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Cacophonie : Leur nombre se monte à combien, nos pauvres ? 4 millions, 8 millions ou 12 millions ?

Et le RAMED dans tout ça ?




 L’information n’a rien de nouveau. Elle a fait la Une de toute la presse nationale. De nombreux médias de la place ont, en effet, relayé les dernières statistiques du HCP selon lesquelles le Maroc compte 4 millions de pauvres.  Plus, les mêmes sources ont précisé que le nombre de personnes en situation de pauvreté a baissé, passant de 7,5 millions en 2004 à 2,8 millions en 2014.
Pourtant,  une question demeure : si la pauvreté est en baisse au Maroc, pourquoi le nombre de pauvres et de personnes vulnérables recensés par le Régime d’assistance médicale (RAMED) est en hausse ? En effet,  les derniers chiffres disponibles de l’Agence nationale de l’assurance-maladie (ANAM) ont indiqué que  le nombre des bénéficiaires du Ramed s’est établi à 11.459.199 personnes à fin août 2017, soit 4.608.443 foyers et que ledit régime couvre actuellement 141 % de la population cible estimée à 8.107.166.  Notons que de janvier à fin août 2017, 957.261 personnes ont bénéficié de ce Régime (458.663 foyers). Y a-t-il donc contradictions entre les statistiques du HCP et celles de l’ANAM?
« Il y a plusieurs définitions de la pauvreté. Il y a la pauvreté monétaire, la pauvreté humaine, la pauvreté multidimensionnelle, la précarité et la vulnérabilité.  Et c’est pourquoi il faut relativiser le chiffre de 4 millions de pauvres au Maroc car  tout dépend de la définition qui sous-tend les  calculs », nous a indiqué Hicham Attouch, professeur d’économie et président du Forum des économistes marocains. Et d’ajouter : « Si nous prenons la pauvreté monétaire, nous constatons que le Maroc fait ses calculs sur la base d’un dollar par jour, alors que cette barre a été dépassée par plusieurs pays. Il s’agit, en effet, d’une manœuvre destinée à minimiser le taux de pauvreté puisqu’elle ne prend pas en compte le taux d’inflation.  Ceci d’autant plus que personne ne sait si ces calculs sont faits sur la base du salaire réel ou nominal. Et cela peut changer toute la donne. Les ingénieurs du HCP  jouent avec les modes de calcul et les seuils de pauvreté. Le souci du Haut-commissariat via cette enquête a été de démontrer que le taux de pauvreté a régressé en comparaison avec les années passées. Tant qu’il n’y a pas recours aux données du recensement général de la population et de l’habitat, il y aura toujours polémique».  
Même son de cloche de la part de  Mohamed Kerkab, professeur à la Faculté des sciences économiques, juridiques et sociales de l'Université Cadi Ayyad qui s’interroge sur les modes de récolte des statistiques par le HCP. D’après lui, les statistiques concernant la pauvreté ne sont pas  élaborées sur la base du revenu et il n’existe pas un seuil définissant avec précision à partir de quel niveau un salaire se situe au-delà ou en deça du seuil de pauvreté. « Le flou entoure ces questions comme c’est le cas concernant le calcul du nombre de chômeurs », nous a-t-il précisé.
Concernant la contradiction entre les chiffres du HCP et ceux de l’ANAM, Hicham Attouch nous a expliqué que les statistiques du RAMED englobent également les personnes âgées de 15 ans et qui ne sont pas en recherche d’emploi. « Il suffit que le chef d’une famille soit identifié par le RAMED comme pauvre pour que tous les membres de sa famille le soient », nous a-t-il précisé. Et de poursuivre : « Le RAMED est basé sur la carte de la pauvreté et l’avis des cheikhs et moqaddams alors que les chiffres du HCP sont  basés sur une enquête nationale. On ne prend pas compte des mêmes références dans les modalités de calcul. Les modes de récolte des données par le RAMED ne sont pas fondés sur des critères précis et objectifs mais plutôt subjectifs. En effet, l’octroi d’une carte RAMED se fait en déclaratif ».
Notre source estime que la publication des chiffres sur la pauvreté est une occasion pour s’interroger sur la réussite ou l’échec  des programmes destinés à lutter contre ce fléau. Tel est le cas, à titre d’exemple, de l’INDH. Notre source pense qu’il est temps de faire le bilan des programmes mis en place au niveau des communes et des quartiers et de voir s’ils ont réussi à sortir les populations de leur  pauvreté. « On parle toujours des mêmes zones ciblées alors que ces programmes ont été lancés en   2005 et jusqu’au jour d’aujourd’hui rien n’a changé.  12 ans de développement humain sans résultats patents. Les chiffres  révèlent des lacunes dans l’exécution de ces programmes», a-t-elle conclu.

Hassan Bentaleb
Mardi 10 Octobre 2017

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