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C'est bien connu, la FIFA n'aime pas que la politique se mêle de football




Avec la FIFA, la politique n'est jamais loin

C'est bien connu, la FIFA n'aime pas que la politique se mêle de football
On l'a vu quand Nicolas Sarkozy et la classe politique française ont passé les dirigeants de la Fédération française de football dans le tordeur après la déchéance pathétique des Bleus. Ou quand le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a annoncé que les Super Eagles ne participeraient à aucune compétition internationale au cours des deux prochaines années, en guise de sanction pour leur piètre performance en Afrique du Sud.
La FIFA a immédiatement réagi, menaçant de suspension les deux pays s'ils ne mettaient pas fin immédiatement à cette intolérable ingérence.
L'ironie, c'est qu'il n'y a pas de bibitte plus politique que la FIFA. Et que la fédération est elle-même sortie de la sphère sportive au cours de son histoire pour verser dans l'interventionnisme politique.
L'Afrique du Sud en sait quelque chose (1). En 1961, la FIFA a été la première des organisations sportives internationales à suspendre le pays en raison de sa politique d'apartheid. La Football Association of South Africa (FASA), qui avait notamment créé une ligue professionnelle formée uniquement de joueurs blancs, était dans le collimateur des membres africains de la FIFA, dont le nombre s'était multiplié à la faveur du mouvement de décolonisation.
La suspension allait être rescindée dès l'année suivante. Opposé à l'ingérence de la politique dans le sport (ça vous rappelle quelque chose?), le nouveau président de la FIFA, le Britannique Stanley Rous, avait dirigé une mission d'observation en Afrique du Sud et en était revenu avec cette conclusion sidérante: «Il n'y a pas de discrimination de la part de la FASA envers quelque organisation que ce soit.» Rous, on le devine, ne s'était pas fait d'amis au sein du contingent africain de la FIFA.
La suspension a été réimposée dès 1964, mais Rous a continué de faire preuve d'un manque total de flair... politique en refusant de garantir une place pour chacune des confédérations continentales lors du Mondial de 1966. Les pays africains et asiatiques (sauf la Corée du Nord) ont réagi en boycottant l'événement.
Pas étonnant que le Brésilien Joao Havelange ait trouvé une oreille attentive quand il a courtisé les pays africains lors de l'élection à la présidence de la FIFA, en 1974. Rous s'est fait montrer la porte de sortie. Et deux ans plus tard, lors d'un Congrès tenu à Montréal, la FIFA a carrément expulsé l'Afrique du Sud. Ce n'est qu'en 1992, après l'abolition de la ségrégation raciale, que le pays a finalement réintégré le giron de la FIFA. Le président de la FIFA Sepp Blatter - ici avec le président sud-africain Jacob Zuma - avait annoncé son appui à une candidature africaine pour l'organisation de la Coupe du monde 2006.
Havelange avait par ailleurs bien compris l'importance du bloc politique que représente l'Afrique. L'augmentation du nombre d'équipes participant à la phase finale, passé de 16 à 24 en 1982, allait permettre de faire passer d'un à deux le nombre de places réservées au continent depuis 1970.
Le successeur et ancien conseiller de Havelange, Sepp Blatter, a lui aussi joué à fond la carte africaine dans le cadre de la campagne qui a culminé par son élection à la tête de la FIFA, en 1998. Blatter avait annoncé d'emblée son appui à une candidature africaine pour l'organisation de la Coupe du monde 2006. Ses efforts sur le terrain lui ont permis de vaincre le Suédois Lennart Johansson, pourtant fort de l'appui du président de la Confédération africaine de football, Issa Hayatou.
Blatter sait visiblement se faire convaincant, notamment en multipliant les aides financières aux pays pauvres. L'échec de la candidature sud-africaine pour le Mondial 2006 - l'Allemagne l'avait emporté par une voix grâce à l'abstention inattendue d'un délégué océanien au comité exécutif de la FIFA - ne l'a pas empêché de facilement vaincre Hayatou lors de l'élection de 2002.
Il y est parvenu grâce entre autres à l'appui d'une portion considérable des votes africains, qui représentent le quart des suffrages. Et deux ans plus tard, après que Blatter eut fait adopter une politique de rotation continentale depuis mise au rancart, l'Afrique du Sud a finalement obtenu le droit d'organiser le Mondial.
Six années ont passé et la Coupe du monde est non seulement devenue une réalité, elle est presque terminée et n'a certainement pas été le désastre annoncé par les prophètes de malheur. Blatter peut se péter les bretelles. Son pari d'amener la Coupe du monde en Afrique a été, pour la FIFA, un retentissant succès. De quoi l'aider à réaliser son rêve d'obtenir un quatrième mandat de quatre ans, l'année prochaine. La politique, décidément, n'est jamais très loin.

Chroniqueur au journal montréalais « La Presse »*

Par Jean-François Bégin*
Mardi 20 Juillet 2010

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