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Béziers : L’hommage aux réfugiés du monde




Béziers : L’hommage aux réfugiés du monde
La Journée du réfugié a été célébrée dimanche 20 juin partout à travers le monde. A Béziers, ville du Languedoc Roussillon, la pluie n’a pas eu raison de l’engagement de nombreux militants associatifs et citoyens ordinaires venus commémorer cet événement particulier en la journée de samedi.
En plein centre-ville, des silhouettes noires se tiennent les unes à côté des autres. Sur l’une est affiché le visage du commandant Massoud, figure afghane de la lutte contre l’occupation soviétique et plus tard de la défiance à l’égard des talibans. Sur une autre, l’on reconnaît Aung San Suu Kyi, militante opposée à la junte militaire en Birmanie et assignée en résidence en raison de ses prises de position. Ils auraient pu être des réfugiés ». Tel est le message que nous livrent ces étranges silhouettes formant ensemble « la route de l’exil ». Sur place, la Cimade (Association œuvrant activement auprès des réfugiés, des demandeurs d’asile, et des migrants), Amnesty International, l’ABCR (Association locale contre le racisme) et la Ligue des droits de l’Homme sont présents sur différents stands.
Marie-Claude Leclerc, présidente du groupe Amnesty international de Béziers, explique : « Cette journée a pour objectif de sensibiliser particulièrement à la notion de réfugié. Il y a aujourd’hui une confusion entretenue volontairement par certains politiques et médias, entre le migrant et le réfugié. Or les problématiques ne sont pas les mêmes. Un immigré quitte souvent son pays pour des raisons sociales et économiques, mais il peut toujours y retourner s’il le souhaite. Un réfugié, quant à lui, n’a pas cette possibilité et risque souvent sa vie s’il retourne dans son pays d’origine».
Selon la Convention de Genève de 1951, relative au statut des réfugiés et des apatrides, le réfugié est celui qui «se trouve hors du pays dont il a la nationalité (…) qui craint avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte’’.
A Béziers, les passants sont nombreux à s’arrêter autour des panneaux sur lesquels sont placardés des affiches chocs. Sur l’une d’entre elles, un homme à genoux, les yeux bandés et les poignets liés. Le slogan : « Ils ne vous prendront pas votre travail. Une chose est sûre : vous ne prendrez jamais le leur» sonne comme un écho à la traditionnelle rengaine «ils nous volent nos emplois» reprise par le parti FN (Front national) d’extrême droite.
Après la sensibilisation en journée, la soirée s’annonce, elle, plus festive. Dans les locaux de la Cimade -où vivent cinquante personnes dont les demandes d’asile sont en cours de procédure-  réfugiés, poètes et artistes se succèdent sur scène. «C’est un symbole fort car pour une fois, ce sont les étrangers qui accueillent les Biterrois chez eux», s’enthousiasme le représentant du groupe local de la Cimade.
Aujourd’hui, la situation des demandeurs d’asile en  France est de plus en plus compliquée. Selon Marie-Claude Leclerc : «Les gens continuent de croire à tort que la France est l’un des pays qui accueillent le plus de réfugiés. Or ce n’est pas vrai, ce sont généralement les pays d’Afrique subsaharienne qui accueillent des réfugiés venus de pays voisins».
Autre problème de taille : près des 85% des demandes d’asile sont refusées à l’heure actuelle, une situation jugée dramatique par les associations. Pire encore, depuis 2003 et l’entrée en vigueur du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et de l’asile politique, certains pays sont dits «sûrs». Si cette liste de pays n’empêche pas la demande d’asile, cette dernière est rendue compliquée. Preuve en est, le témoignage de ressortissants d’Albanie, classée comme pays sûr, qui se battent pour obtenir le statut de réfugié politique. «En Albanie, il y a des exécutions sommaires tous les jours. Comment osent-ils parler de pays sûrs?». Serbie, Turquie, Macédoine, Mali, Inde, Bosnie-Herzégovine, sont quelques-uns des pays qui figurent également sur cette liste, et où les affrontements entre minorités sont pourtant chose courante. Triste réalité en somme au pays des droits de l’Homme encore considéré (à tort ?) comme terre d’accueil…
S’ensuit ensuite le témoignage d’Amina, d’origine tchétchène et de confession musulmane, qui a vu de nombreux membres de sa famille fusillés sous ses yeux.  Avec beaucoup d’émotion et des sanglots dans la voix, Amina raconte les 3000 kilomètres parcourus, de nuit uniquement,  avec ses deux enfants âgés à l’époque de 4 et 6 ans. « J’ai nagé dans les eaux de fleuves avec mes enfants sous les bras, j’ai payé un passeur pour entrer en France avec un camion. Une nuit, nous avons été attaqués par un sanglier en pleine forêt». Silence radio dans l’assemblée visiblement sous le choc. Amina, quant à elle, est soulagée : « J’avais envie de témoigner même si cela est très difficile ».
Autre témoignage, celui de Nouri, Kurde irakien, arrivé en France en 1979.
Trente ans après, l’émotion est toujours la même : « La douleur n’est pas seulement celle liée au départ et à l’éloignement. Le sentiment de solitude est permanent. Comment vais-je faire s’il m’arrive quelque chose ? Qui m’amènera à l’hôpital ? Qui préviendra ma famille ? Autant de questions qui nous hantent. » Il conclut : « Partir, c’est toujours mourir un peu… » Nouri, comme beaucoup de réfugiés, a connu la prison, la torture, et l’oppression permanente.
A la Cimade, des artistes sont venus chanter leur soutien aux réfugiés à l’instar d’Achak qui a composé un titre de slam pour l’occasion. Les paroles sont explicites : « Je rêve de voir ces enfants le sourire aux lèvres/ Comment pourraient-ils faire quand un soldat vient de leur enlever leurs pères ? ».
L’exil, la souffrance et l’accueil des réfugiés, telles sont les thématiques reprises également par les membres de l’Association « Mille poètes » venus lire leurs propres poésies mais également des poèmes d’Aimé Césaire, ou de résistants français.
Pari gagné pour les militants associatifs biterrois dont l’objectif était de sensibiliser les citoyens à la notion de réfugiés. « On ne peut pas comprendre tant que l’on entend pas les témoignages de réfugiés», affirme une femme venue assister à la soirée.
Aujourd’hui, la mobilisation ne faiblit pas car en terre des « Lumières », et pour un pays qui a ratifié la Convention de 1951, la France n’est plus réellement le pays d’accueil que l’on a coutume d’imaginer. Cette même Convention invite les pays à faciliter l’accueil des réfugiés sur leur territoire. Les 85% de rejet de demandes d’asile semblent témoigner de la mauvaise volonté française en la matière.
«J’ai voulu venir en France car l’on voyait le mot liberté écrit partout là-bas», explique Amina. A l’heure du durcissement des lois relatives à l’entrée des réfugiés et des migrants sur le sol français, nombreux sont les citoyens lambda et les associations de défense des droits de l’Homme à se battre pour que la devise «Liberté, égalité, fraternité» demeure encore une réalité.

Sofia Aliamet
Mardi 22 Juin 2010

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