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Bloc-notes hebdo de Mohamed Bakrim




Canal plus:   On attendait le lancement de nouvelles chaînes privées marocaines pour élargir l'offre cathodique et voilà la célèbre chaîne cryptée française qui arrive avec une formule proposant plus de vingt chaînes captées par le système d'abonnement à deux cartes prépayées de six mois et d'un an. C'est une société de diffusion marocaine qui a remporté le marché de la distribution avec des tarifs de 1300dhs les six mois et 2500dhs pour un abonnement d'une année. Aux premières nouvelles, on ne se bouscule pas aux guichets ouverts à cette occasion. C'est un réflexe classique chez le consommateur marocain qui réagit selon une hiérarchie qui relève d'un comportement anthropologique: il y a toujours une frange de pionniers, curieux et assoiffés de nouveautés, il y a ceux qui attendent pour voir et copient leur comportement sur celui du voisin et puis il y a le dernier carré, celui des réticents à qui il faut souvent beaucoup de temps pour se décider, si parfois, ils n'adoptent pas une opposition de principe (morale, culturelle…ou tout simplement économique!). L'offre actuelle a-t-elle des chances de s'installer dans les pratiques télévisuelles locales? Oui, certainement. La société marocaine est ouverte, accueillante, réceptive des différentes expressions de la modernité…sauf accident historique. Des concours de circonstances font que cela débouche sur l'impasse y compris parfois du fait que ce genre d'initiatives porte déjà en lui-même les raisons d'un échec…en la matière nous avons déjà un précédent historique, celui de Canal plus horizon. Expérience non aboutie. On peut gloser sur les causes liées à la commercialisation: concurrence sauvage de Derb Ghallef, concurrence de l'ouverture sur d'autres offres télévisuelles…mais il y a aussi que le produit qu'on nous propose est souvent hybride; il porte bien le label de sa marque d'origine mais, on essaie de nous le vendre dans une version adaptée, revue et corrigée en fonction, dit-on, des critères du marché local. Cela aboutit tout simplement à des aberrations intellectuelles, à des horreurs culturelles. Regardez par   exemple, comment on présente la nouvelle offre de Canal plus: on annonce d'emblée la couleur en nous avertissant que le bouquet Canal plus "est un bouquet de plus de 27 chaînes spécifiquement dédié au Maghreb". Ah! Magnifique la spécificité du Maghreb: comment on la détermine; comment on la distingue de la spécificité européenne, asiatique…? On ne sait pas. On nous donne une indication: "Le bouquet Canal plus respecte une ligne éditoriale adaptée aux habitudes de consommation du public maghrébin : pas de films interdits au moins de 18 ans…". On comprend finalement, le Maghreb, c'est le spectateur-enfant. On le traite d'en haut; il est sous tutelle. C'est ce qu'on appelle une ouverture biaisée. Quand Canal plus est arrivé en France, c'était le début des années 80, le début d'une alternance avec Mitterand qui a fait exploser le paysage audiovisuel. La chaîne va bousculer les mœurs médiatiques, provoquer et accompagner les nouvelles pratiques de sociabilité. La génération Canal plus va naître touchant le cinéma, le sport…Elle arrive chez nous dans une version vieillie et assagie. Le peuple, lui se débrouille pour voir tous les films qu'il veut, y compris ceux que nous ne verrons pas sur notre nouveau bouquet le premier samedi du mois.

Mohammedia: La ville des fleurs mérite bien son nom. L'ancienne Fedala a connu un formidable essor avec l'indépendance. Ville emblème de notre mouvement vers le progrès et la modernisation. Située entre deux monstres sacrés, Casablanca et Rabat, elle a su tirer son épingle du jeu: elle est une ville aux atouts indéniables: touristique, industriel et agricole. Elle a vu également l'émergence d'une élite sportive, culturelle et politique. La ville a connu une gestion communale dopée par la compétition entre les deux grands partis l'USFP et l'Istiqlal. Cela a donné des acquis indéniables au niveau de la propreté, de l'équipement avec une infrastructure non négligeable. Elle s'est dotée par exemple d'un formidable théâtre, véritable monument architectural.  Il vient d'abriter une sympathique manifestation cinématographique. Occasion de se rendre compte des périls qui pèsent sur son devenir. Comme sur le devenir de l'ensemble des acquis de la ville. Elle n'a plus de cinéma; il y a peu de centres d'accueil (l'hôtel qui a fermé n'a plus réouvert)…l'environnement se dégrade de plus en plus; la pollution avance…et les élites se livrent à des querelles intestines. Le devenir du théâtre est incertain parce qu'il n'a pas encore de véritable statut. Des calculs politiciens bloquent le développement de l'ensemble du projet pour l'empêcher de porter le nom d'une grande figure nationale, feu Abderrahim Bouabid. Espérons que les prochaines échéances électorales amèneront une équipe cohérente et intelligente pour s'occuper sérieusement du théâtre qui appartient d'abord à la population de la ville en le dotant d'un conseil d'administration, d'un budget conséquent et d'une large autonomie de gestion et de programmation. Car Mohammedia le vaut bien.

Sidi Kacem: Autre festival, autre ville. Sidi Kacem. Au cœur des riches plaines du Gharb sur la route qui mène de l'océan vers les deux capitales impériales, Meknès et Fès, on traverse Sidi Kacem. La ville n'a plus d'équipe de football en première division; ils sont révolus les temps des frères Amri et du prodigieux Sliten..la ville n'a plus également de rapport organique au pouvoir comme jadis où tous les policiers du pays respectaient/craignaient les Kacemis…la ville perd aussi son pétrole. Restent enfin le train et le cinéma. Oui, le cinéma dans une ville qui n'a plus de salle de cinéma: le Oualili encore debout n'est plus qu'une structure vide…Dans une ville où il n' y a pas d'hôtel digne de ce nom ni de centre d'hébergement correct…Et pourtant depuis dix ans, la ville abrite une manifestation dédiée au cinéma marocain avec des projections de films, un concours du film amateur et des hommages à des stars du cinéma national.
Oui, des stars qui font le déplacement par empathie pour le public  chaleureux même si parfois elles sont obligées de faire l'aller-retour Rabat-Sidi Kacem en pleine nuit. Et pourtant aussi les gens viennent débattre du cinéma de 10h à 14h autour des thèmes d'esthétiques de discours symbolique…une forme de résistance qui donne sens et un contenu à l'espoir.


Mohamed Bakrim
Mercredi 29 Avril 2009

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