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Bloc-notes hebdo de Mohamed Bakrim




TAZMAMORT: le tourisme de la mémoire fait florès. Sur le plan individuel comme sur le plan collectif, le regard sur le rétroviseur est devenu un exercice qui relève du rituel cathartique. Cela répond à la nature problématique de l'époque marquée par le repli de grands récits fondateurs inhérents à la modernité. C'est la prise de parole par les plis du progrès. Au Maroc, toute une littérature de retour sur la mémoire a accompagné le travail d'instances institutionnelles de recherche de la vérité et de l'établissement de l'équité. Une équité qui cherche aussi à s'exprimer et à s'illustrer dans la diversité des formes qui véhiculent ce discours de la société sur elle-même à travers ce retour sur des épisodes de l'histoire. Fiction, récit de témoignage, autobiographie, cinéma, poésie…cette richesse des formes d'expression est aussi un enjeu du travail de mémoire.
Le livre de Aziz BineBine, Tazmamort (Denoël, Paris, 2009, 215 p.) se lit à travers ce prisme du retour au passé ; il se lit surtout comme une œuvre aux qualités intrinsèques; il se présente à nous au terme d'une première lecture comme un formidable texte. Le jeu de mot du titre renvoie déjà à cette dimension littéraire voire poétique du texte né de la douleur, de la souffrance qui a cohabité avec la mort durant des années entières. Jeu de mot à partir du tristement célèbre bagne de Tazmamart; le signifié référentiel est neutralisé doublement par une forme d'anagramme qui donne "mort" et par une mise en scène calligraphique qui donne un titre à trois étages TAZ - MA – MORT. Une démarche esthétique renvoyant à la tradition des poètes symboliques et signe ici le programme du livre de BineBine: un témoignage poétique qui transcende le règlement de compte politique (cela est laissé en filigrane du texte au bon jugement du lecteur). Le livre se lit d'un trait et pourtant au niveau strictement événementiel, le drame qui s'est joué à Tazmamart a été largement étalé dans la presse et les témoignages des survivants. En termes narratifs, le développement du récit est un savoir partagé entre l'auteur et son lecteur. En termes de cinéma, on dirait qu'on connaît la fin…et pourtant quand j'ai pris le livre au Salon du livre à Tanger, il ne m'a pas quitté quand j'ai commencé la première ligne jusqu'à la dernière page. Jusqu'à cette phrase terrible qui clôt le récit de Tazmamart/ Tazmamort et tombe comme un verdict: "Tenez, dis-je, ceci est à vous". Le rescapé du camp de la mort se débarrasse (la capote militaire qu'il portait en revenant chez lui) de l'un des symboles du système qui l'a broyé. BineBine a choisi un angle inédit pour restituer cet épisode de notre nuit commune. Il a évacué la dimension événementielle d'emblée: les péripéties du coup d'Etat par exemple n'occupent qu'une dizaine de pages. Le récit se concentre sur l'expérience existentielle face à la mort qui rôde dans le bâtiment deux. L'œuvre macabre de la grande faucheuse est narrée au jour le jour. BineBine se révèle comme un grand écrivain nourri de références littéraires multiples; comme un fin connaisseur de la psychologie humaine. Il nous restitue ainsi cette autre dimension du drame. Au-delà de la férocité du bourreau qui est pour ainsi dire dans son (triste) rôle, il y a cette haine horizontale, presque fratricide entre les victimes elles-mêmes. Cela donnera les pages les plus terribles du récit. Le bagne a été conçu par un esprit machiavélique pour écraser ceux qui ont osé contrecarrer le système; il est vite apparu comme lieu révélant les soubresauts de la bête dans l'homme. Tazmamart a son Dostoïevski. Merci, BineBine.

UN HOMME DE PAILLE: faut-il prendre au sérieux le dénommé Chabat qui vient de déverser son fiel sur l'une des figures de proue de la résistance du tiers-monde? L'homme, dit-on, monte: député maire de Fès (Ah! Triste sort de la ville des villes), il a réalisé une OPA sur le syndicat UGTM et lorgne du côté de la direction du grand parti nationaliste…C'est l'expression de la nouvelle élite politique issue des années de stagnation et de glaciation. Non, il ne faut pas le prendre au sérieux; c'est tomber dans son jeu…Personnellement, il m'amuse; c'est une figure théâtrale qui transpose le jeu auquel nous sommes habitués dans les grandes places de nos villes impériales vers l'espace public. D'où son intérêt: en jouant ainsi, il fonctionne comme révélateur…révélateur de l'état de nos institutions; son langage au premier degré trahit le niveau de sa culture politique mais dit éloquemment ce que le système tente de camoufler. L'avantage avec Chabat c'est qu'il est transparent; il avance bas le masque; il joue dans le contre-champ de la classe politique empêtrée dans la langue de bois; langue qu'il ne sait pas manipuler; ce qui le rend encore une fois intéressant car disant haut ce que beaucoup pensent bas. Il est l'anti-héros d'un système en panne de star. Ou autrement dit, c'est la star que la phase actuelle mérite. Mais c'est un jeu à court terme; en se confrontant à l'USFP, Chabat se tire une balle dans le pied. Il a oublié la leçon de l'histoire contemporaine du Maroc: on ne réveille pas l'USFP qui dort. Il a oublié que l'USFP ne se porte jamais si bien que quand on lui tire dessus. Un parti forgé sous les tirs ennemis et parfois amis... La sortie de Chabat dit aussi combien la figure de Mehdi continue à hanter le paysage politique. C'est le traumatisme qui fait souffrir une partie de la classe politique. Nombreux sont ceux qui ne parviennent pas à digérer que Mehdi continue à être un symbole du changement et du progrès. Dans le vaste programme de dénigrement de l'USFP, on s'en prend aujourd'hui à son histoire pour l'empêcher de jouer son rôle pleinement dans le présent.

LE BARÇA: un clin d'œil rapide pour saluer la formidable saison du Barça, pour le bonheur de ses millions de fans à travers le monde: le but de Keita contre le Bayern est issu d'une construction d'anthologie. Le geste de Xavie est tout simplement sublime.


Mohamed Bakrim
Mercredi 22 Avril 2009

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