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Bloc notes-hebdo de Mohamed Bakrim




Bloc notes-hebdo de Mohamed Bakrim
Casanegra, une révolution linguistique: de sources informées, on apprend que le nouveau film de Nordine Lakhmari est en train de battre tous les records: il n’était pas loin, à la mi-mars, de la barre d’un quart de millions de spectateurs. Un chiffre réalisé en moins de trois mois et seulement dans moins d’une dizaine de salles et quelques villes du Royaume. Imaginons une seconde si nous disposions d’un parc de salles adéquat à travers le pays, quel chiffre notre cinéma pourrait retrouver. Quelles leçons en tirer? Plusieurs. La première, la plus éloquente est que le public du cinéma existe, il s’agit maintenant de le reconquérir par une politique pertinente qui impliquerait l’ensemble des acteurs concernés par une image de Marocains produite par les Marocains pour des Marocains.
Casanegra a montré que l’intérêt pour le cinéma peut toucher de larges secteurs de la société. Bien au-delà du carré des cinéphiles. Au-delà de l’événement cinématographique nous avons assisté à un phénomène de société suscitant débat et polémique. C’est une très bonne victoire pour le cinéma marocain nonobstant les arguments des uns et des autres. Ce débat, cette polémique est une forme de légitimation, une reconnaissance du cinéma comme mode d’expression de notre imaginaire collectif contemporain. Certes, plusieurs intervenants ont donné l’impression d’avoir vu le film…par les oreilles, ne retenant du récit filmique que la bande son ou du moins sa composante linguistique; c’est-à-dire certaines répliques du dialogue.  C’est une attitude révélatrice à plusieurs niveaux. Il nous dit d’abord combien la question de la langue est un sujet sensible dans notre contexte culturel. C’est un des aspects de la schizophrénie sociale ambiante. Il y a un hiatus entre le fonctionnement linguistique de la société et l’idéologie linguistique dominante. La frange sociale bousculée par le parler vrai des personnages de Casanegra croit à un certain monolithisme linguistique qui n’existe que sur le papier comme un vœu pieux.
Le mythe idéologique du Baath, “Une seule nation une seule langue” est battu en brèche par la réalité de tous les jours.  Le film n’en est que le prolongement artistique; une forme de déconstruction par le cinéma d’une construction idéologique.
D’où les attaques de nature idéologique contre le film sous couvert de la morale…il faut ici rendre hommage aux différents protagonistes du film pour avoir su trouver le niveau de réponse adéquat à ces attaques de nature rétrograde. Contrairement à l’équipe d’«Amours voilées » empêtrée dans des réponses contradictoires car elle a tenté de jouer sur le terrain que les détracteurs du film  ont imposé,  Lakhamri et ses acteurs sont restés dignes et fidèles à leur métier. Mohamed Benbrahim, notamment, est à citer en exemple pour les jeunes comédiens quand il dit sur le plateau de Fatéma Nawali qu’il est  “à la disposition de son réalisateur et qu’il peut aller aussi loin qu’il le lui demande.” Une vraie réponse de professionnel.  Car, n’oublions pas que tout cela c’est du cinéma.
Saïd Aouita: s’achemine-t-on vers une nouvelle affaire Saïd Aouita? Pourquoi affaire et surtout pourquoi nouvelle? Y avait-il déjà un précédent? Oui. Mais commençons par tracer le profil du bonhomme. N’ayons pas peur des mots et disons d’emblée que Aouita est une légende vivante non seulement du paysage sportif national mais de l’ensemble de l’espace public. Notre pays, notre système social n’a pas produit une profusion de stars pour moult raisons: historiques, sociales, culturelles (anthropologiques, voir par exemple un certain impact d’une certaine lecture de la religion). Le système était pendant longtemps fermé et se contentait de s’auto-reproduire. Les rares noms qui ont émergé l’ont été souvent dans des logiques anti-système ou de contre-système; je pense par exemple à des figures de l’opposition politique allant de Mehdi Benbarka à Omar Benjelloun. Un test révélateur dans ce sens est l’usage des noms propres chez les familles marocaines: le recours à tel ou tel prénom dans les inscriptions des registres de l’état civil est un  indicateur de tendances : Malika dans le début des années 60; Mehdi vers la fin de la même décennie; Omar vers la fin des années 70, Sanae début des années 80 ; et Saïd…pendant très longtemps. “Saïd” en référence justement à Saïd Aouita. Feu  Hassan II qui était fort en matière d’usage de symboles a très bien su récupérer Saïd en tant qu’image et en tant que symbole en officialisant l’appellation, “Aouita”, que le peuple a donné au TNR Casa-Rabat. Sémiologiquement, Aouita a de son vivant réalisé sa mutation d’une figure physique en icône. Le signe linguistique Aouita étant désormais doté d’une autre charge qui transcende le dénotatif (la personne physique) vers le connotatif (le référent symbolique).  Sa vie devient un destin. Absent, il occupe l’espace et l’écran du souvenir; présent, il dérange car il a une surcharge symbolique. Il dépasse les capacités d’absorption du système. Rappelez-vous l’épisode électoral quand il s’est présenté sous les couleurs de l’USFP. Le système l’a tout simplement rejeté comme une greffe qui n’a pas réussi. C’est un remake qu’on vient de revivre avec son appel raté à la tête de la DTN de la fédération de l’athlétisme. La nouvelle affaire Aouita vient donc confirmer une ancienne thèse, le signe des limites de l’ouverture du système.
L’Iran: il faut saluer le geste de souveraineté accompli par les affaires étrangères marocaines en  refusant de se plier au diktat des mollahs iraniens.  Il était écrit qu’un jour ou l’autre ce télescopage va finir par arriver. Par incompatibilité de projet. A Téhéran sévit un système idéologique qui a érigé les dogmes religieux en principes politiques. Un système qui se présente en modèle donc susceptible d’être exporté. C’est la finalité de la révolution chiite qui ne croit pas à l’Etat nation mais au messie qui viendrait sauver le monde. C’est un discours qui transcende les frontières géopolitiques pour une nouvelle frontière manichéenne entre “les hommes du parti de Dieu” et les “disciples du diable”. Toute la politique des mollahs est la traduction tactique de ce dogme. Comme ce fut le cas avec les régimes totalitaires. D’autant plus que cela coïncide dans le cas iranien, avec des velléités impériales (perses) qui remontent très loin. L’arrogance de sa politique régionale dénote un mépris historique pour ses voisins qui n’ont jamais constitué, dans la perception iranienne, une nation (un ensemble de tribus tout au plus).
Face au Maroc, c’est un autre son de cloche. La décision marocaine exprime, en effet, cette profondeur historique qui caractérise la nation marocaine. Le Maroc représente, en quelque sorte, avec ses potentialités, sa culture, ses atouts naturels et humains, sa civilisation… l’Iran de l’occident musulman avec des emblèmes spécifiques comme le tapis et le tagine amazighs... C’est ce qui dérange le plus les  fanatiques à Téhéran et c’est ce qui garantit la pérennité de l’amitié entre les deux peuples qui se reconnaissent dans des valeurs et s’apprécient à travers des productions esthétiques. 

L
Mercredi 25 Mars 2009

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