie se retrouve sur les marchés des pays de la région.
Une hypothèse qui pourrait expliquer que le Polisario a été derrière leur enlèvement et l'aurait fait exécuter par ses propres membres, sinon commandité à des trafiquants opérant dans la zone sahélo-saharienne sous la couverture d'Aqmi. Ce dont atteste la déclaration du président du pseudo-Parlement sahraoui, Khatri Addouh qui a annoncé, dans la nuit de mercredi à jeudi, qu'un groupe de personnes, dont des individus impliqués directement dans l'enlèvement de trois ressortissants européens à Rabouni  près de Tindouf, ont été arrêtées par ses milices.Addouh  qui s'exprimait lors d'une conférence de presse, a expliqué qu'il s'agit d'un groupe constitué de personnes impliquées dans le crime organisé, précisant toutefois qu'"ils agissaient pour le compte d'une organisation criminelle inconnue jusqu'ici". Inconnue de qui ? Pas du Polisario, ni de la DRS algérienne qui quadrillent les lieux pour faire durer au maximum la séquestration et les souffrances des populations sahraouies qu'ils maintiennent contre leur gré dans leurs camps de concentration.
Cerise sur le gâteau, Khatri Addouh s'est également montré peu éloquent concernant l'autre forfaiture que les séparatistes sont en train de commettre sous couvert de leur soi-disant congrès.
Plusieurs responsables de son mouvement en attendent avec appréhension les résultats, craignant de le voir déboucher sur une dislocation du  Polisario ou tout au moins vers des changements à sa tête.
Ils ont dû, selon toute vraisemblance, perdre le sommeil depuis l'enlèvement des trois humanitaires européens dans le camp hautement surveillé de Rabouni, non loin de leur QG. Cette affaire a, en effet, créé de vives tensions entre la direction du Polisario et les commandements de l'armée et des services de renseignements algériens, raconte un ancien cadre du mouvement qui a été mis à l'écart après la découverte de sa tentative de fuir au Maroc.
La tension, dit-il, est montée d'un cran. Un bon nombre de hauts dirigeants sahraouis se trouvent dans la ligne de mire des autorités militaires algériennes. Ces dernières leur reprochent les indiscrétions qui ont entaché l'envoi de leurs combattants en Libye pour appuyer les troupes fidèles à Mouammar Kadhafi. Mais, ce qui a aggravé davantage le cas de ces dirigeants, ajoute la même source citée par le site www.polisario-confidentiel.com, c'est la complicité avérée de leurs services de sécurité dans l'enlèvement du 23 octobre dernier.
Aussi le journal en ligne, Saharanow, annonce avoir reçu un communiqué de la direction du mouvement dissident du Polisario “Regroupement du Sahara démocratique, RDS”, créé, il y a quelques mois par un groupe de Sahraouis. Dans ce communiqué, les signataires dénoncent la trahison du Polisario qui semble ignorer totalement le dialogue et le droit à la divergence d'idées.
Le mouvement dénonce le choix du lieu dit Tifariti pour la tenue dudit congrès. Ce choix dans lequel le mouvement voit la claire volonté du Polisario de tenir ce congrès sous une férule d'acier avec tout ce que cela implique comme mesures sécuritaires et menaces de répression.
Les signataires disent avoir beaucoup espéré de ce congrès pour qu'il y ait un changement et une ébauche de dialogue permettant une sortie de crise honorable et concertée. Ce que la direction du mouvement séparatiste refuse carrément.
La tension, donc, ne fait qu'augmenter dans la région. A telle enseigne que l'ONU s'en est trouvée perturbée puisque le secrétaire général adjoint pour la sûreté et la sécurité, Gregory Starr, a ordonné de relever l'alerte à son niveau maximum  dans la zone, de suspendre toutes les patrouilles de nuit et les activités de la MINURSO et d'observer un «couvre-feu strict du crépuscule à l'aube».

Ahmadou El-Katab
Samedi 17 Décembre 2011

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