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Bloc-notes de Mohammed Bakrim : Le cinéma le débat introuvable




Bloc-notes de Mohammed Bakrim : Le cinéma le débat introuvable
Le Festival national du film vient de nous offrir une édition très riche et surtout très diversifiée. Depuis 2007, c’est désormais un rendez-vous annuel régulier offrant aux observateurs un bilan concret. Le cinéma marocain n’est plus un concept, une abstraction mais une réalité chiffrée, des images, des récits et des mythes. Mais qui a –t-il autour de ce cinéma ? Quel discours escorte son développement ?
 Alors que le film nous livre un faisceau de signes qu’il s’agit de décrypter dans un large éventail de lectures, il y a hélas une forme de bruit qui neutralise toute velléité de débat au bénéfice de polémique stérile, d’interventions cherchant plutôt des positionnements individuels et des règlements de comptes. Oui, il faut le reconnaître en toute tristesse : le cinéma marocain n’a pas généré le discours productif susceptible de lui offrir les moyens d’accumuler les acquis pour passer à de nouvelles étapes sur la voie de sa professionnalisation. Or qu’est-ce que nous avons entendu autour du Festival de Tanger ? Des intervenants en manque de visibilité ont ressorti de vieux sujets pour parasiter  la dynamique actuelle ; certes, nous sommes dans un pays libre, chacun a le droit de commenter notamment l’action publique…mais cette question du libre commentaire est une logique globale ce que l’on attend de l’autre, il faut accepter que l’on applique sur soi. C’est la seule manière d’éclairer l’opinion publique.
C’est ainsi que l’on a entendu par exemple des inepties sur le pourquoi du choix d’installer le Festival définitivement dans la capitale du Nord omettant que c’est un choix qui a été dicté par l’échec de l’expérience d’un festival nomade.  Installer le Festival dans une ville fixe a été une revendication qui a vu le jour dès le milieu des années 90 pour devenir une urgence en 2003 à Oujda quand le Festival a frôlé la catastrophe du point de vue technique et professionnel. C’est vrai, la mode aujourd’hui est de surfer sur l’amnésie pour se faire une nouvelle image, mais cela est contre-productif du point de vue de la perspective historique. Si la mémoire humaine flanche, il y a la mémoire des chiffres et des lettres…Contre la mémoire éclectique, il y a l’histoire.  
o La gauche américaine en deuil…
La série macabre continue pour la gauche internationale. Après le décès il y a quelques semaines du théoricien et philosophe marxiste Daniel Bensaid, la gauche américaine vient de perdre une de ses figures de proue Howard Zinn. Ecrivain, universitaire mais surtout militant socialiste, Zinn est décédé le 27 janvier dernier. Militant socialiste américain ? Oui, ça existe et Zinn en fait partie et d’une manière généreuse et quasi absolue; il avait consacré sa vie, sa formation d’historien à défendre les causes justes et contre l’impérialisme américain. Figure de la gauche radicale (c’est un pléonasme : toute gauche n’est-elle pas radicale par principe ?) il était connu par ses travaux et recherches dédiées à l’Amérique d’en bas ; son ouvrage le plus connu est Une histoire populaire des Etats-unis, pour braquer la lumière sur les résistances et les luttes des petites gens à travers l’histoire tumultueuse d’une nation dont le récit fondateur a été formaté par l’esprit de légende. Zinn s’est attelé à mettre en lumière les luttes parfois très peu médiatiques mais qui ont contribué à forger un esprit de résistance contre la mainmise des groupes hyperpuissants qui dominent les rapports sociaux et leurs représentations à travers les productions de l’imaginaire. Il était le type même de l’intellectuel engagé. Il était acteur et moteur des luttes sociales qui ont jalonné sa vie. Du mouvement des droits civiques dans les années 1950 jusqu’à la résistance à la guerre en Irak en passant par la campagne contre la peine de mort dans les années 2000. Il était de tous les combats. Naom Chomsky disait de lui : « Quand il y avait un appel à l’action, on pouvait toujours avoir la certitude qu’il serait en première ligne, un exemple et un guide digne de confiance ». Zinn, une figure de l’Amérique que nous aimons.  
o Un livre à lire :
C’est un livre d’une lecture tonique et qui s’élève contre une nouvelle dictature, celle du présentialisme, de l’immédiateté :  “La dictature de l’immédiateté, sortir du présentialisme” par Stéphen Kerckhove aux Editions Yves Michel. C’est quoi le présentialisme ? Idéologie qui s’impose grâce à la négation de toute durée, privilégiant l’amnésie et l’immédiateté à toute construction politique, sociale et culturelle durable. « Globalisation, et présentialisme débouchent sur un individu incapable de s’enraciner dans le temps et dans l’espace, inapte à contester le monde mirifique de la consommation, de la technologie et de la télévision ». Le « citoyen » présentialiste est l’illustration de l’homme unidimensionnel de Marcuse, « un citoyen en creux » un creux sans profondeur, aussi plat et hermétique que le miroir déformant de la téléréalité.

Mohamed Bakrim
Mardi 16 Février 2010

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